‹ Introduction a l'étude des sciences médicalesChapitre 11 sur 13 · DES INSTITUTIONS DE PERFECTIONNEMENT · texte numérisé non relu

DES INSTITUTIONS DE PERFECTIONNEMENT

L'Académie des sciences et l'Académie de médecine constituent , à peu de choses près , les seules institutions de perfectionnement scientifique que la France possède aujourd'hui. Nous ne nous occuperons ici que de l'Académie des sciences ; et il ne nous sera que trop facile de faire voir que cette institution n'atteint pas, et ne saurait par son organisation même atteindre, le but pour lequel toute institution de perfectionnement doit être avant tout organisée.

Il est à remarquer d'abord que la grande influence que l'Académie de Paris exerce encore aujourd'hui sur la science , que la grande publicité que l'Europe savante accorde encore aujourd'hui à ses actes , ne tiennent pas exclusivement à ce que les travaux opérés au sein de cette académie ont, dans la science, une prépondérance réelle et incontestable sur les travaux de toutes les autres sociétés scientifiques de l'Europe. Cette influence , cette autorité sont encore dues en grande partie à la puissante action que la France a exercée sur les destinées politiques de l'Europe : elles sont dues encore à ces doctrines philosophiques et sociales que la France a si largement vulgarisées dans le inonde : — doctrines qui, en répondant aux besoins révolutionnaires qui tourmentaient les peuples, leur ont fourni et des arguments et des formules, et ont ainsi fait de la langue française une langue universelle. L'autorité de l'Académie des sciences est bien plus le fait de la nation française que de l'Académie elle-même :

c'est vis-à-vis cette autorité, et non pas par celte autorité, qui] faut la juger.

Instituée pour détruire l'ensemble dogmatique et unitaire qui avait été créé par les travaux successifs de Platon, d'Aristote, de Dioscoride, de Galien, d'Albertle- Grand, de Saint Thomas-d'Aquin et de tous les grands encyclopédistes du treizième siècle , en introduisant dans toutes les directions scientifiques la conception philosophique de Descartes , l'Académie dut procéder à cette œuvre de critique par la réduction de l'unité systématique en parties irréductibles et contradictoires , ou en d'autres termes, par la décomposition de la science encyclopédique en des catégories spéciales de faits , appelées sciences, et séparées l'une de l'autre par des définitions impliquant contradiction. Ce travail était une œuvre de pure vérification ; car il s'agissait seulement de rechercher jusqu'à quel point les faits fournis par l'expérimentation concordaient avec les doctrines théoriques dogmatiquement enseignées, et de mettre, autant que faire se pouvait, en saillie les nombreuses contradictions que ces recherches faisaient entrevoir.

Du but qui fut proposé à l'Académie à l'époque de sa fondation et en vue duquel elle fut organisée ; — de la voie dans laquelle l'Académie a marché pour atteindre ce but ; — de la méthode dont elle a fait usage pour avancer dans cette voie, il devait nécessairement résulter, que le jour viendrait où l'Académie cesserait d'être un Corps savant pour ne plus être qu'une réunion à peu près fortuite de spécialités scientiliques qui s'ignoreraient l'une l'autre, — une ju\ta-position accidentelle de doctrines contradictoires, complètement incapables de tout travail commun, et n'ayant d'autre unité que celle du lieu dans lequel viendraient se débattre leurs prétentions hostiles. Or, ce jour-là est déjà venu. L'Académie a détruit l'ancienne science, la science scolastique : mais

— 20o — à la place de cet ensemble dogmatique et unitaire, elle n'a su créer qu'un ensemble disparate de parties contradictoires. Jadis, en tête de chaque catégorie de faits, existait une hypothèse qui en donnait le rapport général : aujourd'hui dans chaque catégorie spéciale nous trouvons une multitude d'hypothèses distinctes qui toutes se nient l'une l'autre. Aussi, ce qui frappe surtout aujourd'hui ceux qui envisagent le mouvement des travaux scientifiques, c'est leur multiplicité désordonnée, — c'est surtout la stérilité réellevde la science au milieu de son apparente fécondité. Tantôt ce sont des idées anciennes reproduites de nouveau, et qui paraissent neuves parce qu'on les présente aujourd'hui isolées de l'ensemble dont elles faisaient jadis partie. Tantôt ce sont des séries d'observations ou d'expériences qui se présentent comme vérification de quelque idée systématique dont on a depuis long-temps perdu l'intelligence ou oublié l'origine. Tantôt ce sont de longues séries de recherches , entreprises dans le but même en vue duquel on les avait jadis tentées. Trop souvent ce sont des travaux inutiles aux progrès des sciences, parce que, entrepris sans but commun et suivis sans une commune méthode, ils doivent nécessairement conduire à des résultats contraires.

