PARADIS SIDÉRAUX
grés dans les domaines divins, ne s’arrêtèrent pas même aux Hmites de l’autre monde terrestre. Ils escaladèrent le ciel même, pour y rejoindre les dieux qui y résident, tant ceux qui circulent que ceux qui demeurent immobiles. De là cette formule fréquente : « Le corps à la terre, l'âme au ciel ».
Pour parvenir aux ciel, tous moyens sont bons. Certains défunts y grimpent par une échelle, appuyée sur les piliers qui soutiennent le plafond céleste ! : le plus sûr est d'emprunter l'échelle même de Rà°. D’autres se hissent au moyen d’un cable de fer, et parviennent ainsi à trouer le cristal céleste. Peut-être y accède-t-dn par des escaliers qui se refusent ensuite à laisser sortir“. On peut aussi y arriver directement par le vol : on implorera l’aide des dieux oiseaux : on s’envolera au ciel sur l’aile de Thot, voire même on chevauchera quelque griffon femelle. Mais l’âme peut s’en tirer aussi par ses propres moyens, car elle est ailée ; on conçoit et on représente le ba comme un oiseau semblable au vanneau ou phénix, l’oiseau d’Osiris, ou comme un oiseau à tête humaine ; ses pennes fendent l’air avec la force de celles de l’épervier?.
Enfin introduite au ciel, l’âme se mêle à la foule des dieux lumineux, ou plutôt lampadophores. Elle « prend place au ciel » parmi les étoiles du ciel, car elle est une étoile unique® ». Elle s’identifie aux astres principaux ou se confond modestement parmi les innombrables lumières qui composent la voie lactée °. En effet l’âme est elle-même lumineuse ; en son nom de ba, c’est la flamme vacillante d’une petite lampe de terre; en son nom de Æhou?, c’est une lumière, sans doute à l’origine la flamme qui se
1 Ounas, L. 575-583 (A. Tr., IV, 69-71) ; Téti, 1. 36-37 (R. Tr., V, 7). Cf. Masrero, B. Egq., I, 162.
2 Cf. Pépi 4+, 1. 192 et 200 (R. Tr., V, 194 et 197).
3 Cf. Ounas, L. 210, 419, 482 (R. Tr., III, 202; IV, 47 et 56).
4 Cf. Ounas, I. 418 (A. Tr., IV, 41).
5 Téti, 1. 485-189 (B. Tr., V. 22).
5 Ounas, 1. 648-649 (72. Tr., IV, 78).
7 Ounas, 1. 362 (R. Tr., IV, p. 42).
8 Ounas, 1. 365-368 (2. Tr., IV, 42) — « Ounas se lève sous forme d'étoile. » Ibid. 1. 394 (Z6., p. 44) cf. 1. 444-447, 460-461, 474, etc. — « Pépi se manifeste au ciel parmi les » étoiles, parmi les Indestructibles. » Pépi Ier, 1. 181 (A. Tr., V, 190), etc.
9 Cf. Maspero, B. Eg., II, 16-21.
1 Sur le Æhou et son origine : Masrero, Zt. Eq., I, 12; — sur les Xhou instruits, munis, parfaits et identifiés à Râ : Maspero ; À. Tr, III, 105-106 ; 77. Or, I, 183.
dégage et s'élève du corps humain pendant l’incinération ! ou le feu follet qui voltige près des tombes. Ces flammes humaines ont été assimilées aux lampes célestes. Leur séjour dansle monde sidéral peut se nommer « le Paradis de Sahou », à l'instar des précédents paradis, Sahou, l'Orion des Grecs, était, avec Sopdit (Sothis ou Sirius), la principale étoile aux yeux des Égyptiens. Son nom est celui de la momie ; mais son rôle est actif, celui d’un souverain et d’un chasseur ?. On le confondra de bonne heure avec Osiris : à son domaine au nord-est du firmament se superposeront les Champs Aalou, transportés de recul en recul jusque dans le ciel. Enfin, comme les étoiles devant le soleil, son paradis s’effacera devant celui de Râ.
Les conceptions religieuses, en effet, offraient des aspects multiples et se transformaient sans arrêt. Le culte de Râ prenait le pas sur les autres cultes et peu à peu se les assimilait : avec l’aide d’Amon, à l’époque thébaine et surtout au temps du Nouvel empire, il les absorbera tous.
Quelle relation peut avoir le dieu solaire avec le monde ténébreux où s’enfoncent les âmes à l'Occident ?
Tout au moins, un rapport de contraste. Dans la nuit du tombeau, la privation qui cause le moins d'horreur n’est pas celle de la lumière. Comme les Grecs et sans doute tous les peuples, les Égyptiens aimaient la lumière. Euripide n’a pas inventé les touchants regrets d'Iphigénie adressant ses adieux au jour. S’assurer « /a » sorlie au jour » “, après la mort, leur tenait au cœur; ils ne désiraient rien plus vivement que de revoir les rayons du soleil.
Depuis longtemps d’ailleurs, on avait comparé à la vie de l’homme la carrière fournie par le soleil. Comme l’homme sort du sein de sa mère, au matin le disque solaire s’élance de « sa retraite
! Cf. WiEDEMANN, ap. DE MorGan, Recherches, II, p. 217-218. ? Ounas, I. 491-521 (Masrero, À. Tr., V, 59-61 : B. Eg., 1, 157-158. — 77. Or. I, 97-98). * Sur l'horreur des ténèbres, cf. supra, p. 134, n. 5.
‘Ou « au soleil » pir em rà : variante citée par LErÉBURE (ap. CHasas, Mél., IV, 220).