‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 36 sur 123 · MYSTÈRE SUR LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

MYSTÈRE SUR LA DOCTRINE

décesseurs qu'ils les font inscrire, en changeant seulement les noms, sur les monuments élevés en leur propre honneur !? Il se ferait donc gloire de son démarquage, s’il n’avait peur qu’on ne l'accusât, non d’avoir trop emprunté, mais de n'avoir pas copié assez servilement son modèle. Néanmoins, avant d'envoyer son épitre au destinataire, il la récite à ses élèves pour leur édification. Ceux-ci l’écoutent pieusement et la gravent dans leur mémoire. De souvenir, ou sous la dictée du maitre, ils la transcrivent, et l’on en dépose un exemplaire aux Archives du temple. Eux-mêmes en gardent une copie pour enrichir leur bibliothèque qui les suivra dans la vie et jusque dans la tombe pour l'éternité, à moins que des voleurs ou des archéologues ne l’y dérobent.

Mais toutes ces belles et profitables leçons, ne les entend pas toujours qui veut. Les Égyptiens se montrent très jaloux de leur science ; ils ne la communiquent que petit à petit; on ne parvient à la pleine connaissance que par unelongueinitiation. S'ils exigent de leurs disciples la plus complète docilité, s’ils haïssent les novateurs, ils redoutent au moins autant les indiscrets, et tout initié doit jurer un silence absolu. Ne croyez pas toutefois qu'il y ait dans ces précautions l'unique souci de conserver un monopole!

Voyez-y d’abord une indifférence absolue pour le prosélytisme. En effet, l'Égyplien ne cherche pas à répandre sa doctrine. Hors des initiés, les hommes se divisent à ses yeux en deux classes : les hommes du peuple et les étrangers. Ces derniers sont des infidèles, des révoltés, des ennemis des dieux; on ne songe pas à les instruire. Que le roi les subjugue, les réduise en esclavage ou les

1 Par exemple, Séti I sur les murs de Karnak, copie le chant triomphal d’une stèle de Thotmès III ; CHampozzioN, Not., I, 96 ; MAsreno, Genre épistolaire, p. 89-90 (cf. : Guide, p. 73-74; Hist. anc., p. 202). Puis Ramsès III fait de même à Médinet-Habou (DüMICcHEN, Hist. Inschr., 1, pl. 11-12; Maspero, Hist. À., p. 203, n. 1) et y juxtapo se une adaptation du Décret de Ptah, fait pour Ramsès II à Ibsamboul (Caampozzion, Mon., pl. 38; L. D., III, 194; De Roucé, Z. H., 131-138 ; Navizce, 7rans. S. B. A., 1880, VII, 417-138). — Dans le papyrus Anastasi IV, le chant de triomphe de Ménéptah est copié presque mot à mot et approprié à Séti II par simple substitution de nom (Masrero, Aist., p. 259).

détruise! voilà tout ce qui leur convient. Le bonheur de l'Égypte le préserva longtemps de voir ces mêmes étrangers pénétrer sur son sol en vainqueurs. Mais enfin le jour de l’humiliation arriva : Cambyse, introduit dans le temple de Ptah un des dieux les plus révérés, éclata d’un rire indécent à la vue de la statue divine; un autre jour, il blessa de sa main le taureau sacré Apis !. Le silence n'offrait-il pas un abri suprême contre de pareils sacrilèges ? Quant au peuple, aux hommes de métier, ce sont gens incapables de pensées quelque peu élevées; s’ils prétendaient par hasard s’égaler aux scribes, ils ne mériteraient que sarcasmes : la Satire des métiers rappelle leur infériorité. Les théories du monde intelligible doivent donc leur rester fermées parce qu’ils ne sauraient les comprendre ; la religion bonne pour eux c’est celle qui amuse les yeux et étourdit les sens, celle des rites bizarres, des processions majestueuses et des fêtes bruyantes ; point de conseils de morale à ces esprits bornés ! il suffit de leur donner des ordres. Traitez vos subordonnés avec douceur, mais « jetez l’ordre sans » ménagement à ceux qui font mal»?. Inspirez confiance, par votre habileté et vos lumières, à ceux qui vous suivent ; mais « /e » travail manuel les dégrade » * : qu'ils vous suivent donc aveuglément!

Ce mépris pour le vulgaire et la prétention de lui cacher les mystères, sont anciens et ne datent pas seulement du jour où l’on craignit les profanations des étrangers. Au temps où l'Égypte étendait ses conquêtes au dehors, plusieurs chapitres du Zivre des moris recommandaient le secret. Le fameux chapitre cxxv n’est pas très explicite, il dit seulement que « le livre se transmettra de » génération en génération sans accident » *. D’autres défendent brièvement de le laisser voir à aucun homme %, «sauf ton père ou » ton fils », ajoutent les chapitres exxxurf et czx17. Ce dernier

1 Héropo®e, III, 27-29 et 37.

? Pras-Horpou, pap. Prisse, vu, 12 (Virey, p. 39).

$ Jbid., xv, 5 (p. 90).

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