OSIRIS AUX SOKHIT-AALOU
perfides révoltés : il a succombé, son corps a élé mis en pièces : toutefois, grâce au dévouement de sa sœur-épouse Isis, il s’est survécu à lui-même, a engendré Horus, et pris sa revanche. Comme autrefois les vivants aimaient son doux empire, les morts maintenant se pressent dans son domaine.
On appelle « Sokhit-Aalou, Champs des souchets » ce domaine d'Osiris !. Où est-il situé? Tout au nord. C’est dire que la situation des Champs Aalou varia sans cesse et recula avec les limites des connaissances géographiques des Égyptiens ?. De là, la mention d’un certain nombre de localités égyptiennes dans les textes funéraires, ce qui a donné lieu, peut-être dans l'antiquité, à coup sûr chez les savants modernes, à cette théorie d’après laquelle le monde où se réfugient les âmes, et dans la suite le monde sidéral, serait une reproduction du monde égyptien, où l’on retrouverait une topographie analogue. D’abord, c’était vers les villes de Pa et de Dep, près des sanctuaires du dieu, que les âmes se seraient rendues. Puis les Champs Aalou auraient reculé à l’extrémité du Delta, parmi les îles nombreuses que renferment les marais séparés de la mer par les alluvions du Nil. Enfin ?, elles se seraient évanouies dans les brouillards du nord et jusqu’au delà des contrées hyperboréennes. Pour y parvenir il y a des étangs, peut-être des mers, à traverser ; mais, grâce à de bonnes barques, grâce à un nocher ancêtre de Charon‘, grâce surtout à ses connaissances magiques, le défunt s’en tirait presque toujours heureusement.
Quelle existence menait-on dans ce domaine divin? Une nouvelle vie semblable à la vie présente. Ancien sujet du Pharaon, on
1 Aalou (Ailou ou Zalou) désigne les souchets, sortes de nénuphars, du genre cyperus, communs dans les marais du Delta, où se cacha longtemps le domaine d’Osiris (Lorer, R. Tr., XIII, 197-201). Le sens de « Champ du Lion » (Ounas, 1. 527-592 : R. Tr., IV, 13) n’est qu'une fantaisie de vieux étymologues égyptiens. De Ailou, les Grecs ont fait « Elysées ».
2 Cf. Maspero, Rev. des relig., 1888 : Hypogées royaux, p. 9-11 = B. Eq., XI, 14-16.
5 « Pénètre dans le canal verdoyant du lac de Khä ; remplis d'eau les Champs Ailou » où Téti navigue ses navigations vers celte moitié orientale du ciel, vers le lieu où » Les dieux s’enfantent. » (Téti, 1. 227-229. R. Tr., V, 26). Au Livre des Portes, comme au Livre de l’Amdouait, c’est à la 6° heure qu’on atteint le domaine d’Osiris.
4 Sur l’origine égyptienne du nom de Charon — ÆXaro « barque de transport » : Dionore, [, 92; Laurx, Æ. Z., 1863, 46. Sur le bac des Champs Aalou et le chant du passeur: Pépi Ier, 1. 400-404, Mirinri, 570-571 (Masrero, À. Tr., VII, 161-163, XIV, 188-190).
devenait sujet d'Osiris. Ce nouveau suzerain octroyait dans son domaine un champ! pour subvenir aux besoins du défunt, sous la condition d’une dime à servir «en aliments aux héritiers divins » ?. Moyennant quoi, le défunt participe à la vie divine et prend sa part des offrandes faites au dieu qui lui assigne une provision de pains et de volaille ?. Comme les dieux, il mange, il boit, il hume la brise fraiche ou le parfum de l’encens. Il va et vient ; il moissonne des céréales de poussée gigantesque ; même il peut goûter la paix et le repos éternel, le farniente qui paraît trop enviable au laborieux fellah dans les heures chaudes du jour pour ne point faire partie de l’apanage des dieux. Tels sont du moins les biens qu’assure, par exemple, le chapitre XCIX du Zivre des Morts : € Étant sur ce chapitre, on apparaît dans le Champ Aïlou:; » on y reçoit des pains, des breuvages, des productions des » champs ; on y mange de l'orge et du blé de 7 coudées, que » moîssonnent les serviteurs d’ Horus; on y mange comme eux » du blé et de l'orge qui sont l'alimentation de ce jour-là; on » y quérit ses membres pareils à ceux des dieux qui sont là » ; et même, par un souvenir de l’ancienne formule, « on peut sortir » dans toutes les formes que l’on désire ».
Le revers de cette vie heureuse, ce serait la nécessité de prendre part à la corvée qu’impose le souverain de l’Amenti. Non seulement il faut labourer et semer pour récolter, il faut encore comme sur terre curer les canaux et transporter les sables envahissants. Mais le défunt connait trop bien l’usage et le pouvoir des paroles magiques pour ne point se tirer facilement de ce mauvais pas. Pourvu qu'il possédât la justesse de parole, il a pu rendre réels pour le servir les objets représentés sur les murailles de sa tombe. Au moyen d’une incantation semblable, dont le chapitre VI du Livre des Morts, lui offre le modèle, il se créera des rempla-
f« Voici que le Champ de ton double est plus riche que le Champ des Offrandes. » (Pépi IL, 1. 629 : R.Tr., XII, 439). — « Elle creuse l'étang d'Ounas dans les Champs Aïlou ; » elle lui assure la possession d’un champ dans les Champs des Offrandes. » (Ounas, 1. 426-427 ; R. Tr., IV, 48. — En général, aux rois des pyramides c’est un domaine royal qui est attribué, celui même d'Hor et de Sit.
? Livre des Morts, xcvim, 7.
3 Pépi Ier, L. 404 :R. Tr, NII, 162.