TRIBUNAUX EU
par analogie, qu'après sa mort, il ne verra se lever contre lui, au tribunal des dieux, aucun accusateur!. |
La crainte de la justice du roi est le commencement de la sagesse. On sait qu'il est « /e maître de la justice? », que comme Amon-Rà son père il «repousse le mal et chätie les coupables®», qu'il a donné des ordres et veille lui-mème pour « /aire régner » la justice en Égypte », pour « anéantir le crime et détruire » la fraude », pour découvrir et réprimer « fous Les actes de » violence commis sur la terre d'Égypte »“. Au-dessous de lui et comme lui, les grands seigneurs et les magistrats de tout rang «protègent le pauvre et le faible contre le bras du fort » et, jugeant « sans distinction du pauvre et du riche », appliquent les lois et traitent sévèrement les coupables 5.
Parallèlement, l'espérance des faveurs royales 6 stimule le zèle dans la pratique du bien, loyaux services au souverain, administration sage et bienfaisante, assistance aux petits et aux humbles. On s’applique d’autant mieux à l’accomplissement de tous ses devoirs que l’on sait, par les exemples d’autrui ou sa propre expérience, quelles récompenses recueilleront le zèle et le dévouement. « Sa Majesté m'aimait plus qu'aucun autre de ses » serviteurs, parce que je faisais ce qui lui plaisait chaque » jour” », disent des contemporains des Pyramides. Or faire ce qui plaît aux dieux, au roi et aux hommes, c’est une formule primitive de tout le devoir moral. La récompense s’ensuit : l’estime et l’amour du roi sont le gage d'avantages matériels de toutes sortes. Un gouverneur de Thèbes, sous la xn° dynastie, en énumère
» rien ; il n'y avait pas de poursuite contre moi; mon nom n'avait Jamais été dans la » bouche du procureur royal ». Conte de Sinouhit (Maspero, 2e éd., p. 121 ; 8e, p. 76).
1 Livre des Morts, cxxv, 37 (PrERRET, p. 371).
2 Neb mit, hig mdit, ka ankhmdït : passim; cf. J. B. Gouvernement pharaonique, p. 272-273 et tout le ch. vu, la justice du pharaon.
3 Tombe d’Amonemhäbi (Viney, M.M.C., V, 284).
4 Grande stèle du roi Harmhabi à Karnak, 1. 10-14 (BourranT, À. Tr. VII, 42 et 49: Müzcer, Æ. Z., 1888, 70-71 ; Reviicour, X. Eg., NI, 118 ; Not. des pap., 98).
5 Stèles d’Antouf, Rekhmarâ, Zodkhonsouaoufänkh, Zaho, Ouzahorrisniti, etc. : cf J. be . Gouvernement, p. 482-485, 496-497).
5 Voir J. B., Gouvernement, p. 321-362, ch. vin, Les faveurs du pharaon; 419-431, Service du roi.
7 Ptahchopsès et Sabou-Abéba (De Roucé, Six dynasties, p. 112-113).
quelques-uns avec leur cause : « J'ai été élevé parmi les grands » en présence (du pharaon), parce que j'ai fait ce qui m'a été » confié ; j'ai été élevé aux honneurs à cause de la sagesse des » desseins qui sont en mon cœur; j'ai annoncé les lois à ce » pays, parce que j ai uni MON CŒUT à mon maître". »
La rémunération des services est variée : louanges du roi, décorations, honneurs à la cour, dons d’objets précieux, richesses attribuées, domaines, troupeaux, fonctions et dignités. Non moins variés sont les mérites : qualités de l'esprit et du cœur, obéissance à tous les ordres, coups d'éclat à la guerre, fonctions et missions remplies avec succès, justice bien administrée, provinces rendues prospères, abondance entretenue dans les greniers et les coffres de l'État. C’est un concert monotone à la longue : « Mon maitre m'a » loué à cause de ma perfection lorsqu'il a vu la vigueur de » mes mains?. »— « Le roi le mit à la première place à cause » de son excellence. » — « Qu'on lui mette l'or au cou, puis- » qu'il a obéi aux instructions du roi en toutes choses®. » —« At- » tendu que j'étais le compagnon de ses jambes, il m'a donné » d'arriver jeune à l'état de féal®.» — « Je reçus ces faveurs, » parce qu'il (le roi) connaïssait ma discrétion et mon humi- » dilé$. »
Par ailleurs, à son service personnel le roi assimile les services rendus à ses sujets : « J'ai été en faveur, dit un prince : je » n'avais rien fait de mal envers les hommes ; j'avais prati- » qué la vertu sur terre. » En récompensant les services passés, les faveurs royales encouragent les services futurs. Un ministre sera « le premier à satisfaire absolument le cœur du souverain, » car il a plu à l'Habitant du Palais de le placer à la téte de
1 Stèle de Montounsisou, Louvre C 1, 1. 7-8 (Lepsrus, Auswahl, pl.x; Prerrer, Rec. IL, 27 ; Gaver, XZIe dyn.; pl. 1; Maspero, B. Eg., VII, 154 ; Preu, Z. À7., pl. 1, p. 4).
2 Stèle de Nakht-Khem : Louvre C 55 (Prerrer, Rec., 90 ; Maspero, Æ. Z., 1879, 51; Preuz, 2. H., pl. 10, p. 13. À
3 Tombeau de Pehsoukher, à Thèbes (Viney, M.M.C., V, 299, 1. 12).
4 Hypogée de Mérirà, à Tell-el-Amarna (L. D., III, 97 4, Cnapas, B. Eg., X, 185).
5 Hypogée d'Ahmès à Tell-el-Amarna (L. D., III, 98 À ; Morer, À. 7r., XIX, 125).
6 Hypogée de Khnoumhotpou à Béni-Hassan (L. D., IL, 124; Masrero, À. Tr., I, 165)
1 Tombeau de Ramès à Thèbes (Peu, Æ. Z., 1887, 37). ARS