SURVIE DU NOM
défunt prie tous les dieux d’Héliopolis de faire « fleurir son » nom!. » Le prototype de cette prière se trouve déjà dans la pyramide d’un roi de la vi dynastie, Pépi IE : « O grands dieux » d'An, accordez que florisse Pépi Nofer-ka-Rä, accordez que » florisse cette pyramide de Pépi*. » Plus nette encore cette promesse à Pépi [* « Ton nom vit sur terre; ton nom dure vieux » sur terre: tu ne te détruis pas*. » Au temps de la xvm® dynastie, la même préoccupation agite les esprits : Khä-em-hâit souhaite de demeurer « dans la bouche des vivants * » ; Boknikhonsou, « que » son nom reste dans la T'hébaïde et se perpétue par la suite des » temps* ». Paï, dans son adresse aux passants, demande « une » bonne réputation auprès des hommes, quand les années se. » seront écouléesf. » Un défunt de l’époque saïte répète toujoursles mêmes vœux : « Celui que Dieu a rendu prospère sur terre, il » est lumineux dans l'Enfer, son souvenir est bon dans la » bouche des vivants’. » — « Gardé est ton nom auprès des » hommes ; subsistant est ton nom auprès des dieux : tu ne » seras pas détruit®. »
Pour être sûr de ne point perdre son nom et pour lui garantir l’éternité®, l'Égyptien le multiplie autour de lui dans la tombe, sur sa momie, sur son sarcophage, sur tout son mobilier funéraire, scarabées, statuettes, ouchbiti, coffrets, etc.. Il ne peut pas, comme un roi!°, donner à son nom pour support un temple im-
1 Liege, Le livre Que mon nom fleurisse, 1895.
2 Pépi IL, 1. 669-678 (Masrero, À. Tr., XII, 146).
8 Pépi Ier, 1. 20-21 (Masrero, À. Tr, V, 164).
4 Tombeau de Khâmhäâiït à Thèbes (M.M.C., I, 132).
5 Stèle de Boknikhonsou à Munich (Devéria, B. Egq., NV, 27-8).— Cf. Thotinofir : « Que » mon nom soit solide à l'extrême dans la bouche des gens! » Stéle de Turin ne 153 (Masrero, 2. Tr., IV, 128). — « Que mon nom soit stable dans son temple (de Ptah- Sokar-Osiris). » Stèle de Khâmtera (Leemans, Mon. Leide, pl. x, n° 18 ; Maspero, À. Tr., III, 404), etc.
6 Stèle de Paï, Turin, n° 459 (supra, p. 118, n. 4).
1 Statue d’Arhorâà, Caire (MarterTEe, M. D., pl: 29; Peur, Æ. Z., 1887, 120).
8 Sarcophage de Psamtik, grand-prêtre de Sokhmit, Museo Gregoriano (Pier, À. Tr., II, 30).
° Croyance et pratique se retrouvent jusqu’au Congo (Cf. W. Scanemmer, Die Religion der africanische Naturvælikers, 1891 ; WiepemanN, À. Tr., XVII, 17).
10 Ramsès III se flattait de voir durer son nom dans son temple aussi longtemps « que » Le soleil voyagera dans sa barque, qu’il parcourra le ciel, que la vote céleste s'étendra » sur les terres et les mers, que le soleil et la lune brilleront, que les montagnes seront » fermes sur leurs bases ». Médinet-Habou, porte du 4e pylone (Daressy, #.-H., p. T4).
mense. Mais il l’inscrit sur les murs de son hypogée, s’il en possède un, à tout le moins sur la stèle qu’il place sur sa tombe ou qu'il dépose en ex-voto dans l’enclos d’un sanctuaire renommé. II l’inscrit également sur la statue que la faveur du roi lui permet d’ériger aux abords d’un temple. Devant la statue ou la stèle, tout passant, qui en lira le texte à haute voix, renouvellera la vie du nom du défunt !; et, s’il y ajoute, comme il y est invité, la récitation du soulon-di-hotpou et du pir-kherou, l'évocation de son nom assurera le défunt de participer aux offrandes servies sur la table des dieux?.
Malgré toutes ces précautions matérielles et rituelles, l'Égyptien ne se sent pas encore tranquillisé sur le sort futur de son nom, s'il n’y joint une garantie morale.
Moralistes et profanes se représentent, en effet, l’immortalité du nom, comme une récompense de la vertu. « Fais des choses » parfaites dont se souvienne la postérité », dit Ptah-hotpou ?. Un autre ne trouve pas de plus bel éloge de la sagesse des ancêtres, n1 de plus forte raison de les imiter, que leur renom même: « Cherche à imiter ton père et tes ancêtres, car vois leurs » sages paroles restent dans leurs écrits* ». L'appel fut entendu ; l’exemple était concluant et bien des gens cherchèrent à limiter pour illustrer leur nom « comme le nom des ancétres » définitif et indélébile*. Des exemples particuliers s'offrent dans
1 « Récites ces écrits faits pour rappeler nos noms.» Statue de Pétamon, Louvre A 117 (Prenrer, Rec., I, 36-37). — « Vous tous, gens qui venes au temple de votre père, » dites mon nom excellent ‘devant le dieu grand à toutes les fêtes, à tout instant de » chaque jour ». Stèle de Pa-hà, Akhmim, Ep. saïte (BourranT, M.M.C., I, 374). — « J'ai » fait placer mon nom dans votre demeure, afin qu'on se 'souvienne de ma personne, » après mon existence : j'ai fait placer ma statue par laquelle se perpétuera mon nom ; » 1 ne périra pas dans ce temple. » Statue de Nsihor, XXVIe d., Louvre A 90 (PERRET, Rec., I, 24).— « Que mon nom soit stable dans la salle du kà ! » Tombe de Nofirsekherou, Thèbes (Peur, Z. Æ., pl. 118 4, p. 96). — « Que mon nom soit stable dans la nécropole » (Ast-mâit), dans la bouche des hommes ! » Statue d’Amonnakhtou, Leyde (LeEmans, Mon., IX, pl. 1v,198; Masrero, À. Tr, III, 404).
? Péhsoukher, parmi les vœux du souton-di-hotpou, exprime celui de « venir sur le » champ quand on répète son nom ». Stèle, 1. 7-8 (Viney, M.M.C., V, 299). — « Que ton » nom soit appelé devant la table d'offrandes ! » Tombe d’Ainonhotpou l'amkhent (Lorær, M.M.C., 1, 53,1. 23-24. — « Que ton nom soit proclamé, que ton bras s’étende sur les » offrandes ! » (L. D., III, 444 5, 1. 10-414; cf. Morer, Royauté, p. 198-199).
3 Pap. Prisse, 1x, 12 (Virey, p. 58).
4 Pap. Pétersbourg (GoLénicaerr, Æ. Z., 1876, 107).
5 « Qu'ils accordent (Amon etc...) que mon nom soit stable en Egypte et qu’il se per-