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MOEURS : FAMILLE, FEMMES

Malgré les conseils des moralistes, orientés vers l'intérêt particulier, les mœurs servaient admirablement l'intérêt général. Si la vie nomade du désert favorise l’esprit d'indépendance individuelle, les conditions d'existence dans la vallée du Nil imposent la vie en société. La famille et la nation y furent, dans l'antiquité, organisées fortement.

Les plus anciens monuments montrent la famille constituée. Le père en est le chef et le seigneur : après sa mort, il en demeurera le dieu. Il commande dans la maison, dirige les travaux, se fait obéir sans réplique de tous, femme, enfants, serviteurs, frères mineurs ou non établis. Dans les peintures des mastabas, sa taille deux ou trois fois plus grande que celle des personnages voisins, symbolise aux yeux, sa primauté. Il n’a généralement qu’une femme en même temps : il se fait honneur de la bien traiter et l’associe au gouvernement de la maison. Il élève ses enfants, les instruit, leur inculque ses idées et ses connaissances, les établit, les marie à son goût, s'efforce de leur transmettre ses biens et ses dignités, et les regarde comme les continuateurs de sa personnalité. Ainsi la famille se fonde à la fois, sur l'autorité et l'affection. Le fils obéissant réjouit le cœur des dieux ; il se montre féal envers son père comme envers son dieu et son roi: mais il se vante d'aimer son père et d'être aimé de lui. D'ailleurs il voudra mériter également les louanges et l'affection de sa mère, de ses frères et sœurs, même de ses serviteurs, de ses voisins, de tous ses compatriotes.

On honore la femme comme épouse el comme mère‘. Dans les mastabas, presque égale à son époux sur qui elle s’appuie tendrement, l’épouse participe à sa primauté. Il linvestit « dame de sa maison » : en son absence, elle commande aux serviteurs etadministre les biens communs. La mère nourrit ses enfants avec un amour touchant, pour lequel Ani réclame des fils une éternelle reconnaissance. D'ailleurs les enfants ne lui marchandent point l'amour filial, À l'instar d'Horus, fils d’Isis, ils joignent volontiers lenom de leur

1 Cf. Parurer, Condition juridique de la femme, 1886 ; Revizzour, La femme dans l'an: tiquité, 1907.

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mère au leur et lui accordent une place d'honneur sur leur stèle et parmi leurs peintures funéraires. La gloire du fils rejaillit sur sa mère !.

La polygamie est presque réservée aux rois. Même, si un veuf se remarie, dans sa tombe jamais il ne se figurera au même fableau avec plusieurs femmes. Le père donne d'autorité ses filles en mariage, mais il évite de les marier contre leur gré. Le mariage consanguin nous choque : au contraire, les Égyptiens, sans en faire une règle absolue, le pratiquaient fréquemment et appelaient toute épouse du nom de sœur. L’adultère de la femme est puni de mort d'abord, de mutilation plus tard ; le complice subit lamème peine, « se perdant pour un instant de plaisir ». Le divorce a place dans la législation contractuelle, sans qu’on sache de quand il date. Cependant la femme n’est point cloîtrée au harem ; elle sort sans voile ; elle va et vient librement, dans la rue et sur les chemins sans crainte d’outrage ; elle voyage même. La femme du peuple travaille aux champs ou à l’atelier, comme à la maison. Elle va au marché, trafique, vend et achète. La femme a capacité civile pour posséder, acquérir, hériter, prêter, s’obliger. A force d'inventer pour elle des garanties de liberté, la législation des derniers siècles d'indépendance nationale aboutira à de tels excès qu’une réaction, sous les Ptolémées, la remettra sous la tutelle, ä7 manu, de son mari ou de son fils aîné. Si l’on doit juger d’une civilisation par le respect de la femme, on doit tenir en haute estime la civilisation de l'Égypte.

Les lois et le gouvernement protègent la propriété. En théorie, le roi est le seul maître du sol, soit commebhéritier de ses ancêtres, soit comme représentant des dieux. En fait, tous les fonctionnaires du roi et des dieux, grands feudataires ou simples gardiens de troupeaux, transmettent leurs fonctions à leurs enfants; et, malgré la disüinction faite parfois entre les biens reçus en patrimoine et les biens reçus du roi, on tâche de rendre héréditaires les uns et les

1. Fais dire : Louange à celle qui l’a enfanté ! » (Pran-norrou, Préceptes, $ 43; oo pl. xx, 1, 1; Virey, p. 105). Cf. « Beatus venter qui te portavit. » (Luc,

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