LOI DU SECRET
mentionne expressément le vulgaire qui « ignore ce chapitre. le » véritable mystère que ne connaît aucun homme, en aucun » lieu »!. Mais le plus expressif est le chapitre excvnr: « Ve » laisse voir ceci à aucun homme autre que le roiou le kherheb » (prêtre). Nele laisse pas voir à un esclave allant et venant... » Ce livre mystérieux et vrai. nul autre ne l’a connu, nulle » part, jamais. Aucun homme ne l'a déclamé, aucun œil ne » l'a interprété, aucune oreille ne l'a entendu. Qu'il ne soit » vu que par toi et celui qui te l’a enseigné... C’est un véri- » table mystère que ne connaît aucun homme du vulgaire, » nulle part?.» Le Livre des Respirations interdit de même toute divulgation ?. De mème encore, un manuscrit du Livre pour faire tomber Apophis recommande de « cacher ce livre dans le trésor » pour que nul individu ne le voie »‘. L'artiste Iritisen se vante, comme d’une chose peu commune, de « connaître les mystères » des paroles divines »ÿ.
Sans doute les indiscrétions sur la morale eussent été moins périlleuses qu’en matière de religion. On n’aurait pas eu àcraindre un bouleversement de l’univers comme si l’on avait violé le secret des mystères d’Isis ou du tombeau d’Osiris à Abydos, duquel dépendait le salut du monde, ou comme si l’on avait abusé des formules sacrées pour ébranler le ciel$. Mais l'habitude du mystère? était prise. Aussi bien la morale touche-t-elle par plus d’un point à la religion.
Du reste cette habitude du mystère s’étendait à toutesles parties
1 Livre des morts, czxi, 1. 5-7 (p. 550).
2 Zb., cxzvanr, 1. 3-7 (p. 500).
# « Cache, cache, et ne fais réciter cet écrit à personne ; il profitera à la personne qui » est dans le tombeau et elle vivra en vérité des millions de fois. »y Chaï-ni-sinsinou (DE Horracx, Livre des Respirations, pl. 1, 1. 6-7. p. 5[2. Eg., XVII, 113-114].
4 Pap. Brit. Mus., p. xxvu, 1. 46 (PLeyre, À. Tr., III, 63).
5 Stèle d'Iritisen, Louvre C 44 {Lepsius, Auswahl, 1x, 3; Cnapas, Mél., II, 116) : au rekh ku secheta n nuter kherou.
6 CHÉRÉMON, apud Porpayre, Ep. ad Anebonem, et JAmBcique, De mysteriis, vi, T, p. 149. C£. le livre de Thot qui, selon le Conte de Satni, permet d’enchanter le ciel, la terre et les eaux (Masrero, Contes, 2e éd., p. 175).
7 I] ne faut pourtant pas voir mystère ou mysticisme partout. Ainsi MARIEITE supposait que « dans les salles divines la décoration est banale de propos délibéré afin de dissimuler le dogme ». À quoi bon ? dit RocHemonTgIx, peu d'initiés y pénètrent ; ces inscriptions sont nécessaires pour protéger le temple, et l'ensemble des figures (sinon le texte) est très instructif (2. Tr., III, 84-85). N'exagérons rien.
de la science. Strabon reproche aux Égyptiens d’avoir fait mystère si longtemps aux Grecs de leurs connaissances astronomiques et de leur avoir laissé ignorer l’existence de l’année complète ; (il est vrai que mercenaires ou trafiquants devaient peu s’en soucier). « Mystérieux et peu communicatifs », dit Strabon, « ils se laissaient » décider, à la longue et à force d’attention et de politesse à révé- » ler quelques-uns de leurs préceptes ; mais néanmoins ils en » cachaient la plus grande partie! ». Même, ‘selon Origène, ils refusaient d'enseigner l'écriture hiéroglyphique à qui ne voulait pas se soumettre à la circoncision, et Pythagore seul parmi les Grecs se serait prêté à cette opération ?.
C'était d’ailleurs chose si commode, pour se délivrer des questions gènantes de voyageurs trop curieux, que de se retrancher derrière le mystère religieux ou une sorte de secret professionnel ! Il suffisait, pour les convaincre qu’on n’y mettait pas de mauvaise volonté, de leur citer quelques versets des livres sacrés, par exemple celui-ci : « Ce que dit le prétre-auditeur (sotem) les »y hommes ne le racontent pas, les dieux ne le répèlent pas, » réciproquement, » ou encore cet autre qui termine le recueil : « Ce livre est le plus grand des mystères. Ne le laisse » voir à aucun homme, c’est une abomination de le faire » connaître. Cache son existence. Le Livre de la demeure » cachée est son nom. » Que répondre à une pareille citation ?
Aussi les Grecs s’en plaignaient-ils vivement, à moins de craindre sincèrement la vengeance des dieux comme le bon Hérodote. Les prêtres interrogés par celui-ci le voyaient si plein du désir de connaître et animé de si bonnes intentions qu’ils n'avaient pas toujours le cœur de lui refuser les explications qu'il sollicitait avec toute sa curiosité de Grec à l'esprit enquêteur. Mais ils ne lui faisaient ou n'affectaient de lui faire des concessions que s’il leur promettait de garder un secret éternel sur leurs révélations. Que
1 SrraBon, 17, p. 806.
2 ORIGÈNE, Comm. in Ep. ad. Rom., Opp. IV, 495 ; Porpayre, Vita Pyth.; Taéonorer, Therap., p. 467.
3 Livre des Morts, ch. exvi, 1. 2 (PirrrerT, p. 349).
4 Jbid., cuxu, 1. 12 (p. 555). à