LONGÉVITÉ
bien rejoindre en paix « sa bonne demeure », mais... « après la vieillesse »!. Aussi, « arriver à la vieillesse avec la faveur du roi?» , obtenir du dieu « une longue vie avec la santé et plein la bouche des mets d'Osiris »* ou bien « la vie, la santé, la force, une longue existence. une grande et heureuse vieillesse »°: voilà le vœu fréquemment répété des Égyptiens. C’est le principal objet des promesses habituelles du défunt qui demande des prières au passant®. C’est un titre de gloire dans les épitaphes°. Cent-dix ans de vie seraient l'idéal, la bonne mesure, que tout Égyptien désire atteindre’. Tel est l’âge du fameux magicien Didi, dont le félicite le fils royal Dadoufhor en ces termes : « 7'a condition est » celle de quiconque vit à l'abri de l’âge : la vieillesse, c'est » d'ordinaire l'arrivée au port, c'est la mise en bandelettes, » c'est le retour à la terre: mais rester ainsi étendu bien avant » dans le jour, sans infirmités du corps, sans décrépitude de » da sagesse, ni du bon conseil! ah ! c’est vraiment d’un bien- » heureux !$ »
Aussi est-ce la récompense suprême qu’imagine le sage Ptahhotpou, pour l’union des deux vertus qu'il prise le plus, l'amour filial et la docilité: « £couter vaut mieux que toute chose, car » cela produit l'amour, le bien deux fois bon. Le fils qui reçoit » la parole de son père, deviendra vieux à cause de cela°. » C’est à peu près, on l’a déjà remarqué, la promesse par laquelle
1 Tombeau de Khä-m-häâit, XVIIIe dyn. (Lorer, M.M.C., t. I, p. 131).
2? Inscr. de Paï, stèle de Turin (Æ. Z., 1870, 164).
3 Statuette, collection Sabatier, XIIe dyn. (2. Tr., 1892, 57).
“Le général grand-prêtre Chéchankh, statue du Nil au British Museum (Maspero, Momies, M.M.C., 1, 785); Le prophète Pétamon, graffito à Karnak (Daressy, Æ. Tr, XIV, 34).
5 Par exemple : « O vivants sur terre, qui aimez la vie et qui détestez d'être morts, si » vous voulez demeurer sur terre, dites... » Stèle d'Abou à Abydos, XIe d. (Turin n° 107: Maspero, À. Tr., III, 416). — « ..…… Si vous aimez la vie et désirez ignorer la mort, » avoir les souffles pour la bouche, etc. » Stèle de Sen-Anpou, XIIe-XIIIe d. (Turin, n° 276 : Masrero, À. Tr., III, 119}. CT. Montouhotpou, supra, p. 105-106.
5 « J'ai atteint la vieillesse dans la Ville du midi, la féauté dans Kheft-her-nebs. » Stèle d'Anna, XVIII d. (BourranT, À. Tr., XIV, 73). — « Tu m'as récompensé par une » longue vie, une grande et heureuse vieillesse », dit à Amon l'architecte Ankhpakhroudi sous Philippe Arrhidée : Graffito de Karnak (Daressv, 2. Tr., XIV, 33).
1 Louvre, Fould, 3. Cf. Goonwin, Longévité chez les Egq. ap., CHApas, Mél., II, 231-237.
8 Conte du roi Khoufoui et des magiciens (Maspero, Contes, 3° 6d., p. 32 ; cf. PrExL, Sphinx, 1, 74-175 ; Morer, R. Tr., XIX, 128).
° Pap. Prisse, xv, 5-6 (Viney, p. 96).
le Décalogue sanctionne le commandement de la piété filiale. C'est sur elle qu'insiste et revient Ptah-hotpou pour clore son recueil en homme qui connaît ce dont il parle‘. Un moraliste moins ancien généralise la promesse : « Agissant d'après la justice tu » resteras longtemps sur la terre »?.
Cette maxime exprimait une croyance générale qui demeura toujours en vogue; car nous retrouvons sur une statue d'âge romain une semblable béatitude promise à l’homme charitable : « Le dieu grand accroît pour lui toutes choses: tu » donnes qu'il fasse une longue vie, le cœur joyeux, et une » bonne vieillesse, aspirant au repos. »
D'ailleurs ce ne sont pas seulement les dieux du ciel qui donnent la longévité, mais le dieu terrestre, le roi. C’est par faveur de lui que l’on atteint l’âge le plus avancé“; pareille gratification se décrète comme un collier d’or ou une promotion en dignité. Ainsi, dans un ordre du jour, le roi Séti [* promet à un fonctionnaire « {ongue » durée ! bonne vieillesse ! que sa bouche soit saine, que son » pied s'achemine vers une sépulture excellente! » Le loyalisme monarchique s’étayait donc sur le désir d’une belle vieillesse et l'amour de la vie servait de fondement à la morale.
Être honoré pendant la vie, c’en est un des charmes. Mais de plus c’est un bien que la mort même peut ne pas enlever. Par une bonne mémoire on se survit à soi-même. Aussi les Égypliens savaient-ils travailler pour la gloire, ou du moins pour laisser après eux une réputation bonne et durable. Le criterium de la vertu, fatre ce qu'aiment les dieux et les hommes, comporte celte variante « faire ce dont parlent les hommes » : et on espère qu'ils en parleront longtemps. Il ne manque pas de formules pour célébrer la renommée posthume : « Les grands sont sous son souve-
1 Cf. supra, p. 104.
? Pap. 1116 de St Pétersbourg, $ 8 (GoLénicuerr, Æ. Z., 1876, 407).
$ Statue d'Hor, fils d'Hor : Caire (Daressv, 2. Tr., XV, 158).
4 Stèle de Paï, Turin, n° 159 (Crapas, Æ. Z., 1870, p. 163: Maspero, À. Tr.. IV, 135); Sennofir, tombe des vignes (Virey, À. Tr., XXII, 85). Cf. J. B., Régime pharaonique, p. 237-238 et 351.
5 Stèle d’'Horkhem, Louvre, C 243 (Prenrer, Rec., IL, 10 : Roucé, Cat., 159-160.
$ Statue d’Arhoräâ, Caire, XXVIe d. (MarreTre, M. D., 99 À 5: Prenr, Æ. Z., 1887, 121).