Parce que les différents membres dont l'Académie se compose ne sont unis entre eux que par le lien d'une commune négation , et que par conséquent l'Académie ne constitue pas à vrai dire un Corps savant, c'est-à-dire un instrument dont toutes les parties travaillent dans un but déterminé avec une méthode commune : — parce que l'Académie, instituée pour constater des faits et pour vérifier des hypothèses, confond nécessairement, et par son organisation même, les fonctions d'une institution de perfectionnement avec celles d'une institution d'application, et la méthode de vérification avec la méthode d'invention : —parce que l'Académie reproduit dans son

— 20() — organisation la classification d'un système encyclopédique qui n'a plus de valeur ; et que, par son refus de discuter les doctrines , elle se ferme à jamais la voie des découvertes, puisque les doctrines seules peuvent engendrer des faits : — pour toutes ces causes , disonsnous, l'Académie des sciences ne saurait remplir les fonctions d'une institution de perfectionnement dont le but est, avant tout, d'engendrer la science de l'avenir en conservant la science du passé.

Il y a donc lieu de proposer la création d'un corps savant dont le but unique serait d'étendre dans toutes les directions le domaine de la science.

La nature de ce cours, et les limites étroites dans lesquelles nous sommes forcément renfermés, ne nous permettent pas de développer devant vous toutes les parties, tous les détails d'une institution scientifique aussi neuve et aussi importante que celle que nous proposons ici. Il nous suffira d'arrêter quelques instants votre attention sur les conditions principales auxquelles toute institution de cet ordre doit satisfaire, et de vous indiquer en même temps la marche générale qui devrait être imprimée à ce corps, et la nature des travaux qu'il serait appelé a exécuter.

Toute institution, créée en vue d'une œuvre scientifique à accomplir, doit être organisée de telle sorte qu'il en résulte inévitablement une direction déterminée dans les travaux, afin que ces travaux puissent eux-mêmes conclure à des solutions positives dans des questions également déterminées : en d'autres termes, toute institution de cet ordre doit avoir pour but la solution d'un problème général, qui commande lui-même la solution dune multitude de problèmes spéciaux; et par conséquent l'organisation de cette institution doit être coordonnée dans

toutes les parties vers cette unique fin. Sans cette condition fondamentale, il ne nous paraît pas possible de concevoir une association quelconque de savants, qui puisse avoir dans l'œuvre scientifique une valeur autre que la valeur individuelle des membres qui la composent. Un corps savant , organisé en quelque sorte au hasard, ou du moins, en dehors de tout but scientifique nettement déterminé, sera toujours à nos yeux plus fâcheux qu'utile : il sera nuisible aux membres qui en font partie; car la stérilité- dont ils seront nécessairement accusés ne sera pas autant leur propre fait que le fait du règlement qui les constitue en corps : il sera nuisible à la science ellemême, en engageant l'activité des savants dans une voie fermée et qui n'offre pas d'issue possible.

Ainsi, toutes les fois qu'il s'agira de fonder une institution de perfectionnement, il faudra avant tout déterminer quel est le problème général dont cette institution devra atteindre la solution, et en vue duquel elle devra être organisée. C'e>t là la question primordiale, et qu'il faut avant tout résoudre : c'est là aussi la question difficile, car rien n'y saurait être arbitraire.

Lorsque l'on se borne à étudier le mouvement présent, et en quelque sorte superficiel , des hypothèses et des expériences, l'on ne voit que les parties d'un travail général qui s'opère, et l'on n'en sait ni l'ensemble ni le plan : on distingue beaucoup de tentatives différentes, beaucoup d'essais, mais on n'en aperçoit pas le lien commun. Ainsi un homme, jeté au milieu de l'activité d'un atelier où la division du travail est extrême, verra une multitude de pièces diverses, et remarquera un grand nombre d'ouvriers attachés chacun à une fonction particulière, sans qu'il lui soit possible de déterminer quel produit sera le résultat de la combinaison de toutes ces parties si différentes : si le point de départ cl le but de l'œuvre ne lui sont d'avance connus, il lui sera impossible de com-

prendre la valeur fonctionnelle et les rapports de chacune des fractions dans lesquelles cette œuvre se décompose.

II en est de même de l'œuvre scientifique : pour saisir les rapports qui unissent entre elles les spécialités différentes, c'est le but général de l'œuvre qu'il faut connaître : pour déterminer avec certitude la tendance et la marche générale des travaux , c'est à l'origine même de ces travaux qu'il faut remonter.

Celte origine et ce but, nous les avons déjà indiqués. Au seizième siècle , Descartes avait créé sa grande hypothèse : comme Pythagore, son analogue dans les temps antiques , il avait afûrmé la cause inconnue, universelle, qu'il nomma Dieu : il avait assigné, comme origine des temps, l'acte par lequel Dieu créa la matière, et la doua de certaines forces essentielles , de certaines propriétés; et, comme Pythagore, il avait envisagé l'universalité des phénomènes de notre monde matériel comme les conséquences nécessaires et mécaniques de cette force ainsi créée au principe des temps. Cette hypothèse fut l'origine de l'Académie des sciences. Le but de cette académie fut d'introduire dans toutes les directions scientifiques cette conception philosophique nouvelle : son moyen fut de traduire dans son organisation même la construction encyclopédique qui existait à l'époque de sa fondation , et de refaire , à son point de vue nouveau , toutes les catégories spéciales dans lesquelles était scindée la science encyclopédique , et que reproduisait son organisation même. Mais, parce que Descartes n'avait envisagé Dieu que comme le créateur d'une force initiale constante , et que l'ordre phénoménal actuel fut regardé par lui comme la conséquence mécanique inévitable de cette force première , la théorie de Descaries , ainsi traduite en œuvre dans l'atelier scientifique, devait nécessairement conduire à envisager cet ordre phénoménal comme un fait de l'ordre circulaire. Aussi l'Aca-

