‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 88 sur 123 · PROPRIÉTÉ. TRAVAIL · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉ. TRAVAIL

autres. De temps à autre, en dehors des donations individuelles pour récompenser des services de toute nature, le roi distribuait des terres à tout un groupe de ses compagnons d'armes. De là, cette fameuse division tripartite du sol en biens royaux, religieux et militaires, qui jamais peut-être ne fut tout à fait exacte. En tout cas, les provisions de ménage, les troupeaux, les instruments de travail, tous les objets mobiliers et même la maison et ses dépendances étaient propriétés particulières. Des titres écrits constataient les droits de chacun. On inventa l’arpentage pour fixer les droits immobiliers. Des tribunaux locaux et, en appel, la justice du roi tranchaient les contestations!. Tantôt, les Égyptiens nous semblent paperassiers et procéduriers ; tantôt, au contraire, ennemis de la chicane et professant de l'horreur pour toute citation en justice. ;

Sans doute, il y eut toujours chez eux, plus ou moins, des gens indélicats, des voleurs, des brigands. Nous conservons des pièces relatives à des détournements de fonds par des administrateurs ; d’autres, au pillage organisé de la nécropole. Mais c’étaient là des crimes réprouvés au nom de l'honnêteté publique. Les grands se vantent d’avoir pourchassé les brigands, arrêté les voleurs, garanti la sécurité aux paysans et aux voyageurs?. Les petits professent n’avoir jamais nui à autrui, jamais dérobé de poissons aux étangs des dieux, jamais fraudé sur la balance ou son poids. Tous honnissent la violence : les uns s’en abstiennent, les autres la combattent.

Les scribes méprisent les travailleurs manuels. Cependant de grands seigneurs les honorent expressément, en faisant représenter dans leur tombe toutes les catégories de métiers. Les civilisations modernes n’ont pas modifié les stigmates professionnels : encore aujourd’hui le cordonnier sent le cuir, le maçon a les mains calleuses, le boulanger ou le forgeron se brülent les doigts ; nos inventions ont, au contraire, multiplié Les risques. Les travaux des

1 Cf. J. B., Régime pharaonique, ch. vu, Justice du roi (p. 271-320). 2 Cf. Jbid., ch. xu, Devoirs des grands (p. 469-513). 3 Cf. J. B., Régime pharaonique, ch. xIn : Subalternes : et xiv, Les petits (p. 519-624).

champs sont plutôt moins rudes qu'ailleurs ; si le soleil chauffe dur, Amonemanit nous certifie qu’on fait la sieste ; les peintures nous révèlent chez les moissonneurs des traits de belle humeur. Mais la corvée! Les Hébreux gardèrent rancune à l'Égypte de la construction de villes nouvelles Sans doute! cependant ils conservèrent bon souvenir des oignons et des vivres distribués aux travailleurs. Le paysan détestait le curage des canaux ; les Égyptiens s’en déchargeaient pour l’autre monde sur les ouchbitis : mais où aime-t-on les plus simples prestations ? Que de souffrances, disent certains modernes, suppose l'érection des Pyramides! Du labeur et dela discipline, oui; mais pourquoi plus de souffrances qu'aucun travail en aucun autre pays ? Sous Amasis un monolithe écrasa un ouvrier. Quel peuple a supprimé les accidents du travail? Le . bâton entre les mains des contremaitres rythmait le travail. Il n’était pas réservé aux plus humbles ouvriers : le collecteur de redevances en usait à l'égard du chef d'exploitation rurale ; accusés et témoins subissaient la bastonnade en justice. Ce traitement n’entrainait aucune infamie : le seribe même recevait par son dos la science dont il irait tant d'orgueil. Les travaux publics offraient leur contrepartie dans la nourriture et l'entretien des travailleurs par l'administration. Mème le travail manuel ne va pas toujours sans honneur : Ramsès le Grand visite en personne les chantiers de ses artisans ; il leur assure pour leur vie tout le nécessaire, mais surtout les remercie de besogner pour lui « avec amour ».

Si la dignité humaine n’était pas totalement sacrifiée dans le travail, ne l'était-elle pas par l'esclavage? Assurément l'Égypte connut l'esclavage. Les prisonniers de guerre, qu’on ramenait d’expéditions au nord ou de razzias dans le sud, durement ligottés, étaient disséminés à travers tout le pays dans les ergastules du roi ou des dieux. Ge sort valait mieux pour eux que les massacres, les festins anthropophagiques et les sacrifices humains des âges préhistoriques. Le sacrifice, toujours suspendu comme menace sur la tête des chefs ennemis, ne subsiste guère que comme thème sculptural dans la décoration des temples. Cependant une fois acclimatés, ces prisonniers mêmes, à moins de constituer une milice

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