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ÉMANATION, PANTHÉISME CE

ses croyances en exposant la doctrine plus ou moins panthéistique de l’émanation. Le Dieu unique, incréé, qui seul vit en substance est par essence créateur. Il s’engendre lui-même dansle sein d’un principe féminin éternel qui n’est qu'un dédoublement de luimême. [Il se manifeste au dehors en engendrant des êtres qui tiennent plus ou moins de son essence, qui existent par lui et en qui il vit lui-même. Ce sont les dieux Amon, Osiris, Ptah, Horus, Thot, etc., personnifications diverses du Dieu unique « qui multiplie ses noms sans que le nombre en soit connu » !, membres du grand Tout (Temez) « qui fait surgir les essences, naît comme enveloppe de l'univers. façonne ce qui est en lui, évoque les dieux?». C’est le soleil, son image sensible la plus pure, dont il monte la barque, la « bonne barque des millions d'années », sous le nom de Râ, illuminant, réchauffant et vivifiant le monde. C’est l’univers, qu'il à tiré de son propre sein et en qui il lance sans cesse des rayons de vie. C’est le roi d'Égypte, le pharaon, en qui il s'incarne pour gouverner les hommes, et dont l’âme, en quittant la terre d'Égypte, retourne au sein de la divinité. Ce sont même ces animaux, objet d'un culte ancien, en qui la divinité se cache pour épier l’homme et surveiller la marche des événements, mais où elle laisse entrevoir symboliquement quelques-unes de ses qualités, comme sa souveraineté dans le serpent wræus, sa bienfaisance dans l’ichneumon, sa vigilance dans le chacal, son éternité dans le phénix et le scarabée.

Ainsi pouvaient s’accorder les croyances les plus hétérogènes, le culte fétichiste et idolâtre de la foule grossière et les spéculations raffinées des sages. Devant ce Panthéon confus, chacun pouvait satisfaire sa dévotion sans jeter l’anathème à son voisin. Chacun expliquait à sa manière la religion, mais tous adoraient. Libre ensuite au sage de prendre en pitié la superstition basse de la foule dont la piété ne s’élançait point au delà de l’animal sacré ou de la statue de pierre, sans rien soupçonner de la nature véritable de la divinité. Et cependant le sage ne taxait pas ce culte de

! Hymne à Amon-R@ (Grébaut, Rev. arch., 1873, I, p. 388'et 392). 2 Litanie du Soleil, $ 1-6 (Navizze, La Litanie, 1875, p. 109).

sacrilège ; car il se rendait compte que cette adoration, naïvement impie, partait d’un cœur religieux, et, par delà les symboles. ou les images plus ou moins dégradées, parvenait au même Dieu. Même il se savait gré de sa propre science qui l’élevait, à ses yeux et à ceux des autres sages, au-dessus du peuple.

Quelles étaient les relations de la morale avec la religion pendant cette évolution ?

A l’origine les liens en sont extrêmement ténus : ils se fortifieront dans la suite.

La divinité, aux yeux des premiers Égyptiens, consiste en d’innombrables êtres qui les entourent, fétiches visibles ou forces de la nature prises pour des génies invisibles, et qui tous ont cela de commun que par leur volonté et leur puissance ils limitent l’activité de l’homme. Ils vivent comme ils veulent, se transportent où ils veulent, exécutent tout ce qu'ils veulent ; l’homme est un jouet entre leurs mains. Pourtant ils ne se ressemblent pas tous; les uns sont bons, c’est-à-dire qu'ils viennent parfois au secours de l’homme ; les autres sont mauvais, c’est-à-dire qu’ils semblent se faire un malin plaisir de lui nuire. S'assurer la protection des premiers, conjurer les maléfices des seconds : voilà l’origine de la religion. On y pourrait voir aussi l’origine de la morale et de la distinction essentielle du bien et du mal, si précisément cette identification complète du mal avec la douleur, du bien avec les avantages à recueillir, n'apparaissait comme la négation même de la morale.

Cependant on a prié ces dieux et la prière exaucée s’est transformée en formule magique dont l’homme s’est servi pour obliger le dieu à lui accorder l’objet de ses demandes. Par la magie, il s’est fait respecter et craindre des dieux. Dans certaines circons-

tances données et sous certaines conditions à réaliser, il pouvait

traiter avec eux d’égal à égal, il pouvait les terrifier à son tour. Dès lors, prières, offrandes et sacrifices devenaient plus qu’un

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