JUGEMENT ET CONFESSION
» ses souillures d'hier! », ce que commente cette glose explicite du Zivre des Morts : « Toutes les souillures que je garde, c’est » ce que j'ai fait contre les maîtres de l Éternité depuis que je » suis sorti du ventre de ma mère*. » La corruption ne menace plus le corps entier ; c’est du cœur qu'il s’agit de chasser la souil- Lure. Le cœur n’est plus seulement le viscère, siège de la vie, « nécessaire à l'existence sur terre » : 11 est la conscience « nécessaire pour les transformations » de la vie future et que l'on supplie : « Mon cœur qui me vient de ma mère, ne te » dresse pas contre mot; ne témoigne pas en adversaire contre » mot, parmi les divins chefs, au sujet de ce que j'ai fait de- » vant les dieux; ne te sépare pas de moi devant le dieu » grand, seigneur de lAmenti!* » En somme le jugement n’est plus un envoi en possession après vérification d'identité ou d’accomplissement des rites, ni le terme d’un procès entre deux adversaires : accusateur et accusé ne font qu’un et le litige roule sur la conduite passée.
La « confession négative », qui développe la protestation d’innocence du défunt, dérive de sources anciennes. Ounas pousse déjà le double cri : « Je suis pur ! je suis pur! » mais indépendamment de toute confession”. D’autre part, dans quelques inscriptions des mastabas des v° et vi° dynasties, on lit un bret panégyrique du défunt, de ce qu'il n’a pas fait, comme de ce qu’il a fait : « Moi, dit l’un, je fus ami des hommes. Jamais je ne fus tra- » duit devant un magistrat depuis ma naissance. Jamais je » n'a rien pris à personne par violence. Moi, j'ai fait ce » qu'approuve tout le monde . » D'ailleurs ce court éloge ne
4 Grand temple, escalier (MarreTrE, Abydos, I, pl. 52, 1. 21).
2 Livre des Morts, ch. xvn, 1. 37-38.
3 Jbid, ch. xrv, titre.
4 Zbid., ch. xxv-xxix et ch. xxx: « De ne pas laisser le cœur de l’homme lui faire » opposition dans le Khernoutir. »
5 « Je suis pur, je suis pur dans les Champs d’Ailou! Rd a été purifié dans les Champs » d'Ailou et cet Ounas a été purifié dans les Champs d’Ailou! » Ounas, 1. 411-413 (R. Tr., IV, 46).
6 Stèle de Nozemab, Caire, n° 1732 (ManteTre, Mast., 417; Bnucscn, Thes., V, 1212; SETHE, Urk., I, 75).— Cf. Ourkhouou (L. D., II, 43 ; Masrero, B. Eg., 11, 469 ; Serue, Urk., I, 46-48) ; Samnofir à Gizéh (L. D., Il, 81 ; Masreno, bd. ; Serne, Urk., 1, 57) ; Henkou à
s'adresse ni aux dieux, ni à des juges : il vise les vivants et donne à la postérité une leçon et un exemple !. Toutefois dans la pyramide d’Ounas, une phrase de ce genre semble prendre déjà une valeur mystique?. Parallèlement, le développement de ce thème engendrera les intéressantes autobiographies de la xn° dynastie et les formules de la « confession négative ».
De celle-ci le chapitre CXXV du Livre des Morts fire. outre l'interrogatoire magique déjà cité, trois rédactions différentes. La première division du chapitre (1. 1-13) contient un hommage à Osiris, l’énonciation de tous les péchés que le défunt n’a pas commis, et sa profession de pureté. Dans la seconde (1. 14-34), le défunt invoque successivement et par leurs noms les 42 juges, assesseurs d’Osiris, et à chacun il indique un péché dont il s’est abstenu. La troisième (1. 35-46) est un abrégé des premières, sous forme moitié négative et moitié positive, où, après avoir gagné voix par voix le suffrage de ses juges, il leur démontre collectivement sa fidélité à toutes les lois * :
« Hommage à vous, dieux habitant la Salle de la Vérité. Le mal n'est pas » dans votre sein ; vous vivez de la vérité dans An ; vos cœurs senourrissent de » la vérité devant Horus en son disque. Délivrez-moi du dieu dumal qui vit des » entrailles, Ô chefs ! le jour du grand jugement parmi vous.
« L’Osiris N:°° vient à vous : il n'y a ni mal, ni péché, ni souillure, ni impu- » reté en lui; il n’y a ni accusation, ni opposition contre lui. Il vit de la vérité, : » se nourrit de la verité. Le cœur est charmé de ce qu'il a fait. Ce qu'il a fait, » les hommes le proclament, les dieux s’en réjouissent.
« Il s’est concilié Dieu par son amour (ou sa charité). Il a donné du pain à » celui qui avait faim, de l'eau à celui qui avait soif, des vétements à celui qui » était nu. Il a donné une barque à celui qui en manquait. Il a fait des of- » frandes aux dieux, des consécrations funéraires aux Mânes.
« Sauvez-le, protégez-le, en ne l’accusant pas devant le Seigneur des momies ; » car sa bouche est pure, ses mains sont pures.
Déir-el-Gébraoui (Davis, D.-el-G., IN, 24-95 ; Serue, Urk., 1, 76-79) ; Sironpitou à Assouan (R. Tr., X, 191), etc. {
1 « Soyez bons pour moi, vous qui viendrez après; rendez (ce) témoignage à (votre) « ancêtre: C’est le bien (qu il à fait); puissions-nous agir de même en ce mondel » » qu’aïnsi disent ceux qui viendront après Ourkhouou ! » (loc. cit., p. 163).
2 « Il n'y a aucune parole (mauvaise) d'Ounas sur terre auprès des hommes ; aucun » mensonge (kheb) de lui au ciel auprès des dieux. » Ounas, 1. 570-571 (R. Tr., IV, 69). Peut-être doit-on entendre : « aucune accusation, aucune calomnie contre Ounas sur » terre ; aucun chatiment au ciel ».
8 Cf. Masrero, Journal des Savants, 1901, p. 497.