LE SALUT PAR RA
le ciel en illuminant la terre : ainsi Pépi I !. Mais, au moins à partir de la xvmi° dynastie, de simples particuliers se flattèrent de jouir de cette identification à Rà et de devenir des Ad comme d’autres devenaient des Osiris?.
Les doctrines panthéistiques, répandues à cette époque, expliquaient comment le défunt pouvait cacher, consumer, fondre son âme et sa chair dans la substance solaire#, ou plutôt dans la Nature même, et attendre de cette fusion des renaissances indéfinies. Ainsi que le soleil se renouvelle chaque jour, ainsi le dévôt de Rà se renouvelle, soit comme le père subsiste en sa postérité, soit comme la matière se prête à divers corps successifs, soit comme le végétal se reproduit par la graine qui pourrit, soit par quelques transformations qui respectent mieux la personnalité *.
A ses faveurs Râ mettait-il quelques conditions? Des conditions rituelles, certainement ; mais des conditions morales, on en pourrait presque douter si l’on s’en tenait au témoignage direct des textes. Cependant Rà est un dieu justicier. C’est lui qui, d’après certains textes des Pyramides, juge la querelle d'Horus et de Sit et départage les deux rivaux ÿ. C’est lui que Bitiou prend pour arbitre, quand son frère Anoupou le poursuit, parce qu’il est le dieu qui « sépare le vrai du faux »°. C'est lui que les malheureux invoquent comme le modèle des juges humains par
1 Pépi 4er, 1. 72-75, 77 (R. Tr., V, 168-169). « Après que tu as ouvert les deux portes du » double horizon, tu passes au lac (d'Occident). tu remontes vers le nome Thinite, tu tra- » verses Abydos en barque, lu ouvres la porte du ciel vers l'horison, et tu sors au ciel. » Tu as navigué sur le lac de Kha au nord de Nouït, comme l'étoile qui parcourt l'Océan » céleste. Tu te diriges au lieu où est Orion. »
2 Stèle de Piänkhi, fils du roi Hrihor, XXe d. (MarerTe, Abydos, III, p. 382, no 1057: Maspero, Guide, p. 48, ne 330). Stèle de Qen, employé dans la nécropole, XVIIL d. (Turin, n° 323 : Maspero, À. Tr., Il, 194). Autres : de Turin nes 416, 139, 288, 310, 319, de Boulaq, de la Bibl. Ni, no 43 bis (Maspero, R. Tr., III, 105-106).
3 « Voici venir la chair sortie du défunt, qu'Horus a cachée dans son Œil (le Soleil), » qu'Horus a consumée dans son OEil. O défunt, cache-toi dans l'Œil d’Horus, consume- » toi dans l'Œil d'Horus, fonds-toi dans l'Œil d'Horus ! » Office de Rekhmarâ (Virey, M.M.C., NV, 126; Religion, p. 255-256 et fig.).
4 Voir les interprétations des figures d’Osiris végétant, de Ja légende de Bitaou, des offices de Rekhmarà par Virey (Religion, p. 54-55, 198-205, 245-259-2941). Cf. Morer, Rois et dieux, 99-102, 200-206.
5 L’hymne du pap. de Boulaq (vi, 4) appelle Ap-rehoui Amon-Râ (Grépaur, p. 2).
$ Contes des 2 frères (Masrero, Contes, p. 13, 3e éd., p. 8 : « Tu distingues l’inique du » juste »).
sa justice équitable et impartiale 1 Ilse montre l'ennemi des puissances du mal qu'il pourchasse dans une lutte incessante et implacable?: partout et toujours il réprime les péchés du monde”. Son œil, comme celui de tout dieu, poursuit tout malfaiteur ‘. Même dans les Litanies du Soleil, dont le panthéisme tend à l’indifférence entre le bien et le mal, on le représente comme un « ré- » tributeur mystérieux », bienfaisant à ses serviteurs”. Or il n'admet au nombre de ses élus que les hommes « qui pratiquent » la justiceS ». Mais son action s exerce surtout dans le monde des vivants. Sans doute, c’est lui qui a créé les Champs Aïlou et les Champs des Offrandes pour les bienheureux 7; etil y distribue des fiefs$. Sans doute, le Livre des Morts mentionne « /a » balance de Rà qui porte la justice en elle »° ». Mais alors, c'est que dans ce rôle de juge des morts, Rà se confond avec
Osiris.
A la longue, les dieux sont devenus exigeants. Ou plutôt la conscience humaine tantôt, parlant en leur nom, est devenue plus difficile pour l’homme, et tantôt, se retournant vers les dieux, a exigé d’eux qu'ils se montrassent plus dignes des hommages de la
1 Pap. Anastasi IL, p. vret p. vurix; Pap. de Bologne 1904 et Ostraca du Caire (Supra, ch. nu, p.24, n. 7; cf. J. B., Régime pharaonique, ch. vu, p. 283-284 et 289-290). — Le Charon égyptien pratique aussi limpartialité entre le pauvre et le riche: «0 gardien » qui désigne à qui possède comme à qui n’a rien les portes par où pénétrer ! ». Pépi Ier 1.276, cf. 1. 300 (R. Tr, VII, 154 et 158). |
2 « J'ai agi selon ton cœur : j'ai fait le bien ; j'ai agi convenablement 6 Ra! J'ai fait » réjouissance à l’enchaînement exécuté pour Rü. Apap. est renversé. » Livre des Morts, ch. xxxIx, 5-6.
8 « Il a fait le total des péchés depuis son commencement en Son nom d'organisateur » des régions ». Hymne du Pap. de Berlin, I. 62 (Prerrer, £t. Eg., 1; Romrou, Religion, p. 25).
4 Chant de triomphe de Ménéptah, I. 13.
5 « L'Osiris N reçoit la domination sur ses ennemis des grandes puissances du rétri- » buteur mystérieux, celui qui révèle l'empyrée mystérieuse, qui dissipe les ténèbres, qui » chasse làpluie, celui qui se hâte et qui fait sortir les bienheureux serviteurs de Ra ». » Litanies du Soleil, ch. n (Navize, p. 76-77 et 114, pl. 1x, 7, et xuur, 27).
6« Tu entends l'appel. (ô Amon !), car c’est toi Rà l’incomparable, et tu donnes que je » sois parmi les élus qui pratiquent la justice ; moë, je suis juste. » (Statue d'Aménôthès, fils d'Hapou, Karnak (LEGRaIN-MAsPERo, Ann.du Serv. des Antiq., I, 1902).
7 Navinze, Destruction des hommes, p. 12-13.
8 Pyramides. — Livre de l’Amdouait, 3 et 6° heures (Jéquier, p. 60 et 86; MaspEro, Hypogées : B. Eg. IL, 54-55, 87-91).
9 Zivre des Morts, ch. cxx, 1-2.
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