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PRINCIPES ET IDÉAL

Au nom de quels principes ces moralistes jugent-ils de la conduite et prétendent-ils diriger la vie? Car ils ne se contentent pas de dire ce qu'il convient de faire; ils en donnent les raisons. La plupart du temps, c'est l’utilitarisme qui semble les inspirer. D'une action quelconque, ils montrent à leur disciple les avantages immédiats ou lointains, ou bien, au contraire, les inconvénients. C’est par ses conséquences qu’ils discernent le caractère bon ou mauvais de tel acte particulier; et vraiment, lorsque leurs conseils se bornent à des détails du savoir-vivre et du savoir-faire, ne serait-il pas difficile d’user d'autre pierre de touche que des résultats et d'indiquer à un arriviste un autre critérium que le succès? Pourtant la sancton de l'intérêt personnel ne fait pas à elle seule la valeur des actes, et les Égyptiens s’en doutaient bien. Sur lous les conseils de leurs théoriciens plane le principe de l’autorité de la tradition. Le père enseigne au fils la science qu’il tient de ses ancêtres : c'est là un caractère commun à tous ses préceptes que distinguent entre eux leurs conséquences propres. Mais une tradition vaut par son origine ; les sages Égyptiens rapportent la leur aux dieux qu'entendirent les ancêtres !. Quels qu'aient été ces dieux, c'est donc une origine religieuse que revendiquait la morale Égyptienne. Par ailleurs, aussi bien Ani que Ptah-hotpou prévoient la

‘colère ou les faveurs de Dieu, non seulement comme sanction des devoirs religieux, mais à propos de certains actes envers le prochain *?.

Plus nettement que dans les manuels de morale, le caractère absolu et le caractère religieux de la morale égyptienne apparaissent dans les épitaphes et dans les livres funéraires. Les individus qui nous ont transmis leur propre éloge ne concevaient pas la morale comme une simple collection de recettes pratiques. S'ils se vantent d’avoir conquis les faveurs royales, ils ont soin d’ajouter qu'ils les ont méritées par leurs qualités éminentes. Ils attribuent à certains actes, à certaines lignes de conduite une valeur

1 « Les conseils d'autrefois, ceux entendus des dieux ». Pran-Horpou, Préceptes, $ 1 :

Pap. Prisse, 1v, 3 (Virey, p. 31).

2 Prag-norpou, $ 6, 10, 12, 26, 39 ; Ai, $ 2, 5, 11, 26, 38, 39, 40, 48 (6d. AmÉLINEAU).

supérieure qui les rend dignes d’admiration et d'imitation. Ils savent qu'il faut, de toute nécessité, fuir certains vices et pratiquer certaines vertus pour qu’une existence soit bien remplie. Ils expriment toutes ces idées en disant qu'ils ont été md (mätiou) ou qu'ils ont pratiqué le #4 ou la mail. Ce mot md est vague, parce qu’il est très complexe : on le traduit habituellement par «vérité», d’après Plutarque, ou par « justice » ; il signifie aussi bien dans beaucoup de cas : € règle, loi, devoir, vertu » ou encore « réalité » et « nécessité ». Cependant Â/ait n’est pas l'œuvre des hommes : elle est fille du dieu suprême, déesse elle-même; elle parlicipe à la création du monde et au jugement des âmes. D'autres fois, ils emprunteront un terme à la religion et déclareront qu'ils sont «purs » ; et la pureté constituera une autre forme de leur idéal de la vie. L'une des formules d’éloge moral les plus anciennes est d’avoir « fait tout ce qui plail aux dieux et aux hommes ». Qu'est-ce à dire, sinon attester tous êtres capables de juger? ou encore est-ce autre chose que prendre pour juge de sa vie la raison, après l'avoir prise pour guide, ou que se soumettre à l’ordre universel et y contribuer pour sa part? Entre la pensée de l'Égyptien et celle des Stoïciens ou de Kant, y a-t-il au fond beaucoup plus qu'une différence de forme et de terminologie ?

Le vocabulaire moral des Égyptiens, en effet, nous semble assez pauvre. La plupart des noms de qualités ou défauts sont formés au moins dans le langage écrit, avec une épithète souvent matérielle accompagnée du mot « cœur ». Le mème mot noir qualifie les choses bonnes, belles ou utiles ; inversement ase/f, s'applique indifféremment au mal moral ou au mal physique. Le mot ma s'étend à beaucoup de notions que nous préfèrerions voir distinctes. Du moins Mâït seule régna dans leur Panthéon : ils ne connaissent ni la Raison, ni la Science, ni le Progrès et autres abstractions qu’adorent nos contemporains. Si la langue grecque donne aux idées une expression bien plus concrète que les langues modernes, la langue égyptienne nous paraît infiniment plus re-

belle aux abstractions. Est-ce notre faute ? ne distinguerions-nous

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