LA DOCILITÉ
» a écoulé profite, et ilest profitable d'écouter celui qui a écouté. » Ecouter vaut mieux que toute chose. »
Recueillir exactement les leçons du maître forme l'esprit; le cœur se forme en acceptant docilement les réprimandes : « £Zcoute » doute parole de reproche : tu sais ce qu’elle dit de bon... » Celui qui dit « Je ne puis recevoir d'observation » qu’on le » laisse*. ».
A l’appui de ses paroles, le maître invoque l'autorité divine : « Ce » qu'aime Dieu, c'est qu'on écoute; si l’on n'écoute pas, cela est » en horreur à Dieu*. » Ce n’est pas une supposition arbitraire ; le précepte de la docilité vient bien réellement des dieux: « C’est » une leçon de Dieu qui est dans le cœur de lous les hommes : (à savoir) : « Celui-là prospère qui est dirigé dans la bonne » voie pour ses actions". » Insistez, il citera le nom du Dieu auteur du précepte : Thot n’a-t-il pas dit à Isis : « Viens ici, il est » bon d'obéir (à un bon conseil); l’un vit qu'un autre con- » duit5. » En écoutant, on suit donc l’exemple d'Isis, on se conforme à des modèles divins : « Un fils qui écoute est comme un » suivant d'Horus; il est heureux, après avoir écouté; il gran- » dit, il parvient à la considération. »
Quelle que soit la force d’un tel argument pour des esprits très religieux, le maître vise avant tout à des leçons pratiques, aussi appuie-t-il principalement sur les avantages immédiats et d’ordre naturel. L'esprit d'indépendance ne mènerait qu'à l’ignorance et n’engendrerait que des conséquences funestes : « Z’homme » sans expérience, qui n'écoule pas, ne fait rien du tout. Il voit » la science dans l'ignorance, le profit dans le dommage ; il » fait toutes sortes d'erreurs, à prendre ainsi toujours l'inverse » de ce qui est louable. I vit de ce quiest mortel de celte façon. » Son aliment c’est la mauvaise parole dont il est émerveillé.
1 Pap. Prisse, xvr, 3-d (Virey, p. 95-96).
2 Pap. moral du Louvre (Revizcour, Rev. Egq., I, 162).
8 Pap. Prisse, xv, 6-7 (Vire, p. 96).
4 Stèle d’Antouf, Louvre C 26 (De Roucé, Cat., p. 88 ; Prenrer, Æec. II, 25). 5 Stèle Metternich (Brucsc, Æ. Z., 1879, p. 10).
6 Pap. Prisse, xvur, 10-11 (Virev, p. 101).
» De ce que les grands connaissent pour étre mortel, il en vit » chaque jour ; fuyant ce qui lui convient (s'éloignant du » succès), à cause de la multitude d'erreurs qui se présentent à » lui chaque jour”. »
Au contraire les élèves attentifs et dociles se féliciteront des bons résultats de leur application: « 4% vous êtes habiles dans » les écritures, si vous les avez pénétrées, placez-les en votre » cœur : tout ce que vous dites devient alors parfait. Si le » scribe estemployé dans une profession quelconque, il discourt » d’après les écrils?. » Le maître leur promet la réussite dans leurs affaires, la faveur des grands et du roi, et la santé jusque dans un âge avancé: « {! n’y aura pas d'erreur dans tous vos » plans... Votre conduite sera parfaite, tandis que l'erreur » ravit l'indocile; demain la science vous soutiendra, tandis » que l'ignorance sera écrasée... Pour avoir reçu ma parole, » vous deviendres vieux... Par là j'obtiendrai que votre » corps soit bien portant, que le roi soit satisfait de vous en » doutes circonstances et que vous gagniez des années de vie » sans défaut?. » Il n’a garde d'oublier de faire luire à leurs yeux l’appât des bons emplois, des places lucratives et honorifiques : « Ceux qui s'adonnent aux lettres, y ayant trouvé l’habileté » pour étre faits juges, sont faits puissants ; car tu fais pour » eux (0 Amon) qu’ils soient dans l’Assemblée des Trente*. »
Ces exhortations et ces promesses produisent le meilleur effet sur les élèves. Ils écoutent en silence, bouche bée, et recueillent dans leur mémoire tout ce qui tombe des lèvres du maître : « Ce » qu'il leur dit, cela leur est à cœur ; pour le satisfaire gran- » dement, ils feraient pour lui plus qu'il n’a dit... Pour leur » maître, ils font ce qui est satisfaisant, se meliant de tout » leur cœur dans cette voie... Écoutant celui qui (jadis) a » écoulé, (leur répéter) ce qui lui a été dit, ils gravent dans
1 Pap. Prisse, xvur, 4-9 (Virey, p. 99-100).
2 Pap. Boulaq IV (AMÉLINEAU, max. 35, p. 122).
8 Pap. Prisse, xvi, 13-14 ; xvir, 2-3 ; xvi, 6 ; x1x, 6-7 (VIREY, p. 98, 99, 96, 106). 4 Hymne à Amon-Rà (GrésauT, Hymne, p. 65-66).