‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 49 sur 123 · VÉRIFICATIONS EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

VÉRIFICATIONS EXPÉRIMENTALES

comme un commentaire d’une telle déclaration de principes. Tel autre grand personnage du second empire thébain ne rougira pas, bien loin de là, de confesser que dans sa conduite, il avait en vue les sanctions terrestres ou posthumes des devoirs accomplis : « Ma tête veillait, mon cœur se dévouait à mes maîtres, afin » (n mert) que je repose dans la montagne des Sahous qui » sont dans l’Amentit, que ma mémoire demeure sur terre, » que mon àme vive près du Seigneur de l'éternité, etc. !» Beaucoup d’autres, dans leurs épitaphes, célèbrent leurs hauts faits, leurs actions d’éclats, leurs bons et loyaux services et n’ont garde d'omettre en regard la mention des distinctions et des récompenses qu'ils ont obtenues pendant leur vie et souhaitent encore posséder après leur mort. Deux architectes ? ont bien travaillé dans le temple d’Amon:; ils remercient le Dieu de les en avoir récompensés : « J'ai fait le bien (mâït, vérité, justice) selon ton » cœur, car je sais que tu es uni au bien. Tu fais grand » celui qui le pratique sur terre: je l'ai pratiqué et tu m'as » faitgrand'; tu m'as donné tes faveurs sur terre, à Thèbes, etc. » Les biographies inscrites sur les stèles funéraires, ou surles parois des hypogées, forment donc, pour ainsi dire, la contre-partie des recueils de préceptes et montrent réalisés dans la pratique une partie au moins des promesses émises par les théoriciens. En disant : « J'ai été heureux et j'attends des dieux et des hommes » des faveurs posthumes, parce que j'ai bien agi », puissants ou subalternes confessent leur foi à des sanctions de la conduite.

D'autres monuments affirment également, dans des limites plus ou moins étroites, la croyance commune à des sanctions morales. Les appels aux vivants énumèrent les plus appréciées du public en lui demandant ses prières : « O vous, vivants, qui que vous » soyez, vous qui aimez la vieet détestez la mort, qui désirez » voir en santé vos enfants, plaire aux dieux de vos pays, ne » pas goûter la terreur de l’autre monde, reposer dans vos

1 Thouti, stèle Northampton, 1. 39-41 (Srrecezserc, À. Tr., XXII, 119-122. 2 Stèle de Souti et Hor, 1. 16-17 ; British Museum (Prenner, À. Tr., I, p. 71-72, pl. xu).

» tombeaux, transmettre vos biens, à vos enfants, afin » qu'Osiris vous renouvelle.…., afin qu'Apouaïtou et vos dieux » soient pour vous des palmes d'amour réjouissant votre cœur » royalement pour l'éternité, dites, etc.! » Ainsi le défunt ou sa famille flattent les désirs de qui ils sollicitent un service.

De même le fondateur d’un monument, le donateur d’un bien, chercheront-ils à toucher dans le souci de leurs intérêts les violateurs de la stèle, du monument ou de l’objet en question. Quiconque, fonctionnaire religieux, civil ou militaire, violerait le temple de Kak ou en subornerait les serviteurs, encourrait de ce chef la colère d’Amon-Râ, qui lui enlèverait ses titres et ses charges, l’écarterait des temples et de la cour aux jours de fêtes, le livrerait à l’immolation, le poursuivrait jusque dans la mort, le privant de toute nourriture et le traitant comme le serpent Apap. Au contraire, à tout bienfaiteur le dédicant souhaite un bonheur parfait, les faveurs d’Amon et celles du roi, dignités sur dignités, réversibles à ses fils et descendants, enfin les récompenses royales et les offrandes funéraires dans la tombe après cent dix ans?. Pour sa fondation du temple de Radésiéh et des mines d’or, le roi Séti [* appelle la protection d’Amon sur ses héritiers qui continueront son œuvre ; il promet les bénédictions divines sur terre et, après la mort, l'appui de la triade osirienne aux grands qui se conformeront à ses ordonnances, tandis que, contre quiconque enlèverait ou molesterait laveurs d’or et convoyeurs, il lance la menace d’un feu qui consume les chairs avec la colère de toutes les divinités de son temple. Apriès aussi menace des représailles d'Hathor tout violateur de sa donation à Ptah ‘. Les décrets d’Amon qui fixent l'apanage d’un prince ou d’une reinef se ter-

! Stèle de Montouhotpou à Abydos, Caire (Daressv, 2. Tr., X, 149) ; stèle d’Antouf : Louvre C 26 (Prexz, 7. Æ., p. 9), etc.

? Stèle d'Amonhotpou-Houi, British Museum (Brrcu, ap. CnaBas, Mél., II, 330-343).

# Inscr. du temple de Radésiéh (L. D., III, 140c: Cuapas, Znscr. histor. : B. Eq., IX, 55-59).

4 Stèle de Thmouïs-Mendès (Brucson, Rec., pl. 3: Thes., III, 738: MARIETTE, Ÿ. D., pl. 30°).

5 Stèle d'Aouarod à Karnak (LeGran, Æ. Z., 1897, 16).

$ Décret d’Amon pour Makéri : pylone VII de Karnak (MARIETTE, Karnak, p. 61-62 ; Maspero, M.M.C., 1, 693-697 ; RevizLour, Cours, I, 216) : Celui qui attenterait à l'apanage

Page 1