SORTIES DU DOUBLE
ne pas se borner à la vie dans la tombe, de n'être pas renfermé ou enchaîné‘, mais au contraire de se servir de ses jambes aussi bien que de sa bouche*. Il pourra donc entrer, sortir?, circuler selon son gré ‘. Il en usera d’abord pour se risquer au dehors sur le parvis de sa tombe, pour s’asseoir dans son jardin funéraire et prendre le frais au bord de son bassin et à l'ombre de son sycomore ”, y jouer aux dames ou y contempler des danseurs et des nains ?. Il poussera jusqu’au fleuve pour se laver ou s’abreuver dans le courant : il retournera visiter la maison qu’il habitait‘; il s’intéressera aux travaux des champs, à la pêche et à la chasse : invisible, il assistera aux banquets tenus par ses proches en son honneur !?. Surtout il se rendra dans les temples des dieux que sa
1 Statues de Kaha à Turin, XVIIIe d. (Masrero À. Tr., Il, 1493) de Nakhtmin au Caire (BourranT, À. Tr., XI, 89).
2 « Celui qui connaît cela, il est en possession de ses jambes» Amdouat, % heure (Jéqurer, p. 64).
8 C’est le vœu de pir em hrou (supra, p. 130), ou de pir em ba dnkh, « sortir en âme vivante », ou selon le titre même que mentionnent les pyramides, « sortir en vie et puissance » (r6 ni pirou ni änkh ouas, (Pépi Ier, 1. 175 : R. Tr. V, 183). Successivement les Egyptiens ont sous-entendu ou exprimé tout régime imaginable : la tombe et l'air libre dans le monde des vivants, le Khernoutir et ses cavernes, les lacs de l’autre monde et les divers « Champs» des élus, la salle du tribunal d’Osiris. « Ounas sort en ce jour » (pir-m hrou pen) avec les formes auxquelles ila droit comme âme vivante {m arlou » ma n ba ankhi » (1. 455, R. Tr., IV, 52).
4 « On ne te repousse plus de tout lieu où tu veux aller : on ne met plus de limites à » tes jambes dans tous lieux où il te plait être. » (Téti, 1. 273, R. Tr., NV, 36).
5 Sur l’esplanade des tombeaux (RainD, Thebes, its tombs, p. 42, syq.).— Sur les jardins funéraires : stèles de Nsikhonsou, Turin n°0 144 et de Zodamonaoufänkh, Caire no 640 (Maspero, À. Tr., 105-108, B. Eq. NUIT, 241-248). — Sur le bassin avec l’étiage du Nil: table de Dachour (Masrero. Guide, p. 44 (Marrerre, M. D., pl. 94, p. 28). — L’iconographie mythique du sycomore protecteur nouhi, associé avec la déesse Nouit, s'est beaucoup développée jusque dans la*légende du Jardin des Hespérides (Masrero, B. Eq., I, 223 ; Virey, Religion, p. 240-243).
6 Livre des Morts, ch. xvn, titre.
T Tombe de Phrä-hi-ounamf, XXe d. (MarrerTe, M. D., pl. 66, p. 20) Les danses sont fréquentes dans les mastabas et les tombes thébaines. Maïs dans les pyramides, le roi danse lui-même (Ounas, 295 ; Pépi IT, 529: À. Tr., IT, 219; XIT, 99) et c’est lui qui est le nain danga qui « danse le dieu » (Pépi Ier, L 401 ; Mirin-ri, 573 : 2. Tr., VII, 162, XI, 11, et XIV, 186-195 — B. Eg., 429-443).
8 Stèle d’'Hormena (supra, p. 136, n. 1), etc. L'eau servait à la fois à désaltérer et à revivifier le cœur : cf. Conte des deux frères (MAsrero, Contes, p. 16 et 25). — « Puisses-tu être » assis au bord de la rivière, au pays du repos, y laver ta face et ta main, et recevoir » des offrandes. » (Pap. Anastasi 4, pi. 1v, ]. 4).— Cf. Rekhmära (#.M.C., V, 106-107) et Pépi II (1. 970-971 : R. Tr., XII, 187-188 ; XXII, 190).
