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VIE, ADMISSION AUX CHAMPS AALOU

çants!. À partir de la xu° et surtout après la xvin* dynastie, sa tombe est remplie de petites statuettes, déjà pourvues d’un sac de grains et d'instruments agricoles; ce sont les « ouchebtiou » ou « répondants », qui, à la voix du défunt, s’animeront et répondront à l’appel du dieu pour exécuter la corvée au lieu et place de l'intéressé. Ainsi le labourage de la terre se présente, dès les textes des Pyramides, tantôt comme un privilège que l’on obtient, tantôt comme une corvée dont on est dispensé, tantôt comme une cérémonie préalable à d’autres bénéfices?.

Que faut-il pour aborder à ces champs fortunés et mener cette vie heureuse, quoique d’un bonheur tout matériel et peu fait pour récompenser une vertu épurée ? Toujours user des mêmes procédés : implorer les dieux, et, grâce à des formules magiques de prière, se substituer en leur place, pour réaliser ce dont ils sont capables.

Pourtant c’est sur cette croyance au domaine d’Osiris que va se greffer la première idée de justice et de mérite. Toute la puissance du défunt n’est qu’une puissance empruntée. Les dieux pourraient dissiper ses charmes par des charmes contraires. En vain prétendrait-il combattre leurs ennemis, en vain leur adresserait-il sa prière : « Leurs bouches (aux dieux qui se meuvent) se » sont abstenues de nuire » ?; il faut que les dieux le comptent au nombre de leurs serviteurs ou de leurs amis pour consentir à l’admettre parmi eux dans leur séjour de félicité. Il faut, soit par les offrandes, soit de toute autre manière, s'être concilié la faveur du maître qui, laissant emprunter par le défunt sa divine personnalité, lui conférera sa puissance et le rendra redoutable aux autres

1 Cuapas (Le chapitre VI du Rituel, 1863, p. 5, 18 — B. Eg., X, 231-247) et Prerrer (Dic t d’archéolog. égyptienne, p. 187, article Figurines funéraires), avaient compris autrement le mot ouchabti. Masrero (Guide, p. 131-133; B. Eg., I, 355-356) en a fixé le sens. Lorer a étudié la formule et les variantes successives du chap. vi (A. Tr., IV, p. 90-93 ; V, p. 73-76).

2 « Ton père Osiris ta donné de cultiver l'orge, de moissonner le blé. » (Mirinri, 12823; Pépi Il, 1: 1316 : R. Tr., XIV, 146). — « Tu as labouré la terre; lu as présenté » l’offrande. » (Pépi Ler, L 95: À. Tr, V, 172). — Contra : Pépi assimilé à Rà dieu suprême « n’a pas labouré la terre ; il n'a pas présenté l'offrande ; il ne se rend pas à » la Salle du Matin qui est dans On. »

3 Livre des Morts, LXX VIII, L. 8.

dieux : « On ne me fait pas les choses qu'on fait à ceux que » délestent les dieux ; car j'ai fait les choses favorables à » Osiris ; je me suis concilié le cœur des maîtres des choses » qui m'aiment, propagent ma crainte el produisent ma véné- » ration parmi ceux de l’essence divine!. » Il faut, en un mot, avoir fait ce « qu’aime et loue le dieu », pour être agrégé « par- » mi les suivants du dieu ». D'ailleurs cette formule un peu vague permet d'entendre des conditions hétérogènes et de glisser insensiblement d’exigences rituelles à des obligations quasi féodales, enfin à de purs devoirs moraux.

Mais, avant que la voix balbutiante de la conscience ait opéré cette transformation, l'imagination des hommes se sera donné carrière à travers les vastes champs du monde osirien. Avant qu'Osiris exigeât du mort, non seulement la pratique d’un culte et d’offrandes, mais encore une certaine manière de se conduire dans la vie et des actes vertueux, avant qu’il lui demandât la pureté du cœur, beaucoup d'obstacles d’une tout autre nature que le péché, se seront élevés sur la route du défunt.

Sans doute, les formules de prières contiennent, par habitude, la promesse de quitter les Champs Aïlou? où l’on devait pourtant se trouver très bien, comme tout d’abord celle de sortir de la tombe où pèse l’immobilité ; mais personne n’était revenu du domaine d’Osiris pour contredire les scribes qui le décrivaient. Aussi l’imagination, peu fertile sur les jouissances de cette demeure fortunée, s’était-elle du moins sentie à l’aise pour hérisser d'obstacles le sombre voyage qui devait y aboutir. Certains chapitres, sans doute les plus anciens, font aborder l’âme presque aussitôt, un bon nageur pourrait s’en tirer5. D’autres, au contraire, multiplient les formalités à remplir, les aventures à courir, les périls à surmonter, les ennemis à vaincre. La distance entre les morts et les vivants ne saurait s’imaginer trop grande. Donc il rentre dans la logique d’accumuler les obstacles qui les séparent.

1 Livre des Morts, ch. Lxxxv, L 35.

? Livre des Morts, ch. xorx, titre.

# Pépi Ier, I. 400 : Mihtimsaouf, 1. 570-572 (RO Tr INT 62 XE 11; XIV, 188).

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