SURVIE DU NOM
les biographies ou les prières de nombreuses épitaphes. C’est par sa justice que le prince Amou-ni-zéh-Méri, sous Thotmès III, croit avoir mérité cette survivance de sa mémoire : « J'ai marché » dans le bon chemin de l'équité, par désir de rendre sains » tous mes membres. En vérité, mon äme est vivante, mon es- » prit esl renouvelé, mon nom est parfait complètement dans » la bouche des hommes". » C'est parleur dévouement au roi que d’autres gagnèrent leur réputation : « Rappelesz-vous le bien fait » par un courtisan loyal qui aimait son seigneur? ». D'autres invoquent les services exceptionnels qu'ils ont rendus, hauts faits militaires, administration civile, gestion du trésor, comme titres à la renommée. D’autres comptent davantage sur leur piété et leur zèle au service des dieux: « Qu'Amon donne que mon nom soit » stable dans la Place-Vraie, comme tl convient à celui dont » Les actions ont été celles d’un juste qui met Amon dans son » cœur“ »; ou bien: « Celui qui suit el sert Dieu est en bonne » mémoire: mon nom est parfait, parce que je lui obéis sur » terre*. » On regarde ses œuvres comme le meilleur gage. L’architecte qui a construit le temple d’Hathor à Dendérah, demande » que son nom soit slable à cause de ce qu’il a fait » 5. Un gouverneur a comblé de bienfaits les temples d'Éléphantine : « Que Nsihor, dit-1, se perpétue dans la bouche des citoyens en » récompense de cela? ». De même le général Ahmès prie les prophètes de Ptah d'adresser pour lui cette supplique à Hapi-Osiris : « Récompense-le de ce qu'il a fait pour toi : ajoute à ses » années ; perpétue son nom élernellement ! Cette stèle a été
» pétlue dans le cours des siècles que‘imon nom soit définitif, comme le nom des » ancêtres ! que cela m'arrive en récompense de mes’actes ! il n’y a pas eu de manque » dans ma conduite. » Statue de Pétamon, Louvre A 92 (Prerrer, Rec., I, 27-28).
1 Virey, M.M.C., V, 360-361.
2 Statue de Touros, XVIIIe d. : Louvre À 116 (Prerrer, Æec., I, 33 : hosi-ma. « un homine » qui s’est plu dans la vertu sf.
$ « Que mon nom soit durable pour les exploits grandioses que j'ai accomplis sur » terre! » Tombeau d'Anna, plafond, XVIIIe d., Thèbes (Preu, Z. Æ., I, pl. 129 g, p. 105). — « Ses écrits sont dans la main de chacun, à cause de son renom parmi les hommes » d'épée. » Spéos de Silsilis (L. D., III, 120 ; Prernær, Voc., p. #19).
4 Statue de Panboui, Turin n° 173 (MASPERO, RATE UT 176).
5 Stèle d’Apis n° 2316, Caire (Preuz, Æ. Z., 1887, 129).
5 Statue de Pennouït (Daressv, À. Tr., XV, 160).
7 Statue de Nsihor, Louvre À 90 (supra, p. 122, n. 1).
» érigée dans la nécropole à l'effet de remémorer son nom à » jamais.! » Les rois eux-mêmes reconnaissent devoir à leurs actes, l’immortalité de leur nom?. Il n’est pas jusqu'aux sceptiques qui ne voient dans la renommée le juste prix de la vertu et une consolation à la mort même: « Donne du pain à quin'a » pas de champ et tu auras un bon nom pour toujours », chante le harpiste désabusé *.
La perspective de perpétuer ainsi son nom par l'inscription de son tombeau était une des raisons qui poussaient les Égyptiens à désirer une longue postérité, comme les Chinois veulent des descendants pour perpétuer le culte des ancêtres". Un bon fils, en effet, continue en lui-même la personnalité du père, dont il joint le nom au sien propre ; mais de plus un bon fils entretient les tombes de ses ancêtres, où leur nom se lit, peint ou gravé : « Jefis fleu- » rir le nom de mon père », dit Khnoumhotpou, fils de Nouhri, « … J'ai fait vivre le nom de mes pères que j'ai trouvé détruit » sur les portes de leur tombeau, instruit que je suis dans la » forme des lettres, exact dans la reproduction, ne confondant » pas l’une avec l'autre, car je suis un fils pieux *.» Or un fils est un don de la divinitéf; c’est donc double faveur des dieux, quand on peut lui léguer sa fortune et ses honneurs. Voilà pourquoi un Ptah-hotpou. qui sous un des premiers rois Saïtes a fait construire la tombe d’Apis, se vante de sa piété : « Je lui obéis sur » terre (à Sérapis); je marche sur son chemin qui est dans sa » loi », et, proclame-t-il, « en récompense de cela, mon fils est » mis sur mon siège élernellement’. »
1 Stèle d'Ahmès, Louvre ne 4017; (Prerrer, Rec., I, p. 67 ; Prwu, Z. Z., 1890, 107).
2 Supra, p. 119.
$ Tombe de Nofrihotpou (Maspero, B. Eg., VII, 406).
4 Cf. supra, 104, n. 4 : Inscr. de Téfabi.
5 Insc. de Béni-Hassan (2. Tr. I, p. 164 et 167 — B. Eg., VIII, 162-164; cf. Æ. Z., Maspero, 1879, 51). — Voici un autre procès-verbal de restauration d’une tombe : « Le 15 du 4° mois de Chaït (Khoïak) de l'an IL, fut le jour de renouveler la sépul- » ture de l'osiris Tasit : après qu'on eut trouvé les bandeleites dérobées par les fils de la » nécropole et les noms détruits, on les fit prospérer & nouveau. » Sarcophage de Tasit : n° 66642, British-Museum, XXIe d. (Srrecereerc, À. Tr., XVII, 97).
5 « La majesté de ce dieu me gratifia d’un fils. » Stèle d’'Imouthès, British Museum :: (Prisse, Mon., pl. 21, 1. 11; Maspero, Æ. Z., 1879, 52).
7 Stèle d’Apis, n° 2316, Mus. Caire (Prenz; Æ. Z., 1887, 122).