POSTÉRITÉ. SÉPULTURE
C’est là l’objet d’une promesse souvent formulée dans les « Adresses aux vivants » sur les stèles funéraires : « Vous qui » désirez laisser vos enfants en vos places » ou « transmettre » v0S dignilés à vos enfants. ! ». Les deux raisons se combinent dans la prière suivante : « £æxauce-moi : fais subsister » mon nom dans ton temple, étant les fils de mes fils dans ta » demeure sans cesse éternellement?! ».
Compterions-nous parmi les biens de la vie les plus précieux une bonne sépulture faite selon toutes les règles? Non, sans doute. Les Égyptiens, au contraire, y tenaient extrèmement. Ils n'avaient point horreur de la tombe. A de certains jours, ils se réunissaient autour du tombeau de leurs ancêtres, dans la salle supérieure de leur monument, ou dans la salle antérieure de leur hypogée, et y faisaient, en leur honneur, un banquet? ; cette coutume étonna même beaucoup les Grecs ‘. Longtemps d'avance les particuliers, comme les rois Ÿ, préparaient leur propre puits funéraire et décoraient leur chapelle dans la « vallée funèbre », c’est-àdire dans la nécropole assise au pied des montagnes qui bordent la vallée du Nil à l'Occident. De leur vivant même, ils prenaient plaisir à suivre les progrès de la décoration et de l’'ameublement : « Æhnoumhotpou a fait ceci en monument de soi-même, dès » l'instant qu'il commença de travailler à son tombeau, ren- » dant son nom florissant à toujours et se figurant lui- - » même à jamais en sa Syringe ». « Il est heureux, dit un » autre, dans sa maison terrestre sise à Thèbes ; avec réqula-
1 Stèle d’Antouf, Louvre, C 26; etc.
? Stèle de Pa-hà, à Akhmim, Ep. saïte (Bourranr, M.M.C., I, 374).
$ Les scènes de banquet, sont souvent figurées dans les tombeaux thébains (voir Wir- KINSON, Manners, I, pl. xt, p. 37-39 ; ERman, Ægypten, 320, 339, 345, 347 ; etc.).
4 Voir ce qu'ils rapportent de statuettes d’Osiris passées de main en main dans des banquets (Héropore, Il, 78 ; PLurarque, De Jside, 15 ; Banquet des 7 sages, 153 ; PÉTRONE, Satiricon, ch. 34. Cf. Youne, Aier.-Liter., p. 104).
5 Dès l'an Ier de son règne, Ati envoya aux Carrières d'Hammamat, pour en extraire le granit nécessaire à sa pyramide, 400 hommes, dont les chefs laissèrent des graffites (L.D., I, 115f; Gozénicuerr, Hammamat, 7 ; Serue, Urk., I, 148; Masrero, B. Eg., NIIL, 3-4; R. Tr., XVII, 56-64). Cependant il ne faut pas croire, comme on l’a fait jadis, que la longueur des règnes se mesure exactement à la hauteur des pyramides ou à la profondeur des syringes.
6 Hypogée de Khnoum-hotpou, XIIe d., à Béni-Hassan (Brucscu, Mon., pl. 15; Mas- PERO, À. Tr., II, 161 — B. Eg., VII, 150 et 164).
» rité, il va chez le Pharaon... pour regarder son mobilier » sépulcral, prendre possession de ses monuments funéraires, » les statues en pierre de toutes sorles consacrées pour les tem- » ples par l'ordre du roi.» Ils voulaient pouvoir dire : « Quand je suis descendu vers mon domaine de l'Occident, » ma maison était prête ?. »
Il était donc naturel que les Égyptiens comprissent le tombeau et les rites funéraires parmi les objets de leurs vœux et ceux en quoi ils voyaient une sanction à la moralité de la vie. En effet, la piété envers les dieux, le dévouement au roi et la justice envers les hommes leur semblèrent les moyens les plus sûrs de mériter ce bonheur. La dévotion compte participer, en récompense, au culte des dieux : « Royale offrande à Osiris. qu’il accorde » que ma statue soit stable et repose à l’intérieur de la vallée » funéraire, et que tes offrandes, 6 Osiris, soient stables de- » vant elle#! » Le service du roi donne à cet égard la plus grande sécurité lorsqu'il vous à « jugé digne d’une belle tombe » dans la montagne“ ». Il exempte d’inquiétudes en sa vieil lesse celui qui, « maître d’une sépulture 5, descend vers sa bonne » demeure, par faveur de son seigneur ».{Uest, en effet, le roi qui, en récompense, octroie à ses bons serviteurs des concessions dans les nécropoles officielles ; c’est lui qui, en outre, par décrets nominatifs, les gratifie du mobilier funéraire, stèles, statues, sarcophages, étoffes, vases et provisions de toute espèce 7. Ainsi peuton ériger en précepte que « {andis que l'ami du rot repose comme » un féal, point de tombeau à qui se raille de sa Magesté* ! »
1 Tombeau d'Amonemhabi, XVIIIe d., à Thèbes (Viney, M. M. C., V, 265, Preu, 2. H., p. 91, pl. 126-127).
2 Tombeau d’Ahanakhti, prince d'Hermopolis, X-XII° d., à Berchéh (Sayce-Maspero, BR. Tr, XIII, 489-190 : cf. Pap. Boulaq. n° 3, pl. 47, 1. 12 sqq.)
3 Statue de Ahoui-nofir, Bologne (Preu, Æ. Z., 1887, 33; Z. H., pl. 35, p. 43). S a de Thoti, Kôm-el-Ahmar, XVIII d. (Sayce, Pr. S. B. A., X, T4; Serue, Urk.,
5 Stèle de Mihitemousekht, Moyen empire (MarreTre, Cat. Abydos, 326, n° 914). Stèle de Nofir-hotpou, XIIe d., Abydos (Rouc, Z. H., 14; Moner, À. Tr. XIX, 133 et 135).
6 Tombeau d’Ahanakhti (supra, n. 2).
1 Cf. J. B., Régime pharaonique, p. 351-359.
8 Instructions de Sehotpouabri (MarretTe, Abydos, II, 24-26; Maspero, B. : Ai A4S : Prat, J. A. IL 8° Æ 2, 1803 01: Monre R Tr, XIX, 136), ie