ASCENSION MORALE
foi. Non seulement la hiérarchie des dieux a pu se modifier, mais l'idée même que l’on se faisait de la divinité s’est considérablement élevée. Les transformations que subirent le mythe de Rà, le dieu lumière du monde, et celui d'Osiris, le dieu disparu, le dieu des morts et des ténèbres, et d'autre part la doctrine panthéistique de l’'émanation universelle entrainèrent de profonds changements dans les idées sur la vie d’outre-tombe.
Quand Amon-Rà, identifié à Osiris, est devenu le Un unique, immatériel, seul auteur de la vie, de la lumière et de la vérité, la promiscuité d'une telle divinité, avec les âmes humaines eût sans doute étonné, si l’âme était restée le double matériel des anciennes traditions. Sans doute les Égyptiens croyaient toujours au double: avec leur esprit conservateur quand même, ils ne reniaient jamais une acquisition du passé, seulement ils y superposaient de nouveaux concepts. Comme leurs sages avaient révélé que le panthéon tout entier et la nature universelle étaient des émanations de la Divinité procréant sans cesse en se dédoublant, l’homme leur sembla aussi contenir quelque chose de divin. En lui vit une étincelle de la lumière éternelle, un principe d’intelligence, le Æhou ou lumineux, qui par l'intermédiaire de l’âme proprement dite et du sou/fle anime tout le corps!. Participant aussi à la nature divine, l'âme du défunt peut-être identifiée à Osiris mort. C'est à ce titre qu’elle monte dans la barque de Ra, et que le dieu Anubis veille sur elle et la guide dans ses épreuves.
Mais toute âme ne jouit pas de cette identification qui mène au salut : 11 faut la mériter. Râ n’admet pas indifféremment toutes les âmes dans sa suite et dans sa barque. Osiris juge les âmes, avant de s’unir à elles. Il ne sauve que l’âme juste.
Ce jugement a subi bien des vicissitudes. Primitivement Osiris, souverain de certaines régions funéraires, y admettait, comme dans leurs domaines propres faisaient ses confrères infernaux, Sokaris par exemple, quiconque lui était adressé parles cérémonies rituelles
1 Cette explication du Æhou nous a été transmise par les Alexandrins (Poimander, ch. x et passim. Cf. DevéniA, Æ!. Z., 1870, 62; Masrero, R. Crit., 1872, 340-341 [= 8, Eg., II, 464]; À, Or., I. 114), mais elle n’a rien de primitif. Cf. supra, p. 155-156.
des funérailles. Quand son royaume se fixe aux Champs Aalou, il y juge par fonction naturelle, comme sur terre tout roi juge, c’està-dire recense les corvéables, fixe les limites aux propriétaires, décide des questions de bornage et autres différends entre particuliers. En ce rôle, on le voit parfois suppléé par des pharaons défunts qui avaient fait leur apprentissage sur la terre des vivants f. Mais la légende mythique d'Osiris contient un autre jugement, celui par lequel Horus, fils d’Osiris, fut restitué par le tribunal des dieux dans son héritage usurpé par Sit. Souvent les deux sortes de jugements se compénètrent et les rois défunts, juges à titre de substituts d’Osiris souverain, sont jugés, tant comme nouveaux arrivants aux Champs Aalou, que comme substituts d'Horus et d'Osiris dépossédé?. Ainsi un arrêt d'Horus assigne à Pépi 1° une rente de pains et d’oies?; tandis qu'un arrêt de Toum et de Gabou donne à Ounas le ciel et la terre, les domaines d’'Hor et de Sit, avec les Champs Aalou et leurs récoltes“. A plus forte raison les simples particuliers subissent-ils des jugements aux Champs Aalou. Cependant la plus ancienne mention du tribunal infernal par un particulier, semble moins faire allusion à un jugement d'admission, qu’à un procès posthume entre le défunt et ses prêtres funéraires par devant Osiris. |
Tout survenant subit donc un jugement, sans quoi il ne serait qu’un prolétaire chez les Mânes « un dieu sur son nez, un dieu » sans pain » et sans propriété. Les textes des Pyramides indiquent une part du cérémonial. Le passeur des Champs Aalou
1 Rois juges et non jugés: « Ounas pèse les paroles de ceux qui vivent dans le » premier domaine de Rd. » Ounas, 1. 406-407 ; cf. 1. 216, 229, 233-234, 427, 494, 507-508 ; Pépi ler, L. 43-44, 263-264, 313 ; Mirinri, L. 707, 825; Pépi IT, L. 13-14, 1150, 1317, 1321 (R.Tr., LIT, 204, 207-208 ; IV, 46, 48,58, 60; V, 164; VII, 150, 154; XI, 31; XII, 57 ; XIV, 132, 446, 147). $ à
2 « Tu as pesé (ouza) comme le lion du Nou ». Ounss, 1. 289 ; cf. 453,456 (R. Tr., III, 218 ; IV, 52). « Hor vient te juger (ap) avec les dieux ». Téti, 1. 264-271 (R. Tr.,V , 33-35 ; ce qui suit n’a nul rapport avec an jugement mais avec les rites funèbres). Cf. 1. 277 (76. 37); « Sit qui juge Téti » 1. 198-199 (1b., 23).
8 Pépi Le, 1. 00-404; Mirinrt, L. 570-574 (R. Tr, VIL, 162 ; XI, 11).
4 Qunas, 1. 587-588 (R. Tr, IV, 72).
5 «... par un prêtre attaché à la fondation funéraire. Je serai jugé avec eux par le » dieu grand, maître de l'Occident, dans l'endroit où se trouve le vrai (ou La justice). »
Märou-Bébi, au Musée de Bruxelles (Caparr, Chambre funéraire de la VI dyn., p. 25,
pl. ni).
5 Ounas, 1. 594-595 (R. Tr., IV, 72-73).