SURVIE SÉPULCRALE
sont connues : la quatrième, qui alors n’est pas encore constituée, devra sans doute beaucoup aux rois organisateurs de la xn° dynastie. Au-delà on rencontre des combinaisons nouvelles, mais plus d'éléments nouveaux.
La première de ces conceptions de la vie future, celle d’une survie sépulcrale, nous paraît la plus grossière et réclamait le moins d'imagination de la part de ses inventeurs. C’est la plus antique évidemment. À priori, on le supposerait. En fait, c’est celle qui domine dans les pyramides des rois des plus anciennes dynasties * et dans les tombeaux de leurs contemporains. C’est d’elle que dérivent les rites de la momification et ceux du repas funéraire.
Le climat brûlant de l'Égypte inspira à ses habitants leurs rites funéraires et leurs croyances. L’horreur de la corruption fut le principe de la momification et des procédés qui l’ont précédée 2. La décomposition rapide du corps mort obligeait à le fuir ou à le faire disparaître promptement : sinon, le cadavre négligé semblait se venger par son odeur et par les maladies qu'il répandait autour de lui. La destruction de la personne n’était donc qu’apparente. Enfermée dans la tombe avec le cadavre, elle devenait moins sensiblement dangereuse, mais elle subsistait : elle continuait à éprouver des sentiments et des sensations, des désirs et des besoins. Dans l’intérèt donc des morts mêmes, comme dans celui des vivants, il fallait y pourvoir et s’occuper à la fois du cadavre et de ce qui survivait de la personne, distinct du Corps. Si l'affection n'y suffisait point, la crainte y suppléerait?; sinon, gare aux revenants“!
1 MasPERoO, À. Tr., III, 177 : Pyramide d'Ounas ; — V, 4-59 : Téti; — VI, 157-198 : VIT, 145-177 et VIII, 87-119 : Pépi Ier; — IX, 177-191 ; X, 1-29 : XI, 1-34 : Mirinri ler; — XII, 53-95, 436-195 ; XV, 125-152 : Pépi Ii; — Les inscr. des Pyr. de Sagqaran, 1894: — Sete, Die aliæg. Pyramidentexte, 1908 ; — cf. chap. 11, p. 21.
2? J. Banurer, Contribution à l'histoire des origines de la momification (AR. Tr, XXII, 180-199 et tirage à part, 1900).
8 Selon CaparT, le culte des morts avait pour but primitif, non de les honorer ou de leur être utile, mais de se débarrasser d’eux en les obligeant à rester dans leur tombe ou à passer dans un autre monde, en tous cas à ne plus se mêler aux vivants.
4 Sur les revenants, voir : Stèle d'Ounnofir (SuHaRPE, Zg. Inscr., I, 9-19 : Caapas, Textes
L'existence du cadavre dans la tombe n’est plus la vie normale, mais ce n’est pas encore le néant. L’Égyptien a voulu prolonger cet état intermédiaire. Il s’est imaginé reculer la dissolution définitive de la personne en combattant les effets de la putréfaction et en conservant le plus longtemps possible le corps ou du moins ses parties les plus résistantes et ses formes. Les fouilles des stations préhistoriques ou protohistoriques ! ont fait connaître une série d’usages antérieurs à la momification, mais tendant au même but. D'abord on a voulu conserver intact le squelette dans une attitude de repos?, en l’inhumant au bord du désert à l'abri des fauves et de l’inondation. Puis on a voulu soustraire les ossements à la dissolution en poussière que provoquerait la corruption des chairs : on a recueilli les os, après avoir « délivré le défunt » de ses chairs», comme on lit aux Pyramides *, c’est-à-dire après un décharnement préalable, obtenu par un enterrement provisoire ou par un acte violent, et on les a de nouveau ensevelis avec soin. Pour les faire durer plus longtemps, on a rempli le crâne par le trou occipital etenduit les os de bitume et autres matières antiseptiques. Parallèlement, on a détruitles chairs putrescibles par l’incinération non sur un bûcher, mais dans la tombe même. Enfin, on a développé le traitement antiseptique ; mais on en a étendu le bénéfice à la forme extérieure du corps, à la peau et en quelque mesure à la chair même. On a donc entouré de bandelettes les membres des morts; on les a trempés dans des aromates, imbibés de natron ou de bitume et transformés en momies‘: ainsi préparés les
relatifs aux esprits possesseurs, B. Eg., IX, 81-93) ; Plainte au khou de dame Onkhkarÿ Pap. de Leyde, I, 371 ; Leemans, pl. 183-184; Maspero, Et. Eg., I, 145-149); Ostraca de Florence 2616-2617, etc. (GoLénicnerr, À. Tr, IIL, 3-7 ; Maspero, Contes, p. 289-296).
1 Dx Morçaw, Recherches sur l'Eg., 1, L'âge de pierre, 1896 ; II, Ethnographie, 1897, passim ; D' Fououer, 2b., I, 241-270 ; WiEDEMANN, 1b., II, 203-228 ; Amézineau, Vouvelles fouilles d’'Abydos, 1896-7 ; PeTRIE, Abydos, 1902-1904 ; Royal tombs, 1900-1901.
2 On l’a appelée « position embryonnaire » et on y à vu une promesse de renaissance (WieDemanN, 0p. cit., p. 211). Incrédule à ce mysticisme symbolique, j'y ai soupçonné un but pratique matériel. L'usage des Nasamons, cité par Hérodote (IV, 190), d’asseoir à terre les moribonds, fournit une explication plausible (Navizze, Religion, p. 46-48).
3 Pyr. d'Ounas, 1. 49, de Pépi I, 1. 142 (Masrero, RIT ANS 066 XI TS ES PT IBAILLETS R. Tr., XXII, 186). Cf. Livre des Morts, ch. auiv, L. 5-6 (Prerrer, p. 354).
Sur les momies : Rouyer, Descr. de l'Eg., NI, 461-487; PerTriGrew, Ægyptian mummies, 1834; Buoce, The Mummy, 1893; Maspero, Papyrus du Louvre, p. 14-104, et H. Or., I, 508, sqq.