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CONSEILS MORAUX

jamais il n’effleure les questions générales. Peut-être même, si on lui demandait davantage, alléguerait-il la défense des livres sacrés, car il y lit ces mots : « W’en fais pas (de ce livre) de nombreux » commentaires fournis par ton imagination ou ta mémoire !.»

D’autres fois, le maître lit à ses élèves quelque ancienne composition morale. Ce sont les conseils d’un père à son fils, comme ceux de Kaqimna à ses enfants, de Ptah-hotpou à son fils, de Doûaoûf-si-Khroûd à Papi, ou d’Ani à Khons-hotpou. Tous ces vieux sages ou ces scribes distingués ont rédigé, pour leur élève de prédilection « issu de leur chair », des instructions où se cristallise en doctes sentences le meilleur de leur sagesse. On respecte plus que tous les autres les recueils les plus anciens ; mais sans doute on revient de préférence aux plus nouveaux qui contiennent de plus nombreux préceptes. Les développements et les commentaires ne sont pas difficiles à trouver. Puisque ces préceptes ne s’inspirent guère que du spectacle de la vie quotidienne, il suffit de jeter les yeux autour de soi, pour voir surgir en foule les applications. Si l’on préfère, 1l est loisible de recourir à l’histoire pour lui emprunter des exemples : « Ainsi n'agissait pas le roi » A »?. Ou bien encore on cite, ce qui revient presque au même, la littérature romanesque, fort en vogue et riche en thèmes de morale en action. L'auteur du papyrus moral de Saint-Pétersbourg n’interrompait-il pas la série de ses maximes pour narrer un ou deux contes * ?

Souvent même, c’est la réalité qui provoque la leçon. Quand les jeunes gens quittent l’école pour se lancer dans une carrière, le maître ne les perd pas de vue. Il use de son influence pour les aider à réussir, et ne leur refuse jamais son concours. « C'est » un appui ferme pour tout jeune homme qui sort de ses » mains ; ses doigts agrandissent le petit. * » Lors donc qu’un de ses anciens disciples recourt à son expérience et veut

1 Livre des Morts, cxLvur, 1. 6 (PIERRET, p. 500).

2 Pap. St-Pétersbourg, 1116, $ 10.

8 GorénicHerr, Æg. Zeit., 1876, p. 107.

4 Pap. Anastasi I, pl. 1, 1. 3 (Masrero, G. ép., p. 107).

s’éclairer de ses lumières, il met en pratique le précepte que luimême a souvent donné; « Si l’on vient pour te demander un » conseil, que cela le soit une raison pour consuller les livres » divins.… Si le scribe est employé dans une profession quel- » conque, il discourt d'après les écrits »".

Et de fait l’occasion se présente fréquemment. C’est un jeune homme qui consulte sur sa vocation ; il se sent attiré vers le méter des armes ou vers la vie des champs: il faut lui en montrer les inconvénients. Ou bien il se dérange et mène une mauvaise conduite : il faut le redresser et le remettre dans la bonne voie. Ce sont des plaies morales à panser : vite on fouille dans « l’officine de l’âme » et on découvre le baume voulu: car la bibliothèque renferme des écrits de toute sorte. Si les Recueils de préceples ne font pas l’affaire, ce qui convient au cas présent se trouvera bien dans la collection de Lettres choisies des anciens.

En feuilletant parmi tous ces doctes ouvrages, notre sage hésite entre les panégyriques enthousiastes de l’état de scribe et les virulentes satires des autres métiers, entre les judicieux conseils sur la conduite à tenir près des grands et les invectives indignées contre la paresse, l’ivrognerie ou la débauche?. Il rencontre enfin la page voulue; et, en y introduisant les modifications que réclament les circonstances, il libelle une jolie épitre. La versification ne protège pas plus les « paroles cadencées » que les autres contre ces sortes d’imitations, d’interpolations ou de plagiats Ÿ. C’est une manière de témoigner son respect pour les œuvres des ancêtres*. Notre scribe, d'ailleurs, ne suit-il pas l'exemple des rois qui admirent tant certains éloges de leurs pré-

? Pap. de Boulaq IV (AmÉLiNEAU, max. 3, p. 40; max. 35, p. 122).

? Maspero, Genre épistolaire, p. 24-T6.

* MAsrero (Genre épistolaire, p. 35 et suiv.) montre comment le rédacteur du papyrus Sallier T a « contaminé » de la sorte l’œuvre transcrite au papyrus Anastasi II. Cet exemple se recommande par sa dimension et son caractère typique, mais il n’est pas du tout un fait isolé.

On dépeçait sans vergogne les textes littéraires pour les appliquer à un usage personnel. L'ostracon 5629 du British Museum reproduit la fin du conte de Sinouhit: « On me fit Construire une pyramide en pierre, etc. » (Maspero, Contes, p. 90-91 ; GoopwiIN, Æ. Z., 1872, p. 20-24). — Ainsi les hémistiches de Racine et Molière étaient plagiés au XVIIL s. Que dirait-on aujourd’hui de l'inscription sur une tombe d’une page de Balzac ou de Zola ?

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