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LE MONDE INFERNAL

c’est chose remarquable que, tout en s’articulant de même, l’un parle régulièrement de mal moral et de péché dès que l’autre disait corruption des chairs, jugement ou pesée de l’âme quand l’autre disait embaumement et sépulture, connaissance magique des noms et vertus quand l’autre disait momification aimée du double. On à passé d’un ordre d'idées à l’autre, grâce à l’ambiguïté de certains termes, ouab, mdil, tou, asef, etc.

A la croyance qui assigne la tombe comme demeure au défunt se survivant à lui-même, dût bientôt non pas succéder, mais s’en mêler une seconde, d’après laquelle les morts se rendent dans les domaines des dieux. Tout d’abord, la croyance populaire avait permis au double (ka) ou à l’âme (ba) de faire usage de ses facultés recouvrées pour sortir de la tombe au jour ou pendant le jour, et de se mêler de nouveau aux vivants. Bientôt, l’âme évadée pût même pénétrer dans des régions inconnues des mortels, autre monde (#1 to) où résident les dieux, ciel et enfers.

Cette transformation de la vie d’outre-tombe s'explique par les pratiques religieuses au moyen desquelles on s’efforçait de la rendre heureuse pour le défunt. Il n’y a pas une brusque substitution d’une conception à une autre ; mais, alors qu’elles étaient toutes deux sorties d'une origine commune et qu’au début elles étaient en parfaite harmonie, ces conceptions ont pris l’habitude de vivre côte à côte, quand bien même les développements, qu'y apportaient la logique ou l'imagination, auraient dû les rendre incompatibles. Pour jouir, de la sortie du jour et de l’usage des doubles renfermés dans la tombe, les parents et amis du défunt ou le défunt luimême font appel aux dieux par des paroles magiques, leur empruntent leur puissance mystérieuse et se cachent derrière leur personnalité afin d’avoir plus de force contre leurs ennemis. Si le défunt peut s'identifier ainsi à la divinité en une circonstance donnée, ou tout au moins agir avec les dieux, se nourrir de leur

nourriture, goûter des offrandes qui leur sont faites, pourquoi ne

pourrait-il d’une manière continue vivre de leur vie, manger à leur table, résider avec eux dans une demeure commune ou les accompagner dans leurs déplacements ? Rien de plus naturel à l'origine, quand l’homme croit les dieux présents tout autour de lui. Les escapades du défunt, qui invisible sort de la tombe pour se mêler aux vivants, n’étonnent pas plus que l'intervention des bons génies qui vous aident ou des esprits malins qui vous cherchent noise. La demeure des dieux n’est pas distincte encore du monde et l'âme des défunts ne quitte pas ce dernier pour entrer dans les régions divines.

Mais que deviennent donc tous ces morts auxquels leurs parents ont assuré par toutes les pratiques imaginables le précieux pouvoir de sortir de la tombe? Tel ou tel affirme bien les avoir vus dans ses rêves nocturnes, ou avoir en plein jour senti leur invisible influence. Mais pourquoi ne les rencontre-t-on pas plus souvent et ne Les aperçoit-on pas en plus grandnombre ? Les hôtes innombrables de la tombe, en s’empressant de jouir des avantages que leur procurent les soins donnés à leur momie, devraient rendre étroite pour les vivants, la vallée heureuse qu'arrose le Nil. Cependant leurs apparitions sont rares. C'est qu'ils ne se sont plus contentés de rejoindreles dieux dans les villes où ils habitent un sanctuaire préféré, Ptah dans Memphis, Osiris dans Abydos, Rà dans An (Héliopolis), pour s’y nourrir des offrandes déposées sur leurs autels, comme le demandaient certains chapitres. Mais ils les ont suivis au loin, dans leurs domaines propres. Pour les rejoindre, ils ont franchi les barrières de l'Égypte, ils ont passé par la « Bouche de la fente » R6-Pegaït!, par la « Porte des couloirs souterrains », R6-staou, et pénétré dans les vastes déserts et solitudes de l'Occident, Amentit ; ou bien, ils ont suivi le Nil, « traversé l'enceinte de fer que l’on a faite au Nord” » et abordé sur des plages inconnues ?.

1 Cf. Maspero, Et. Eg., I, 121 sqq.

2 Livre des Morts, LXXXV, I. 7. C£. « le fer qui est au plafond du ciel t

Pépi ler : 1.169 (R. Tr., V, 185). de ee 3 Salut, jambe du ciel du Nord, dans le grand bassin visible. Je me tiens debout me

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