P- IX
dans l’image qu’il a formée de lui-même, s’il n’a donné à l’homme que la mémoire pour retenir les vérités et non la raison pour les découvrir.
Négligeons ces difficultés préliminaires d'ordre plutôt métaphysique qu'historique : l'hypothèse traditionniste en rencontre d’autres dans l’application.
En voici une première. Étudions d’abord les documents égyptiens, sans nous préoccuper de la question de dates et de genèse. Nous y relevons un certain nombre de doctrines nettement distinctes et incompatibles en bien des points. Pour suivre l'hypothèse traditionniste, il faut les ramener toutes à une seule. Or aucune d’entre elles n’a cette pureté que l’on suppose à la doctrine primitive. Il faut donc rechercher ce qui appartient en commun à toutes, ce que toutes tiendraient de la source commune. Or éliminons tous les développements particuliers qui perfectionnent chaque doctrine et lui donnent tout son sens etson efficacité ; que reste-t-il de commun? Quelques formules vagues, presque vides de sens, d’où les théories les plus grossières se tirent plus facilement que les plus élevées. Est-ce là le patrimoine commun de l'humanité, que présuppose l'hypothèse en question ? Non certes, et même les partisans de l’hypothèse le repousseraient comme indigne du divin Révélateur, dont personne aujourd’hui ne veut faire un génie malin et capricieux qui se jouerait de l’homme.
Alors dira-t-on que ce germe commun de toutes les doctrines étudiées, si frêle, si misérable, n’était lui-même que le vestige de la révélation première, vestige échappé a une décadence presque absolue, au moyen duquel les Égyptiens progressivement et péniblement reconstituèrent leur édifice moral ? Soit! Mais c’est admettre que l'hypothèse évolutionniste peut expliquer sinon l’histoire morale de l'humanité, du moins l’histoire morale de l'Égypte. D'autre part c'est rejeter l’hypothèse traditionniste aux temps prédocumentaires et préhistoriques. C’est donc nous justifier pleinement de n’y point recourir. |
Ici, en effet, on ne prétend point remonter à l’origine même de l'humanité, Les quarante et quelques siècles de l’histoire d'Égypte