‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 56 sur 123 · RENOMMÉE · texte numérisé non relu

RENOMMÉE

» nîirl.»y — « Tous les hommes à venir, seront ravis de mon » mérite éminent?. » —. « Son souvenir est parfail dans la » bouche des vivants?. » — « Qu'il soit en bonne mémoire » éternellement et que cette mémoire ne soil jamais effacée*. »

Plus haut que les simples particuliers, naturellement, les souverains aspirent à la gloire et courtisent la postérité. Déjà on lit, dans sa pyramide, que Pépi [* « laisse son souvenir (ou sa lé- » gende) parmi les hommes, son amour parmi les dieux. » Quand il fonde le temple d'Héliopolis, Sénouserit [* nous révèle son but: « Voici que Ma Majesté prescrit des constructions » qui rappelleront ma gloire à la postérité... Que la mé- » moire demes bontés dure en sa demeure: car ce temple, » c’est mon nom; ce lac, c’est un monument de moi; la gloire » de mes ouvrages, c'est l'éternitéf. » Dans ses conquêtes au sud, Sénouserit [IT nourrit les mêmes intentions : « Ce que j'ai » fait de plus que mes pères, c'est pour m'illustrer”. » Si la reine Hatchopsou a élevé de magnifiques obélisques dans le temple de Karnak, elle a soin de dire au monde pourquoi : « Voici ce que » j'enseigne aux mortels qui viendront au cours des siècles. » aux humains qui verront mon monument après les années » et qui causeront de mes hauts faits: .… C'est afin que mon » nom dure et subsiste dans ce temple à toujours et à ja- » mais. »

Non moins avide de renommée, se montre Séti [** à propos de l'ouverture d’une route nouvelle vers les mines d’or et la Mer Rouge : « Dieux. faites que ma renommée atteigne jusqu'à » la fin des siècles ; rendez mon nom stable à jamais, selon » mon mérile, selon le bien que j'ai fait pour vous... Qu'ils

1 Sobkou, XVIII d. : Hypogée d’El-Kab (L. D., I, 10 c.).

2 Stèle de Boka, 1. 40-14, XVII: d. ; Turin n° 19 (Cnapas, B.Eg., XIII, 243).

8 Statue d'Arhor$ä, XX VIe d., Memphis (supra, p. 118, n. 6).

4 Stèle d’Hor, fils d’Arit-horou : Louvre C 112 (Prerrer, Aec., I, 53; Pres, 2. H., I, p. 21).

5 Pyr. Pépi Ier, ].364-365 (Masrero, À. Tr, VIT, 158).

8 Parchemin de la dédidace d’Héliopolis, 1. 4-5, 16-17 (STERN, Æ. Z., 1874, 86 ; MAsPERo, H. Or., I, 504).

1 Stèle de l'an XVI à Semnéh (L. D.. II, 136 h).

8 Obélisques de Karnak (Prisse, Mon., pl. 18; L. D., II, 24 ; MASPERO, H. Or., II, 244).

» me conservent mes œuvres en ce lieu el en mon palais » d'Abydos. Accordez que je rende durable, mes monuments » et que la grandeur de mon nom y soit permanente *. » Cette immortalité n’est pas gratuite : pour l’acquérir, nous le voyons, les rois payent de leur personne et lui consacrent leurs plus grands travaux.

Toutefois la survivance dans la mémoire des hommes, n’est pas pour l'Égyptien, comme pour la plupart des peuples, une sorte de métaphore. Non, il voit dans la survie du nom, une pleine réalité?. Il regarde, en effet, le nom comme le symbole etle substratum subtil et indissoluble de la personnalité ?. Oublier son propre nom équivaudrait à l’anéantissement ; aussi le chapitre XXV du Livre des Morts a-t-il pour objet spécial de préserver de ce malheur. C’est en « multipliant ses noms », selon la doctrine monothéiste, que « l’Un unique » crée les dieux‘. Connaître le nom d’un être, personne ou objet, c’est prendre sur lui l'empire absolu que les modernes attribueraient à la science parfaite de la nature de cet être”. Le nom constitue donc une partie très importante et très précieuse de l’homme. Aussi l'Égyptien, soucieux de l'intégrité de son nom pendant sa vief, tient-il à l’immortalité du nom, presque autant qu’à l’immortalité de l’âme.

Le désir de perpétuer son nom a traversé tous les siècles. Aux derniers âges de l'Égypte antique dans les papyrus d’époque gréco-romaine on rencontre fréquemment une pièce par laquelle le

1 Temple de Radésiéh (L. D., III, 140 D ; Cuapas, B. Eg., IX, 46-48).

? Il suppose à peine un changement : le nom « se transforme pour une vie nouvelle ». Inscr. dédicatoire d’Abydos, 1. 63 (Masrero, p. 39).

$ « Un mort sans nom aurait été pour eux un monstre, au même titre que chez nous un homme sans ombre » (Masrero, Guide, p. 282).

‘ Cf. Hymne à Amon-Râ du Pap. de Boulagq ne 47, p. 1x, L. 2-3 (GRéBAUT, Aymne, p. 23).

5 Dans la légende des dieux, Isis arrache à Râ sa puissance en surprenant le secret de son nom (PLevre-Rossr, Pap. de Turin, pl. 21, 77, 131-138 : Lerépure, Chronique : solaire : Æ. Z., 1883, 27-33 ; Maspero, A. Or., I, 162-164 ; cf. B. Eg., 11, 298-311). Le défunt espère pénétrer aux Champs-Elysées en récitant les noms de la barque sacrée et de ses agrès, des pylônes et de leurs gardiens (Livre des morts, chap. 99, 122 et 145) Déjà on lit aux Pyramides : « Puisque Ounas le connaît, connaît son nom, implore son » nom, Hor fait subsister Ounas toujours ». (Pyr. d'Ounas, IL. 560 : Maspero, À. Tr., IV, 67).

® « Ton nom est bon, à la connaissance des grands... » (Pap. Prisse, pl. v, 1. 44). — « Ton » nom est bon sans que tu parles » (/b., vu, 8).

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