JUSTICE DIVINE
» aime qui l'aime, et protège quiconque l'a dans son cœur". » La crainte demeure le commencement de la sagesse ; mais l'amour, le dévouement, la fidélité, la reconnaissance gagneront plus sûrement des faveurs. La pureté du corps sera toujours requise, mais la pureté du cœur devra s’y joindre. Pour connaître les dieux, il ne suffira plus de savoir leurs noms et quelques mots de passe, mais il faudra pratiquer la justice ?, On les servira et on leur plaira, non seulement en continuant les sacrifices traditionnels, mais en respectant le bien et la réputation d'autrui; non seulement par des dons sur les autels, mais par des bienfaits et des services rendus aux hommes,
On est parti de ce principe que les dieux sont supérieurs à l'homme, mais d’une nature analogue. On dût donc leur attribuer tout ce qu'il y a de plus précieux dans l’homme, en même temps qu'on rejetait loin d’eux toutes nos imperféctions. D'abord on leur a reconnu la force physique ; mais on à été bientôt obligé d’y joindre la bonté. Il à fallu leur supposer, à un degré éminent, toutes les qualités de l’intelligence et du cœur que le travail d’analyse du langage, en perpétuelle formation, distinguait dans l’homme. Alors seulement, il a été possible d'éliminer de la notion de Dieu, sans la vider entièrement, tous les caractères inférieurs de notre propre nature et tous les éléments trop matérialistes. L’antique fétiche moissonnait, mangeait, buvait, se colletait avec ses ennemis et n’en demeurait vainqueur qu’en les émasculant de ses mains dans la lutte‘. Désormais Dieu apparaîtra surtout comme le principe de l’existence, du bien, de la vérité et de la justice, et ne gardera plus de son principal attribut d'autrefois, la force, que de quoi satisfaire le besoin d'expansion de sa bonté et accomplir les arrêts de son équité.
1 Stèle de Nakhtou-Amon, n° 296 de Turin (PL, 2. Tr., II, p. 112).
2 « Moi, je fus un juste, un bon, sans malice, ayant mis Dieu dans mon cœur. J'ai » fait le bien sur la terre. Pure est mon âme ». Stèle de Boka, XIXe-XXe dyn. Turin, n° 49, 1. 1-4 (CHapas, 77. S.B.A., 1877, V, 459-474 — B. Eg., XIII, 235-249).
3 « Osiris. qui fait ce qui est juste et lourne le dos au péché; quiconque connaît » l'humilité et compte ses actions justes le connaît par là même.» Stèle de Phrähiouinamf, XX° d. (Marerte, Mon. div., pl. Lxt, p. 20 ; Maspero, Guide, p. 48, n° 378).
4 Livre des Morts, xvn, 26, et textes des Pyramides.
Cette perfection nouvelle s'exprime par un mot ancien: Osiris possède « md » ; il se nourrit de « mû » : il vit de « md » !. Tantôt on regarde « m& » comme une qualité abstraite; lantôt, comme une déesse, Mit, fille du Soleil, qu'Osiris tient dans la main ou qui siège à côté de lui, ou même comme deux déesses toujours associées. À l’origine, « md » désigne ce que l’on estime comme le meilleur dans ce pays où la tradition eût tant d’empire : une voix « md » est une voix « juste », c’est-à-dire dont l’intonation est conforme à la tradition ritualistique ; les vêtements «md » des morts, sont ceux qu’exigent les rites ; le « md » des dieux, ce sont les offrandes qu’il est d’usage de leur consacrer; les précautions « mü » que l’on apporte en justice, ce sont les ütres ou témoignages que demande la loi ou la coutume ; l° « /sit-maît » ou nécropole de Thèbes, dont Diodore traduit le nom par « demeure véritable ou éternelle » par opposition aux demeures des vivants qui ne serait que des hôtelleries, c’estle quartier consacré aux sépultures régulières. En tout, c'est ce qui convient, rà dvfxoyra, parce que c’est conforme à son objet ou à l'idée que l’on s’en fait: de l'huile pure, des pierres véritables, des objets de provenance authentique, une parole exacte, un serviteur fidèle et loyal. S'il s’agit d'actes, celui-là sera « md » qui se conformera à l'intention de l’auteur qui agit et à l'effet qu'il veut produire: ce serait un désir efficace, une pratique réelle, un ordre qu'on exécute. Dans beaucoup de ces cas les mots français « vrai » el « vérité» revêtent à peuprès les mêmes nuances. Un homme « vrai » (nok md), ce sera un homme en vie par opposition à un mort ou à un fantôme, un homme sincère par opposition à un menteur, fidèle et non traître, bon et non méchant, pieux el non impie, juste et non pécheur. De l’idée de justesse on est passé à celle de justice. Si l’on applique cette idée au mythe solaire, « md » ce sera la lumière du soleil qui dissipe les fantômes, qui fait voir les objets tels qu'ils sont réellement, qui donne aux êtres l'existence et la vie. Les ennemis
1 Zivre des Morts, Lxxr, 4; Lxxir, 5 Lxxix, D; Lxxxv, 2: cxxiv, 10; cxxvi, 2. Cf. Stèle de Ramsès IL à Kouban, L. 3 (Prisse, Mon., pl. 21); Stèle de Ramsès IV à Abydos, 1. 18 (Pieuz, Æ. Z., 1885, 16); Hymne d’Anaoua à Rà (Manette, Mon. div., pl. 57, p. 18) ; etc.