ARCHAÏSME ET APOCRYPHES
archaïques sur une peau usée. J’ai trouvé ce rouleau entre les jambes du dieu Thot en sa chapelle sacrée. Je l'ai transcrit de ma main, de son commencement à sa fin, conformément à ce qui se trouve en écrit'. Je vais vous les lire, ces préceptes, comme ils sont faits”, et les commenter selon la tradition ?. $? tout ce qui est écrit sur ce rouleau est écouté comme je le dirai pour le plus grand bien et l'utilité, vous l’apprendrez par cœur et le réciterez tel qu'il est dans l'écrit; le bien sera dans votre cœur au-dessus de ce qui est dans la terre entière, quelle que soit votre position". »
En réalité, c'est lui qui l’a composé. Mais, à part les noms propres et les détails sur la trouvaille, il ne se croit l’auteur que d’une très innocente supercherie. Il n’a même pas besoin d’invoquer pour excuse qu'il travaille à une œuvre pie et par là même agréable aux dieux, comme certains collèges sacerdotaux pour
1 Pap. Prisse, xix, 9 (Virey, 107).
2 « {1 parcourt rapidement le texte des livres. Il explique les livres et les chroniques » comme elles sont faites. » Pap. Anastasi I, pl. 4, 1. 6-7 (Maspero, G. ép., p.107).
$ Des trouvailles analogues étaient fréquemment invoquées. On attribuait celle du chap. zxive du Livre du Morts, « a Hermopolis sur un cube d’albätre, écrit en bleu, sous les pieds du dieu », au prince Doudou-f-Hor, sous Menkarä, « lorsqu'il voyageait pour l'inspection des temples (L. des M., LXIV, 31-33. Cf. Biron, Æ. Z., 1857, p.54).— Le CXXXe passait pour « érouvé dans la grande salle du palais du roi Housapaiti (Loc. cit.).— Les restaurateurs du temple de Dendérah, en avaient retrouvé les plans sous une pierre. (DümicHEN, Bauurkunde; Brcu, Æ. Z., 1871, p.103-104).— Le Livre de chasser les gonflements « fut trouvé rédigé en écriture antique, dans un coffre à livres, sous les pieds d'une » statue d'Anubis, dans la ville de Létopolis, sous le règne du roi Housapaiti (2 d.) Ce » livre fut copié, sous le règne de Sondou (11° d.), par le scribe savant, chef des méde- » cins Nofir-hotpou. Ce livre fut réuni à la statue dans une vénération commune, et on » lui fit des offrandes en pains, en bière, en encens, au nom d’Isis, d’Horus athribite, » de Khonsou et de Thot. » (Pap. médical de Berlin, Brucscx, pl. xv; EBers, pl. cm, 1. 1-2. Cf. Caapas, Mél., I, 61 ; Lorer, l'Zgypte, p. 220-221). — Un autre traité médical « fut rencontré dans la grande salle du temple de Coptos par un prêtre de ce » temple. Tandis que le reste de la terre était plongé dans les ténèbres, la lune, se » levant soudain, tomba sur ce livre et l’éclaira de ses rayons. Aussi on l’apporta en » miracle au roi Khoufou. » (Pap. inédit : Bircu, Æ. Z., 1871, p. 61-64; Maspero, 77. À., p. 66 et Lectures, p. 126). — Cf. Pap. 1116 de St-Pétersbourg, p. 12 (GoLéniscHerr, Æ. Z., 1876, p. 107). — Maspero compare (Contes, p. 168, n. 2) les livres de Thot trouvés par Satni dans la tombe de Nénofirkaptah à ceux d’Apollobéchis de Coptos et Dardanus le Phénicien, trouvés dans la tombe de ce dernier par Démocrite d’Abdère au dire de Pline (4. N., XXX, 2). — Contrairement à Maspero (H. Or., I, 224-225 ; III, 506-508) qui ne voit dans ces attributions que supercherie et illusions, Navizze y reconnaît une part de faits historiques, s’appuyant sur la découverte des dépôts de fondations et des sacles de statues épigraphes (La découverte de la loi sous le roi Josias, p. 2-9, 15-16 : Mém. Acad. I. B.-L., XXXVIII, ZZ, 138 sqq.)
4 Cf. Traité de KagïmNa : Pap. Prisse, 11, 1. 4-7 (Virey, p. 23; AMÉLINEAU, Etudes sur le Pap. de Boulaq n° 4, p. 124).
5 Cf. AMÉLINEAU, Etudes, p. vrI-x.
inspirer le respect de leur patron : tels les prêtres d'Isis de Philé qui, dans une incription de l'ile Sehel, faisaient remonter la donation du Dodécaschœæne à un roi Tatchérès ou Zosiri de la v° dynastie ‘. Non, il est entièrement de bonne foi, lorsqu'il enaoblit de la sorte les origines de son traité apocryphe. Ce n’est pas Lui qui a inventé ces beaux préceptes qu'il admire et commente avec conviction : il les tenait de son père à qui son aïeul les récitait, et ainsi, l’origine s’en perdant dans la nuit des temps, celle qu'il indique lui paraît suffisamment authentique. Pour lui son rôle s’est borné à des « arrangements de la bonne parole » ?. I] voulait préserver les beaux préceptes de l’oubli, et les a mis en vers, en « paroles cadencées ». En effet, « malgré leur prix, leur » mémoire s'éloignerait de la bouche des hommes. Mais grâce » à la beauté de leur arrangement, toutes les paroles en seront » portées sans altération sur cette terre éternellement*. »
Il recommande à ses élèves de bien l'écouter. Lui-même connaît trop bien les avantages de la docilité pour omettre de la prôner. « Dans la docilité d'un fils », leur dit-il donc, « on voit sa sa- » gesse* ». Il répète ce précepte sous toutes les formes et le mot « écouter » revient dans sa bouche à satiété : « SŸ vous écoutez » mes leçons, leur dit-il, votre sagesse sera en progrès* ». Pour les encourager, il leur cite son propre exemplef, et toutefois affecte d’envier leur sort et de regretter le temps où, comme eux, il recueillait les leçons d’un maitre : « Æcoutez les paroles des grands ! Ah ! puissé-je faire comme vous qui venez pour les » recevoir |... Combatitez les paroles dirigées contre l’obéis- » sance; ….de plus vieux que vous ont suivi ce chemin"... Vous » devez étre pour moi des auditeurs dociles, parce que j'ai » écoulé. À bien écouter,on apprend à bien parler. Quiconque
1 Brucscu, Die biblischen sieben Jahre der Hungernoth.
2 Pap. Prisse, v, 6 (Virey, p. 32).
3 Zb., xv, 8-10 (p. 92).
4 Jb. xvui, 2 (p. 98).
5 Zb. xv, 8 (p. 91).
$ Tel.le scribe Amoni-Amonäa qui copia le roman du Naufragé. « On m'a dit : « Deviens un savant mon ami; {uw parviendras aux honneurs », et voici, je le suis » devenu. » (Maspero, Contes, p. 146).
7 Pap. Anastasi VIL pl. 6, L. 7-9.