JUSTICE DIVINE
privées, aussi bien que les écrits des moralistes font appel à la justice divine dans le monde même.
Certaines maximes montrent l’œil de Dieu ouvert sur les impies et sa main prête à frapper : « Dieu connaît les méchants : il « bat les impies jusqu'au sang'.» Cest un lieu commun de la littérature officielle égyptienne que de raconter comment le roi, mandataire et lieutenant des dieux, poursuit et massacre en leur nom sur la terre, tous les impies. Sur la vie privée, la divinité exerce le même rôie providentiel, avec ou sans intermédiaire. Un voleur avait commis divers méfaits : mais «Rd ne lui donna pas » de prospérer toujours » et « Æhnoum refuse de lui rendre un » oracle?. » La divinité punit les méchants ; elle récompense les hommes pieux : « Amon, dit-on couramment, connaît qui le » connaît el ignore qui l’ignore », ou encore « #l récompense » qui le sertet protège qui le suit * », proverbes que l’on applique au roi. Une autre maxime semblable fait voir la piété bien rémunérée : « Sacrifie : le Dieu voit celui qui sacrifie; il néglige » celur qui est négligent“. »
Certains dévots détaillent ce qu'ils attendent ainsi de leur protecteur divin : « Qu'il me donne, dit Nofriabou, vie, santé, » force, la beauté, les faveurs, l'amour, que mes deux yeux » voient Amon, au cours de chaque jour comme fait le juste » qui porte Amon dans son cœur. » Il n'existe d’ailleurs point d'esprit fort qui prétende pratiquer une morale indépendante et atteindre la paix et le bonheur sur terre sans respecter les dieux ; ils protègent la morale, et ce sont eux quidonnent aux actes bons leur agréable succès où punissent le vice par le malheur : « Ve » mets pas la crainte chez les hommes ; ou Dieu te combattra » de même. Si quelqu'un prétend vivre par là, il (Dieu) lu » Ôtera le pain de la bouche: si quelqu'un prétend s'enrichir
1 Pap. 1116, de St Pétersbourg, $ 9 (Gorénicuerr, Æ. Z., 1876, 107).
? Pap. de Turin (PLeyre, pl. 57, 1. 4; SPeGeLBerG, Æ. Z., XIX).
# « Nombreuses sont les choses que donne ce dieu, roi des dieux, à qui le connaît ; etc. » Stèle de Nofirhotpou, an II d'Harmhabi (Dümicmen, Æ. Z., I, 40 e ; Prerner, Mél. 1, 196 ; Braucsca, Religion, 2° éd. p. 99.)
4 Ar, Maximes, Pap. de Boulaq n° 4, xx1, 15-16 (Améuineau, $ 48, p. 172).
5 Stèle de Nofriabou au British Museum (Maspero, À. Tr., 1880, 411).
» par là, il dit, lui : « Je saurai retirer à moi (celte richesse) » si quelqu'un prétend battre les autres, il finira, lui, par le » réduire à l'impuissance. Qu'on ne mette pas la crainte chez » les hommes ! voilà la volonté de Dieu. Qu’on leur procure » donc la vie au sein de la paix ! et l'on obtiendra qu'ils don- » nent volontiers ce qu'on leur prendrait en les effrayant AS
Il faut descendre jusqu'aux âges de la décadence et de l’asservissement national pour entendre nier d’une manière absolue l'existence d’une rétribution des actes et d’un rétributeur. Le Chacal-singe du dialogue philosophique * expose tout au long sa théorie nihiliste : il ne croit ni à la justice, ni à la providence. Pour lui, aussi bien que pour Épicure, les dieux ne s'occupent point des hommes : dans le monde règne la force, avec la lutte pour la vie ® comme loi : en vain le sang versé crie vengeance et les os blan- ‘ chissent:; tous les êtres s’entredévorent et personne n'intervient ; la nature subsiste par le meurtre et la luxure. Mais dans le même temps la vieille doctrine traditionnelle, renforcée par le voisinage du christianisme, se formule plus nettement que jamais : « La » rétribution atteint l'acte mauvais de l'homme sans vergogne, » de celui qui prend pour lui-même ce qui vient à lui. La » bonne destinéeest réservée à l'homme bon, à celui qui donne » son propre cœur. La destinée ou la fortune qui viennent, » c’est Dieu qui les fait venir*. » Ainsi Phibefhor termine-t-il un de ses chapitres.
Parmi tous les biens que l’on espère, soit de la bienveillance des dieux ou du roi“, soit de la régularité de sa conduite etde ses soins à fuir les mauvaises passions, un de ceux que l’on souhaite avec le plus d’ardeur est la jouissance d’une longue vie. Sans doute, on ne refuse point de mourir comme tout le monde ; on voit sans grand effroi venir le jour d’entrer dans une vie meilleure ; mais on prétend bien jouir provisoirement de celle-ci. On veut
. 1 Pap. Prisse, vr, 8-10 (Virey, p. 40-41).
2 Entretiens philosophiques du petit chacal koufi et de la chatte éthiopienne. 8 ParperHor, S'entences, ch. vi (Revizzour, J. Asiat., 1905, 200-1 ; Moralistes, p. 29). 4 Cf. Le régime pharaonique, p. 237 et 351.