‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 89 sur 123 · ESCLAVAGE. BIENFAISANCE · texte numérisé non relu

ESCLAVAGE. BIENFAISANCE

spéciale, ne se distinguaient plus du reste de la population. L'étranger était honni comme impie et révolté: par l'esclavage il devenait Égyptien; on ne constate plus contre lui de mépris spécial et l’on ne voit pas même de préjugé contre l’homme de couleur. L’esclave avait un état civil, une famille, femme et enfants ; il pouvait posséder ; son travail ne différait point de celui de l’homme libre ; lui-même était un homme, non une chose. La loi civile et la loi morale le protégeaient : s’il était défendu à des tiers de le suborner, son maître ne devait ni le maltraiter, ni le faire travailler outre mesure; on regardait le meurtre d’un esclave comme un assassinat. S'il s’enfuyait, son propriétaire tâchait de le rattraper, mais il ne rentrait pas en possession sans formalités. L’esclave égyptien ressemblait plus à un serf attaché à la glèbe qu’à l’esclave des pays classiques.

Le caractère le plus original de la civilisation égyptienne est l’extrème centralisation de tous les services publics et principalement du plus important d’entre eux, celui de l’agriculture et des subsistances. Tout vient du roi et remonte à lui'. Fils de Rà, il doit, comme le Soleil son père, donner la vie libéralement à tous les êtres et l’entretenir en eux. Il est la Providence de tous ses sujets et leur père nourricier. Par ses relations avec le ciel, il obtient de bonnes inondations ; sur terre, il règle le service des 1rrigations, coordonne les corvées dans tout le pays, prévient par sa police le crime de détournement des canaux. Il met en branle toutes les énergies ; puis, il ramène à lui toutes les ressources, amasse le principal des récoltes dans ses greniers, et, enfin, répand ses bienfaits en vivres et en provisions pour tous. Les fonctionnaires, à qui il délègue son autorité, agissent de même, tant au nom du roi qu’au leur, dans leur ressort administratif de plus en plus étroit selon leur place dans la hiérarchie. Il en résulte un esprit public favorable aux petits et aux faibles. Le superflu des producteurs ne doit pas se capitaliser entre quelques mains, mais parvenir par voie administrative aux plus déshérités : je ne Jure-

. 1 Cf. Régime pharaonique, ch. vi ; Pharaon bienfaiteur et vivificateur (p. 221-269).

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rais pas qu'il n’en restât jamais en route. Du moins regardait-on comme un devoir de secourir les misérables. Un gouverneur se disait « le mari de la veuve et le père de l'orphelin » ; il remédiait aux disettes, aux épidémies, voire aux épizooties. Tout simple particulier donnait « du pain à l'affamé, de l'eau à

l'altéré, des vêtements au nu, la sépulture et des offrandes » aux morts ». L’humanité est sans cesse à l’ordre du jour : Osiris et le roi s'entendent pour la recommander. La providence gouvernementale engendre et soutient la bienfaisance individuelle.

On a regretté que les préceptes des moralistes égyptiens traitent complaisamment de la civilité puérile et honnête. Par là ils nous instruisent d’une partie non méprisable des mœurs égyptiennes. [l n’est pas indifférent d'apprendre comment ils entendaient le respect vis-à-vis des supérieurs, la discrétion vis-à-vis des égaux et des amis, la retenue vis-à-vis des adversaires, la bienveillance, la patience, la générosité à l'égard des inférieurs, la politesse devant les vicillards, l'attitude à garder et les sentiments à manifester envers la mère, l'épouse, la servante, la courtisane, la femme d’un ami ou d’un supérieur. Quand ils déconseillent l'humeur chagrine, la colère, les rixes, la fréquentation de la foule, on pénètre leur caractère. La correspondance des scribes recommande à leurs disciples de fuir l’indocilité, l’inexactitude, la paresse, l’ivrognerie, la débauche. Au nombre des péchés, la confession négative range, à côté de l’homicide, de la fraude, des fornications, le mensonge, l’emportement, le bavardage, la jactance, l’entêtement contre la vérité ou les bons conseils. Qualités de tenue, vertus professionnelles, sociabilité, dignité personnelle : voilà de quoi rendre les hommes aimables.

Au milieu de ce peuple paisible, doux, loyal, poli, serviable, de belle humeur, respectueux de la vie, des biens, de la femme du prochain, rendant honneur au sexe faible et à la vieillesse, ami de la vertu, du droit, des arts, de la lumière et de la nature, on pouvait en Égypte se croire au paradis terrestre, dans « le

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