CHAPITRE VII
On rencontre donc en Égypte tous les éléments d’une morale, et c'est à bon droit que l’on peut parler d’une morale égyptienne.
Le peuple égyptien a eu des mœurs particulières, une manière de vivre et des habitudes qui suffiraient à le distinguer des autres peuples. Les moralistes modernes peuvent disserter à leur gré sur ces mœurs, les apprécier et les juger, en classer, combiner, organiser tous les détails dans l’un des cadres de leurs systèmes philosophiques.
Les Égyptiens n'avaient pas seulement une manière spéciale de vivre, instinctive et inconsciente, mais une ou plusieurs conceptions de la vie. Ils se sont regardés vivre; ils ont eu des idées et formulé des jugements sur la conduite : ils ont distingué un but à la vie, lui ont assigné des directions, lui ont imaginé une suite.
Il leur à manqué, semble-t-il, de condenser leurs idées en un système général. Surtout, nous ne trouvons trace chez eux d’aucune rédaction soit d’un code moral, aussi large dans sa brièveté que le Décalogue hébreu, soit d’une Somme envisageant méthodiquement l’ensemble des problèmes moraux avec l'esprit critique d’un Aristote.
Des moralistes, cependant, ont existé en Égypte et quelques-uns ont laissé des écrits. Les grands jouissaient des loisirs nécessaires pour penser; mais peut-être n’en détenaient-ils point le monopole, car le climat de l'Égypte impose au plus humble travailleur quelques heures de farniente chaque jour. Les sages de l'Égypte
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étaient observateurs : s’ils consignaient dans leurs annales la mention de tous les phénomènes célestes, leur mémoire n’enregistrait pas moins sûrement tous les faits divers de la vie humaine. Ils aimaient à formuler en maximes les leçons de leur expérience, et de ces maximes, les unes, d’ordre général, telles que : « Celui » qui tue on le tuera », voltigeaient anonymes de bouche en bouche dans les propos du peuple : les autres, d'application plus restreinte, étaient réservés à des disciples privilégiés susceptibles de se trouver dans les situations prévues. Ces sages jouaient donc le rôle de directeurs d'hommes, comme ils disaient, ou même de directeurs de conscience, comme nous nous exprimerions ; puissants, ils donnaient des ordres ; instruits par l'âge et l'expérience, ou par l'étude et la tradition, ils prodiguaient leurs conseils. En général, ils décidaient d’espèces, non de principes. Ils savaient néanmoins choisir entre les faits et les conseils. Dans le résumé de leur biographie sur une stèle funéraire, ils s’en tenaient aux détails les plus caractéristiques, avec les éloges d’une portée plus générale. S'ils rédigeaient un manuel de conduite, ils y renfermaient des préceptes d'application immédiate et journalière, sans y mettre beaucoup d'ordre, à notre gré, ni grande élévation de pensée. Mais encore envisagent-ils autre chose que des cas personnels et uniques. Ils ont beau dédier leur œuvre à tels de leurs fils ou de leurs disciples : tout étudiant profiterait autant que Pentaoïrit des conseils épistolaires d’Amonemopit, autant que Pépi des satires de métiers versifiées par Douaouf-si-Khrodi, autant que Khonshotpou des maximes d’Ani; aussi les apprenait-on par cœur dans les écoles : et, si vraiment les œuvres du roi Amonemhâït et du préfet Ptahhotpou étaient apocryphes, il s’ensuivrait que nous devrions tenir la dédicace à leurs fils, de la part des auteurs réels, pour simple procédé littéraire. Enfin, si les sages écrivaient, ils ne dédaignaient pas de commenter les ouvrages des anciens ni, en même temps, de les adapter, de les combiner et, sans en rien répudier, de les transformer au besoin : les gloses du Zavre des Morts et la composition du Livre de l’Amdouait nous édifient sur leurs procédés didactiques. É
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