‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 34 sur 123 · COMMENTAIRES · texte numérisé non relu

COMMENTAIRES

» leur cœur ce qui est approuvé (de lui) ; et la mémoire S'en » conserve (ainsi) dans la bouche des vivants qui existent sur » la terre!.»

D'ailleurs ses élèves aiment à l’entendre. Ils connaissent sa valeur ; ils savent l’exactitude de son érudition; en retour de son dévouement, ils lui témoignent une admiration et une reconnaissance profonde. Si on leur demandait l'éloge de leur maître, ils ne tariraient pas et, pour exprimer toute leur vénération, accumuleraient sans fin les épithètes et les métaphores : « Sa science » est une montagne en poids et en volume, une bibliothèque » cachée qu'on ne voit pas?. » — « Scribe d'élite, cœur large, » bouche éloquente ! c'est une joie que son langage quand on » l'entend! Artisan des paroles divines, qui n’ignore rien, » c’est un homme distingué par la valeur et les travaux de » Safekhit, la servante du seigneur de Khmounou c'est-à-dire D Thot), dans la salle des livres, un professeur actif dans » l'archive des écrils..…. Adonné aux sciences, y consacrant » tout son cœur, son aulorilé lui donne de l'assurance. Il est » aimé des cœurs... On recherche son affection, loin d’éprou- » ver de la répulsion pour lui... Tout ce qui sort de sa » bouche est frotté de miel, 1l fail par là germer les cœurs » comme des fleurs »

Le maître déroule enfin le papyrus. Il en lit le contenu d’une voix ferme mais lentement, de manière que ses auditeurs puissent en bien imprégner leur esprit el retenir par cœur les formules versifiées qu'il débite. Puis il ‘les explique en détail, car sans explication on risque de n'y rien comprendre comme le lui écrit un de ses disciples : « Tu viens à mot bien muni de grands » mystères : tu me dis au sujet des formules du prince Dou- « doufhor : « Tun’y as rien connu, ni bien ni mal. Un mur » d'enceinte est par devant que nul profane ne saurait forcer. »

1 Pap. Prisse, x1x, 4-6; xvi, 11-13 (Virey, p. 106, 97). 2 Pap Anastasi I, pl. x1 (Maspero, G. Ep. p. 111).

3 Zbid., pl. 1, 1.1 à pl. u, 1. 7 (Masrero, G. Æp., p. 107. Cf. Cnaapas, Voyage; Laurx, Moses ; Loner, À. Tr., xiv, p. 112).

« Toi, tu es un scribe habile parmi ses compagnons, instruil » dans les livres, chätié de cœur, parfait de langue; et, quand » tes paroles sortent, une seule phrase de la bouche est trois » fois importante; lu m'as donc laissé muet de terreur". »

Il éclaircit de ses commentaires, il « embellit » le texte pour la plus grande instruction de ses disciples. Peut-être se livre-t-il parfois à de longues digressions : les orientaux ont l’éloquence verbeuse. Du moins les spécimens de ses leçons qui nous sont parvenus, se bornent au contraire au strict nécessaire. Tels sont entre autres les chapitres xvn et xvur du Livre des Morts. Les anciens exemplaires, tant memphites que thébains, du Moyen empire ne contiennent point la glose; elle existe au contraire dans ceux du Nouvel empire. E. de Rougé s’est efforcé de distinguer le texte du commentaire qui en interrompt le fil. En voici le début :

« L’Osiris (un tel) dit :

Verset 1. « Je suis Toum, en Être Unique dans le Noun. Je suis Râ en ses levers, » lorsqu'il a commencé le principat qu'il a exercé. »

Scholie. « Qu'est-ce que cela : « R4 en ses levers, lorsqu'il a commencé le prin- » cipat qu'il a exercé »? Ce Râ a commencé de se lever sur le trône où il est monté, » quand ne s'étaient pas produits encore les soulèvements de Shou sur l’escalier de » la ville de Khmounou (Hermopolis). Il a anéanti les enfants de la rébellion sur » l’escalier de Khmounou 2.

Verset 2. « Je suis le dieu grand qui s’est donné la forme à lui-même (c’est-à- » dire l’eau, c’est-à-dire Noun, le père des dieux). »

Scholie. « Qu'est cela ? C’est Râ, créateur de ses membres qui deviennent les » dieux de la suite de Râ. »

Verset 3. « Je suis celui à qui nul ne fait obstacle parmi les dieux. » Scholie. « Qu'est cela ? C’est Toum dans son disque. Autrement dit: C’est RA dans son disque se levant à l'horizon oriental du ciel » 3. » Etc... »

Si nous nous attendions à quelques larges aperçus sur la religion ou la morale égyptienne, nous sommes déçus. Le commentateur nous donne des détails précieux, mais toujours des détails :

1 Pap. Anastasi I, pl. x, 1. 8 à x1, 4 (Masrero, A. À., p. 67).

2 Maspero, Proc. Soc. Bibl. Arch., 1891. Le texte porte : « Ce Râ a commencé de se lever dans Héracléopolis qu'il à faite ». Maspero a bien démontré que cette leçon provenait d’un copiste distrait ou prétentieux qui a pris « em soutenit — dans la royauté » pour un nom de ville «em Khenensou », « em Ah-khenen-souten — dans Héracléopolis. »

SE. pe Roucé, Rituel; Prgnner, Livre des Morts, p. 53-54.

Page 1