‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 79 sur 123 · LE JUGEMENT D’OSIRIS · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT D’OSIRIS

» en ce jour où il appelle (les morts) pour qu'ils entendent le » prononcé des sentences », les amène au pylone d'Osiris. Les « deux Supérieurs de la Salle du Dieu Grand », jouant le rôle d’huissiers. les introduisent {. Thot, seul ou avec sa compagne Safkhit, sert de greffier et compulse son registre ?, L’accusateur, s'il y en a, présente ses conclusions ?. Le couple de Tefni et Tefnit pèse le défunt‘; Shou a fait enquête et dépose ; les deux Mit ont entendu, puis rédigent l'arrèt°. Enfin Osiris prononce f,

Tout d'abord, le juge se contentait d’un interrogatoire d'identité : les rois se nommaient et aussitôt obtenaient l'envoi en possession; pourtant Pépi [* croit plus habile de se faire passer pour le nain danseur danga'. Par la suite, on exigea des références : d'où vient-on? par où a-t-on passé ? Il faut, pour le dire et se voir admis, témoigner de connaissances magiques, répondre aux questions captieuses des dieux, et, par exemple, énumérer les noms de toutes les parties du pylône de la salle$, Enfin l’âme que sauve Osiris, celle que le tribunal exalte comme «ma kherouen ce » qu'il a fait” », c’est celle en qui l'intelligence a vaincu les mauvais instincts du corps, et qui, devant un jury infernal présidé par le dieu, peut se défendre de toute faute et terminer légitimement sa confession négative, par ce cri trois fois répété : « Je suis » pur! pur! pur! °°». Celle-là seule triomphe de tous les périls de la nuit; pour elle le labourage dans les Champs d’Aalou ‘se réduit à une simple cérémonie mystique ; elle parvient enfin au séjour de lumière et de félicité, où elle contemplera les perfections de l'être

1 Loc. cit., supra, p. 162, n. 3.

2 Pépi 1er, 1. 185-186 (R. Tr., V, 192), — « Thot. guide de tous les dieux, aimé comme » peseur de l’œuvre de hommes, après leur fin, scribe du tribunal qui applique les lois... » dans la Salle de vérité...» Stèle d'Hor, fils d’'Hor, Ep. ptol. (Daressv, R. Tr., XV, 158).

$ On aime à dire : « ll n’y a pas eu de paroles contre moi ». Ct. supra, p. 110-111 et 118-124.

4 Cf. Livre des Morts, I, 16; cxxv,42; cxzix, 3: « La satisfait la balance de Celui qui » régente les dieux. »

5 Ounas, 1. 453-456 (R. Tr., IV, 52).

5 Zoc cit., supra, p. 417, n. 2.

1 Loc. cit., p. 47, n.2.

$ Livre des Morts, ch. cxxv, L. 46-65. Voir supra, p. 153-154.

® Ounas, L. 258 (R. Tr., IV, 52). Cf. Sarcophage d’Ounnofris, fils de Neftis.

1 Voir ci-dessus, p. 142-144.

Voir ci-dessus, p. 450-151,

nie rent A LE do QU EU E CLTLR EE Lol Gt

éternel et se nourrira désormais de la vérité et de la parole de Dieu.

A l’époque classique, la scène du jugement reproduit, en ses grandes lignes, l’esquisse des Pyramides. Le tableau qui, dans les exemplaires soignés du Zivre des Morts, accompagnaitle chapitre CXXV, représente « /a grande salle de la double Vérité ». Au milieu trône Osiris, entouré de ses quarante-deux assesseurs. La Vérité, Mäït, introduit devant lui le défunt qui proteste de son innocence et demande à « se joindre aux serviteurs du Dieu , bon ». Horus et Anubis pèsent alors dans ‘une balance le cœur de l'homme qui doit faire équilibre à l’image de la Vérité. Anubis annonce que « le cœur fait équilibre et que la balance est » juste ». Ainsi l’équilibre garantit l’équité, comme le même mot désigne la justesse et la justice. Alors donc la Vérité « régente » de l'Amenti, accorde que la personnalité du défunt soit dans » sa demeure, qu'il rejoigne sa retraite d'éternité ». Enfin Thot enregistre la sentence et permet au cœur de rentrer à sa place dans la personne du défunt, ce qui est le signal de la résurrection !.

La différence entre la scène primitive et la scène classique consiste surtout dans le caractère du jugement, devenu un jugement de justification. De justice de paix ou de cour civile, le tribunal s’est transformé en cour d'assises. Plus de plaideurs, mais un accusé qui comparaît. Le principal acte de procédure, c'est la preuve qu'apporte le défunt de son innocence. L’antique constatation de l’incorruptibilité du défunt la contenait en germe. A satiété et avec bien des variantes, les textes des Pyramides et encore ceux du Livre des Morts ou autres analogues répètent : « L'Osiris a détruit tout ce qui était mauvais en lui? ». Mais primitivement le mal dont on délivre le défunt, c’est tout élément de putréfaction el la chair même; puis la momification prétend sauver la chair purifiée en écartant la corruption ? ; enfin le mal et la corruption à détruire deviennent d'ordre moral. On ne peut douter de la transformation, quand Thot dit à Séti I « Tu laves

1 Cf. Prerrer, Livre des Morts, p. 385-387.

2 Pépi I, 1. 1241 (R. Tr., XIV, 139), etc.

8 Voir supra, p. 132-133.

Page 1