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CHAPITRE VI

Si la considération de l'intérêt n’est pas capable de créer l’idée d'obligation morale, du moins elle peut devenir d’un grand secours dans la pratique. Si le plaisir ou l’avantage à retirer de l'acte se présente non comme un bien désirable en soi, indépendamment de l’autorité morale et même en dépit d'elle, mais comme la récompense de la moralité de la conduite, alors lui-' même prend un caractère moral. Il apparaît non comme la négation, mais comme la sanction de la morale.

Le pur amour en effet, qui entraine vers le beau et le bien, sans espoir ni crainte, mais par le plus absolu désintéressement, agit trop rarement dans l’âme humaine, pour que l’on puisse édifier la morale sur ce sentiment, tout seul. Les Égyptiens, gens pratiques, ne s’en piquaient point. La perspective d’une sanction, pensaient-ils, l’appât d’un gain, la crainte d’un châtiment doivent soutenir plus efficacement la volonté dans ses défaillances. Les prêtres et leurs sages n’oubliaient donc point de proposer aux, hommes, une sanction de leurs préceptes.

La morale reposait, avons-nous vu, sur l'autorité de la tradition et de la religion. Or les sages recommandent-ils à leurs disciples de se conformer, dans la conduite, aux saines traditions ; les prêtres leur ordonnent-ils de se montrer bons serviteurs de la divinité : les uns et les autres ajoutent des promesses et des menaces. Ils invitent chacun à songer aux conséquences de ses actes : ainsi évitera-t-on des surprises désagréables. La prudence, disons-nous, est mère de la sûreté. Le scribe Khamoïs disait à peu

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près de même, quelque proche ou lointaine que tombât l'échéance prévue par lui: « C’est bien d'agir pour après !.

Ce n’est pas seulement un conseil général. A cours de ses leçons, le moraliste énonce-t-il une sentence : aussitôt, il en fait entrevoir l'application. Il ne se contente pas de dire « fais ceci » ; mais 1] ajoute : « tu y trouveras tel profit », ou « tu éviteras tel ennui ». Nous avons vu ?, par exemple, quels avantages de tout genre, les scribes espèrent retirer de leur fidélité à la tradition, de leur docilité envers leurs maîtres, de leur dévotion au dieu Thot, leur patron : places lucratives, honneurs, droit au repos, abondance de vivres, faveur des grands, du roi et des dieux. Un disciple gagnera sûrement à écouter et perdrait en marchant à l’encontre. La tradition l’assure ; le raisonnement le démontre : mais l'expérience du maître ne garantit pas moins l'excellence de ses discours. Ainsi le vieux Ptah-hotpou termine-t-il la série de ses préceptes, par des promesses gagées sur son exemple : « Par là, » j'obtiendrai que ton corps soit bien portant, que le roi soit » satisfait de toi, en toutes circonstances et que tu gagnes des » années de vie sans défaut. Cela m'a fait sur terre cent dix » ans de vie, avec le don de.la faveur du roi, parmi les pre- » miers de ceux que leurs œuvres ont fait nobles, en faisant » la satisfaction du roi, dans une place considérée 3. »

Les hommes d’action confirment par leur témoignage les asserlions des sages. Comme eux, ils émettent des aphorismes sur la verlu récompensée :

Tout homme qui fait le bien aux gens et qui passe en » le faisant, il est le premier en honneur au tombeau, son » fils est en la place de son père, sa mémoire est bonne dans » l'état et les enfants de sa maison rendent un culte à sa sta- » tue*.» Aïnsi parle au temps du moyen empire un prince de Siout, bienfaiteur de ses concitoyens, présentant le récit de sa vie

? Pap. 116 de St-Pétersbourg, $ 6 (GoLénicaerr, Æ. Z., 1876, 107). ? S'upra, ch. 1v, p. 52-54, 64-67.

8 PraH-Horpou, Préceptes : Pap. Prisse, xx, 6-8 (Virey, p. 106-107). fnscr, de Téfabi (Marrerre, M. D., pl. 69, p. 29).

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