9 « Voir sa maison des vivants, de la même façon qu'étant sur terre. » Stèle de Sitamon à Bruxelles, XVIIIe d. (CaAparT, 2. Tr., XXII, 4107).
1 Pourquoi dit-on toujours « festins funèbres » et jamais « chasses funèbres » ou « vendages funèbres » ? Les tableaux qui s’entremélent dans les tombeaux thébains (par exemple celui de Nébamon : Bourranr, À. Tr., IX, 98-99), sont de même nature et appellent même interprétation.
piété ou celle de sa famille lui aura conciliés, pour y prendre part .à la table des offrandes servies à ces dieux‘. Il fera toules les transformations qu'il désirera en tout lieu où se plaira sa personne?. Magicien comme les dieux, il deviendra fort et puissant comme eux et au besoin contre eux ?.
Seulement, si tous ces avantages dépendaient de l’exécution actuelle des rites, les défunts retomberaient à la merci des vivants. Or comme les vivants ne coaversent point avec les morts, ils ne connaissent point tous leurs désirs et ne sauraient les contenter au moment opportun. Mieux aurait valu ne pas réveiller chez les défunts l'usage de leurs sens, si l’on avait dû créer en eux des souffrances en leur rendant des besoins d’autrefois sans leur donner en même temps le moyen de les satisfaire. À quoi bon mettre dans la tombe ces objets et surtout ces représentations d'objets divers, si l’âme n’avait pu s’en servir? Il fallait donc que le mort lui-même, à défaut des vivants, pût prononcer les incantations nécessaires dans tous ses besoins. C’est ce privilège qu'il doit souhaiter surtout et qu’on lui assure en affirmant qu’il le possède. On veut qu’il puisse réaliser tous ses souhaits par ses incantations, qu'il devienne «juste de voix » md-khrôou’, qu'il sache donner aux doubles des offrandes énoncées ou représentées autour de lui assez d'existence pour satisfaire ses désirs, que cet approvisionnement funèbre, pir-khrôou, mérite tout à fait son nom qui signifie « mets qui paraissent véritablement à la voix quand il invoque.» Comme chacun désirait ce pouvoir pour lui, après sa mort,
1« Dites : « milliers de pains et de boissons pour Abou, aux temples de Rà, de » Khont-Amenti, de Shou-Tafnouit. de Thot, de Sokar » et d'une vingtaine d’autres dieux. Stèle d’Abou, XIe d., Abydos, Turin, n° 407 (Masrero, À. Tr., III, 116).
2? Livre des Morts, ch. 1, 1. 22: ch. xvur, titre ; Ch. LxXxXVI-Exxx Vu.
$ « Mieux doué de vertu magique que ces dieux du nord, les Indestructibles, qui ne » peuvent le détruire. » -- « Ils ne se sont pas réjouis de ton arrivée.» Pépi Ier 1. 238- 242, 408-411 (R. Tr., VII, 148, 153). — Ounas les pourchasse et les mange, 1. 491-521 (2. Tr., N, 56-61; cf B. Eg., I, 157-158, 164-165).
4 « Ce Pépi est juste de voix et ce Pépi acclame les dieux » (Pépi Ier, L 171 : R. Tr, V, 185). — Pépi II est un des dieux « qui sont invulnérables et qui ne faussent point leur » voix tandis que ses ennemis ne sont pas justes de voix contre lui » (1. 1233; R. Tr., XIV, 138).
$ Devéria, L'expression mâà-xerou, 1870 (R. Tr., 1, 10-18): Masreno, Sur l'expression mâ-khrôou, 1880 (B. Egq., I, 93-114).
5 Inscr. de Péh-sou-kher : « pir kherou kheft nas-f » (Nirey, M.M.C., V, 299).— Zaïnni