‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 40 sur 123 · TRADITION ET RELIGION · texte numérisé non relu

TRADITION ET RELIGION

lés dans les livres de préceptes. Les scribes se gardent bien d’ébranler cet empire de la tradition sur qui s’appuie leur propre autorité. ;

S'insurger contre la tradition ! repousser les enseignements que le sage a recueillis et qu'il répète à son tour! ne point écouter les hommes qui par leur expérience etleurs longues études ont acquis la science précieuse du bien et du mal! hôlà! ce serait non seulement de l’imprudence et de la maladresse, mais une folie, une aberration incompréhensible. Pour agir ainsi, il faudrait manquer totalement de sens moral : « Que la réponse d’un vieillard » portant bâton renverse tes audaces de peur que ton émer- » veillement n'irrile plus que tes œuvres! !»

La tradition finit par se justifier elle-même : son existence seule la propose à limitation et prouve son excellence. « Cherche à » imiter ton père et Les ancétres, dit un moraliste; car vois, » leurs sages paroles restent dans leurs écrits?. »

En faisant le portrait du moraliste égyptien, nous avons suffisamment parlé, pour n'avoir pas besoin d’Y insister ici davantage, de la soumission qu'exige le sage à l’enseignement traditionnel.

A côté de cette première autorité, la tradition, il en est une seconde, la religion. À vrai dire, religion et tradition ne s’opposent point et, loin d’entrer en conflit, se prêtent un concours mutuel. Les raisons de cette alliance sont faciles à saisir. La religion ellemême dépendait de la tradition : quelques modifications qu’elle ait subies peu à peu, ne prétendait-elle pas faire remonter ses doctrines par les ancêtres jusqu'aux dieux mêmes ? A cette communauté de méthode sages et prêtres joignaient celle de l’éducation et de l’origine. C'était à l'ombre du même sanctuaire que tous se formaient, et, avec leur bagage plus ou moins lourd de connaissances, conquéraient ce titre de scribe qui ouvrait toutes les carrières. Enfin, selon les occasions, le sage recommande la piété ou invoque à l’appui de ses leçons l'autorité divine : « Ce qu'aime

1 Anr, Maximes : Pap. Boulaq IV (AMÉLINEAU, max. 59). 2 Pap. moral n° 1116 de Pétersbourg (GoLénicnerr, Æ. Z., 1876, 107).

» Dieu, dit Ptah-hotpou, c’est qu'on écoute; et si l’on n’écoute » pas, cela est en horreur à Dieu”. »

La volonté divine deviendra pour les Égyptiens une règle de conduite qui pourra s’appliquer à toutes les circonstances de la vie. Ils se vantent dans leurs épitaphes d’avoir été de « bons serviteurs » du Dieu » qu’ils invoquent. Ils déclarent qu’ils ont suivi sa volonté, marché dans sa voie, ou, pour prendre leur propre expression, « qu'ils ont agi dans ses eaux ». Les habitants de ce pays étroit, traversé dans toute sa longueur par le Nil et sillonné de canaux, ne connaissent pas d'autre chemin que l’eau pour toute distance un peu longue. Voguer dans les-eaux du dieu c’est donc se reconnaître son serviteur, comme les vassaux qui font la conduite au roi. Mais les divers mythes qui se formeront sur la vie d’outretombe? donneront à ces mots un sens plus précis ; et c’est pourquoi il était bon d'insister sur cette métaphore.

Aller dans les eaux de la divinité consistera donc sur la terre à faire ce qu’aime le dieu, à détester ce qu'il abhorre. Les défunts se vantent en conséquence, sur leurs stèles funéraires, d’avoir accompli les désirs du divin Maître, d’avoir évité de s’opposer à ses desseins. Ainsi un prophète d'Amon sous Ptolémée Soter s’écrie : « Je » suis lon servileur, qui fais ce qu'aime lon cœur, qui adore » La face belle, qui sans cesse sers en ta demeure, qui ne s'élève » pas contre la Majesté, qui fais le bien que tu aimes, et » déteste le péché (le mal)* que tu détestes'. » Un général qui avait présidé à l’ensevelissement d’un bœuf Apis exprime sa dévotion en ces termes : «Je suis un vrai serviteur de ton » âme (ka). Je m'applique nuit et jour, toujours, sans me » reposer, à accomplir toutes sortes d'actes pieux pour toi, jai » imprimé le respect pour toi à tout le monde. » « Celui qui » suit Dieu, dit un autre, est en bonne mémoire. Mon nom est

! Prau-Horpou, Préceptes : Pap. Prisse, xv, 7 (Virey, p. 96).

2 Voir plus loin, chap. VII.

8 Asef.

‘ Graffite du prophète d’Amon Pétamon à Lougsor (Daressy, A.Tr., XIV, 34).

5 Stèle d'Amasis au Sérapéum : XXVIe d. Louvre 4047 (Prerrer, Rec. Insc., I, p. 67; Preg, 1890, 107).

Page 1