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FAVEURS DU ROI. OPINION PUBLIQUE

» la Terre Entière, quand il connut ses actions d'éclat ! ». Au reste, même lorsque aucun lien ne rattache actes et sanctions dans la même phrase, la plupart des autobiographies funéraires, exposant avec complaisance d’une part les vertus, belles actions ou bienfaits, de l’autre les faveurs royales, sous-entendent pour le moins que celles-ci ont récompensé le mérite.

Au-dessous des sanctions royales, il en est que les Égyptiens prisaient fort: celles de l’opinion publique. On pourrait s’imaginer que l'opinion, cette reine du monde, ne l’est devenue que dans les temps modernes et que l'Égypte théocratique et autocratique ne connaissait point son règne. Profonde erreur ! Les Égyptiens se montraient friands de louange et de renommée. Les éloges de leurs supérieurs et du roi ne rassasiaient pas entièrement leur amour-propre, s'ils n’obtenaient d'y joindre ceux de leurs égaux et même de leurs inférieurs. L’approbation des hommes semble un criterium des actions bonnes, une pierre de touche de la morale. « C’est une bonne chose, dit un ancien, d'étre cité par » le roi, célébré par les hommes *. » On méritera cette récompense par sa conduite : « Moi, dit un autre memphite, je fus » un ami des hommes ; moi, j'ai fait ce qu'approuve tout le » monde ÿ. »

Telle est l'importance qu’on attachait au jugement des hommes. On se proposait de « aire ce qui plait aux hommes * » comme ce qui plait aux dieux, sans opposition d’ailleurs entre les deux appréciations. Comme conséquence, on souhaitait, dès l’ancien empire, l'amour * et l'estime © des hommes. A la formule déjà

1 Tombeau de Rekhmarä, à Thèbes (L. D., LIT, 39 ; Virey, M.M.C., V, 42).

2 Mastaba de Samnofir, Ve d. (L. D., IT, 81).

8 Stèle de Nozemab, VIe d., au Caire (ManieTre, Mast., 417; Bruescn, Thes., V, 1212; Serxe, Urk., I, 15).

4 Stèles du moyen empire : Antouf, fils de Bouta, au Caire (R. Tr., XI, 85) ; Sénouserit Ketta (Louvre C 174 : Prerrer, ec, I, 55); — du nouvel empire : Thoti, Kôm-el-Ahmar (Serxe, Urk., 131) ; Iouou (Louvre A 116, Prerrer, I, 33).

5 « Amis des hommes » : Ep. memphite : Nozemab (supra, n. 3); — Ep. thébaine Montouhotpou (Berlin, n° 7313 : Prenz, Pr. S. B. A., 1888, X, 538-539); Sénemaah (Bouriant, R. Tr., XIII, 174 ; Serue, Urk, IV, 495); Amonembhaït (Bourrant, 2. Tr. XIV, 72); Ramès (Preuz, Æ. Z., 1887, 37; — Ep. saïte : Haroua (Louvre À 84; Prenr, J. Asiat., 1881, 72).

6 « Sans tare aux yeux des hommes » : Anna à Thèbes (Prens, Z. Æ.,1, 130 ; SeTHE, Urk., IV, 68).

traditionnelle qui témoignait de l'affection méritée de la part des parents, père, mère, frères et sœurs, on ajoutait quelques variantes sur les louanges et l'amour accordés au défunt par tous ceux qui l’approchaient, ses voisins, les gens de sa ville et de son nome, ses administrés et jusqu'aux serviteurs de sa maison !. On redoutait l'opinion publique, même au delà du tombeau ?.

Au lieu d'attendre du jeu naturel des ressorts de la société humaine le bonheur auquel ils aspirent, d’aucuns préfèrent parfois le demander directement aux dieux. Le service des dieux est d’ailleurs un devoir. Or les prètres, qui livrent les formules et les rites efficaces dans les rapports avec les dieux, y détaillent, avec soin, les stipulations réciproques des deux parties en présence. Les prières, qu'ils composent pour les fidèles, spécifient donc les les récompenses que ceux-ci ambitionneront à bon droit. En retour de la piété, soit qu’elle consiste uniquement en actes extérieurs de dévotion, soit qu'elle inspire des actes vertueux et préserve d'actes immoraux, l’Égyptien semble souhaiter d'une ardeur égale, en même temps que l'approbation des dieux, et, comme conséquence, deux sortes de biens, les uns dont il jouira pendant sa vie et d’autres qui l’attendent après la mort.

Le Livre des Morts et les écrits de même nature, nous font connaître plus particulièrement ces biens posthumes et les maux qui s’y opposent : le prochain chapitre en traitera. Les épitaphes en parlent bien aussi; mais elles s'étendent avec autant de complaisance sur les faveurs et les récompenses qu'on espérait des dieux sur terre dès cette vie . D’autres inscriptions officielles ou

1 Ep. memphite : Ourkhouou « féal vis-à-vis de ceux qui vivent avec lui, ami de ses serviteurs » (L. D., II, 43; Masrero, B. Eg., Il, 469 : Serne, Urk., I, 46-48). — Moyen empire : Khiti à Béni-Hassan « aimé des gens de sa ville, loué des gens de son nome » (L. D., II; 1425) ; Of. Khiti de Siout, 1. 15-16 (Roucé, Z. H., 289 ; MarreTTe, M. D., pl. 68 ; Grreirm, Siut, pl. 15) ; Moutounsisou, de Thèbes (Louvre C 1 : Maspero, B. Eg. VIL, 457); Thot-hotpou de Berchéh (L. D., II, 134; MasPero, B. Egq., I, 60). — Nouvel empire : Houi (Louvre C 86 : Prenrer, Lexique, 616). — Ep. saïte : Haroua (Louvre À 84: supra, P. se n. : ; Ounnofri « ne e ceux qui étaient en rapport avec lui; favori de sa ville, » désiré de son nome, chéri d’un chacun » (MaræTre, #. D., 59) : | (Louvre C 232 : Prenrer ; ÀRec., IL, 21). Re

2 Voir infra, p. 118-124.

8 « Tu fais grand celui qui la pratique (la loi de ton cœur) sur éerre : je l'ai prati- » quée et tu m'as fait grand. Tu m'as donné tes faveurs sur terre à Thèbes. » Stèle de Souti et Hor, 1. 16-17 : Brit. Museum (PrerreT, À. Tr., I, 72).

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