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ÉPOQUES

la loi morale ou de la pureté, les diverses formes de survivance, le jugement des âmes et la confession négative.

Dans les mastabas des premières dynasties memphites et encore dans les longs textes des pyramides de la vi, aucune préoccupalion, aucune théorie morale ne se fait jour. Cependant les Systèmes eschatologiques s’édifient et s’entremêlent, futurs cadres des sanctions morales les plus redoutées ; et l’apologie personnelle des défunts, au point de vue des rites, prépare la confession des devoirs.

Vers la v° ou la wi° dynastie, commencent à apparaître dans les tombes des particuliers quelques discrets éloges des vertus, fondés sur l'opinion des dieux et des hommes. C’est là, peut-être, l’époque non certes du plein développement de la morale, mais du plus vigoureux effort vers la création de théories morales. C’est à cette date que se placent aussi les essais de Kagimna et de Ptah-hotpou sur la conduite de la vie; s’ils paraissent terre-à-terre et font trop prosaïquement appel à l'intérêt, n’est-ce pas parce qu’une sorte de philosophie naissante y a cherché un domaine propre en dehors des spéculations religieuses ?

Le premier empire thébain est en morale, comme en art, une époque d’efflorescence. On pourrait le qualifier de règne officiel de la morale. L’éloge des vertus du défunt ne s’insinue plus seulement comme une mention accessoire et timide : il s'étale dans de longues inscriptions, où abondent les détails, surtout sur les actes de bienfaisance; il se mêle aux proscynèmes, comme un titre à la faveur posthume des dieux. Un nouveau Livre des Morts s'élabore, assez différent de celui des Pyramides. Parmi les chapitres ou plutôt les pièces indépendantes que la fantaisie individuelle substitue aux textes anciens, la préoccupation morale s’introduit : les dieux en lutte ne sont pas seulement des dynastes rivaux, ni même des principes de lumière combattant contre l’ombre et les ténèbres ; de plus en plus, ils symboliseront le bien et le mal; ils choisiront pour compagnons les hommes vertueux et, dans leurs jugements, récompenseront la vertu.

Le second empire thébain est l’âge classique. Les Maximes d’Ani, coulées dans un moule ancien, n’affectent encore ni l’ordre,

ni le sentiment religieux qu'y apportera Phibefhor au seuil du christianisme ; mais elles multiplient les observations de la vie, et sortent du cercle étroit des conseils aux fils des grands. Les textes funéraires montrent définitivement unies morale et religion. Dans chaque tombe une stèle raconte la vie du mort; certaines louanges des vertus y deviennent banales, ce qui prouve la diffusion des idées correspondantes. La « confession négative » vulgarise l’horreur des fautes contre la divinité et la morale ; tout en comportant des variantes, l’énumération de ces fautes, puisée peut-être aux biographies de l’âge antérieur et devenue indépendante de la condition des défunts, se généralise et convient à tout le monde. L'amour du prochain trouve, pour s'exprimer, l’idée de la fraternité humaine !.

L’époque saïte s’attache par dessus tout aux traditions nationales : la résurrection de formules archaïques témoigne de soucis nationalistes, non d’un recul de la morale; la religion d’Osiris fleurit plus que jamais et fraye les voies à-l’idéalisme isiaque.

Quoi qu’il en soit de l'idéal de vie des Égyptiens, de leur conception des devoirs, de leurs théories sur les rapports de la vie terrestre et de la vie future, on a le droit de se demander encore ce que dans la pratique valurent leurs mœurs.

Dans l’ensemble et à travers les siècles, les mœurs du peuple égyptien, méritent des louanges, à l’égal ou au-dessus des mœurs de n'importe quel autre peuple. Cette civilisation fut la plus ancienne que nous atteignions historiquement ; et, pour la morale en particulier, elle s’éleva non d’un seul coup, mais progressivement à un degré que seul dépassa le christianisme.

! « Je parle à mon prochain, me plaisant à ses projets comme s'il était sorti du sein » avec moi le même jour. » Stèle des architectes Souti et Hor, 1. 18, XVIIIe d., British Museum n° 826 (Prenrer, À. Tr, I, 70-72 ; Bircx, 77. S.B.A,, VIII, 143-463, pl.). — « Le » pain demeure à celui qui agit fraternellement (ari-{ sen : qui fait en second). » Ar, Maximes, Pap. Boulaq IV, xxx, 5:6 (CHaras, $ 38, Æg., II, 54-58 : AMÉLINEAU, $ 41, p. 457- 160). — Cf. sur la fraternité universelle : J. B., Régime pharaonique, p. 215-220.

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