PARADIS INFERNAUX
Il s’en faut de beaucoup que, dès l'origine, les domaines des dieux, hôtes des morts, aient passé pour des paradis de délices. Îls habitaient la tombe et y vivaient précisément comme les morts en qui peut-être ils s’incarnaient, c’est-à-dire qu’étant bien momifiés et habiles en magie, ils échappaient à la corruption et, profitant d'offrandes toujours renouvelées, ne souffraient ni de la faim, ni de la soif. Mais leur bonheur s’arrêtait là et ils ne pouvaient convier les hommes à mieux. D’autres cependant étaient plus au large ; ils présidaient à tout un cimetière ou une partie de la montagne où se groupaient des sépultures ; par tous les trous, puits ou galeries, on aboutissait au domaine du même dieu de la mort; tous les ensevelis du canton lui formaient une escorte de fidèles, sur lesquels il régnait féodalement. Ce domaine était une immense caverne souterraine, le Voutir-Æher ou « Souterrain divin ». Il était situé à l’occident, hors de la vallée, Aussi l’appelaiton encore l' Amenti « l'Occident divin. » S'il émergeait à l'air libre, c'était très loin à l’ouest, plus loin que les déserts où se hasardaient les vivants, plus loin que les oasis où le jour luit: car là pesait une éternelle obscurité. On l’appelait encore le Douait, « pays de l’adoration », car ce pays mystérieux réunissait les êtres auxquels on adresse un culte, ancêtres et dieux. Le nom de « Terre divine », To-Woutir, lui revenait de droit »; mais il le partagea avec des terres lointaines où l'on avait crû découvrir le séjour des dieux, comme les Grecs crurent aborder aux Iles fortunées ou aux Iles des Hespérides.
Le plus ancien paradis funèbre, dont nous retrouvions des traces, fut vraisemblablement le domaine de Gab (ou Sib), le dieu Terre, else confondait sans doute avec la tombe. Les vieux Memphites en gardaient mauvais souvenir et ne songeaient qu’à en faire échapper leurs défunts. En s’améliorant, il se confondit avec Le paradis
» levant en dieu. Je regarde je n'aborde pas... Je passe de la terre au ciel. Mes bras » poussent l'aviron… J'arrive dans les bassins du feu, dans le champ brülant : O celui » qui amène les cordages des compagnons de la barque avec les voiles couleur de feu! » Je me tiens dans la barque, je fais traverser le bassin. J'apparais aux champs, je » vogue, je navigue, j'ouvre les portes du sanctuaire. Des terrains me sont répartis. » (Ch. xeviur).
d'Osiris, et on n’en parla plus!. Amentit, déesse de l’occident, mentionnée dans les tombeaux archaïques d’Abydos?, « {a bonne Amentil® », accueillait bienveillamment les morts à leur arrivée, mais elle leur rendait le retour sur terre impossible ; si quelquesuns devenaient et restaient ses sujets, les Amentiou, nous ignorons comment elle les traitait. Des dieux maîtres des .cimetières régionaux quelques-uns ont légué leur nom à quelque confrère plus fortuné : Khont-Amenti d’Abydos * s’est identifié à Osiris de Mendès ; Tanen des environs de Memphis, à Ptah; Wapouaïtou de Siout, à Anubis « le chacal sur sa montagne, maître des lieux hauts » : celui-ci accepta auprès d’Osiris-Khontamenti un rôle subalterne. Nous connaissons mal leurs domaines. Nous avons plus de chance avec Sokaris : quoiqu'il se soit souvent uni à Ptah et à Osiris, il défendait encore l'intégrité de son Enfer au temps du nouvel empire thébain; et l’auteur du Livre de l'Amdouait y décrit la navigation du Soleil mort pendant les 4° et 5° heures de la nuit. Ce domaine se compose de longs couloirs et de grandes salles voûtées ; jamais la lumière n’y pénètre : Sokaris y commande à ses sujets « par la voix sans les voir » ; et, lorsque passe la barque du Soleil avec ses hâleurs, personne ne voit ni ce dieu, ni Sokaris ©.
C’est Osiris qui attire le plus les âmes. Sa légende s’est formée de bonne heure : elle est à peu près constituée au temps des Pyramides. Jadis il régnait sur l'Égypte. C'était de tous les bons esprits, le plus bienfaisant pour les hommes, comme le plus puissant : aussi l’appelle-t-on « le Bon, l’Étre bon par excellence, Oun nofir ». Mais il a eu affaire aux plus terribles ennemis, à de
1 « Gab a agi envers lui, comme on a agi envers lui-même. » (Ounas, 1. 585: À. Tr., IV, 71) — « C’est horreur d'Ounas que la terre, aussi n'entre-t-il pas en Gab. » (Ounas. 1. ne et 259 ie Tr., IV, 51; V, 33). — « Khont-monitouf te transporte au » ciel près de ton père Gab... Tu as moissonné les orges. selon l’ordre qu | fai » père Gab. » (Téti, L. 288-290 : À. Tr., V, 41). ë FES
2 Cf. Masrero, Rev. Crüt., 1897, II, 439.
3 Ounas, |. 420-421 (AR. Tr., IV, 17).
4 Masrero, Hypogées royaux (B. Eg., AI, 24-93).
5 Jéqurer, Le livre de ce #) s l , ; tee ce qu'il y a dans l'Hadès, 1894 ; Masrero, Aypogées (B. Eg.,
6 JéquiEr, Op. cit : 4e heure, p. 71 ; 5e heure, p. 81.