demie des Sciences a-t-elle parfaitement réussi à refaire la science ancienne , en tout ce qui concerne les phénomènes de l'ordre circulaire , l'astronomie , la physique , la chimie inorganique, etc. ; et ce travail a servi, mieux que tout autre , à rendre manifeste l'existence d'un ordre complètement distinct de phénomènes — les phénomènes de formation — dont l'hypothèse de Descartes ne peut aucunement tenir compte, et que l'organisation actuelle de l'Académie ne représente nullement. L'Académie a conclu, comme elle devait nécessairement conclure , à une contradiction : elle a épuisé dans toutes les directions la donnée de Descartes , et elle a été conduite à une immense lacune. C'est cette contradiction qu'il faut faire disparaître : c'est cette lacune qu'il faut combler.

Toutefois , Messieurs, ne pensez pas que nous voulions introduire , dans l'organisation même de l'Académie , une unité quelconque. L'Académie , comme toute autre institution, doit être essentiellement le moyen d'un but; et l'unité ne saurait jamais résider dans le moyen luimême : elle réside exclusivement dans la pensée qui dirige ce moyen, et dans le but vers lequel il tend. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que cette contradiction générale qui existe dans notre Académie n'est que l'expression , fautive à la vérité, d'un contraste général qui domine tout noire ordre phénoménal.

La science universelle se divise en trois grandes catégories : — la science des rapports de l'homme avec Dieu, ou les Sciences tliéologiques : la science des rapports de l'homme avec l'humanité , ou les Sciences sociales : la science des rapports de l'homme avec le monde extérieur, ou les Sciences naturelles. Cette dernière catégorie, qui seule doit nous occuper ici, se divise elle-même en deux grandes sections : les Sciences naturelles théoriques, qui ont pour but de déterminer les rapports des phéno-

mènes entre eux; et les Sciences naturelles pratiques, qui ont pour but de placer ces phénomènes sous la dépendance de l'homme , ou , en d'autres termes , d'organiser les rapports des hommes avec le inonde extérieur. Une Académie des sciences, telle que nous la concevons, doit représenter exclusivement les Sciences naturelles théoriques ; et , par conséquent , l'organisation de cette académie doit être telle , qu'elle reproduise exactement tous les rapports généraux qui constituent notre ordre phénoménal lui-même. Évidemment cette organisation serait parfaite , autant que peut l'être une institution humaine, si chacun des rapports généraux qui constituent cet ordre phénoménal était représenté au sein de l'académie par une catégorie spéciale de savants , et si l'importance relative de ces catégories était exactement proportionnelle à l'importance relative des rapports qu'elles expriment.

L'organisation que nous proposons de donner à l'Académie des sciences reproduira donc, aussi exactement que possible , la construction encyclopédique que nous avons établie dans notre deuxième leçon : — non pas que cette construction elle-même soit à nos yeux définitive et parfaite , mais parce qu'elle nous paraît représenter mieux que toute autre le fait universel ; et parce que , mieux que toute autre , elle permet de marcher vers une construction meilleure. Ainsi , le point de départ que nous assignons à l'Académie , c'est l'esquisse encyclopédique que nous avons tentée : le but que nous lui proposons, c'est la construction d'une encyclopédie parfaite : le moyen que nous lui indiquons , c'est une organisation telle , qu'elle puisse traduire au dehors toutes les phases de la science, en se modifiant elle-même à mesure que la science se modifie.

L' Académie des sciences devra donc être divisée en deux grandes classes : — la première classe compren-

dra toutes les sciences qui ont pour but de déterminer les effets de la force sérielle dans l'ordre physique : la deuxième classe comprendra toutes les sciences qui ont pour but de déterminer les effets de la force circulaire. Chacune de ces classes sera divisée en nombreuses sections.

Première Classe,

— La première section réunirait tous les savants qui s'occupent d'une manière générale de l'histoire et de la philosophie des sciences de formation. A cette section appartiendraient les savants généraux tels que Buffon , Lamarck, M. Geoffroy-Saint-Hilaire, etc., qui, n'appartenant réellement à aucune spécialité , ne peuvent être admis que furtivement, et à l'aide d'un titre usurpé, au sein de l'Académie actuelle.

— La deuxième section réunirait les savants qui étudient les effets de la force de formation dans le développement du globe terrestre. (Géologie.)

— La troisième section se compose des savants qui étudient les phénomènes de formation dans l'espèce animale. Celte section serait nombreuse. La théorie de la génération, l'ovologie, l'embryologie, la théorie des âges, la théorie des générations spontanées, l'histoire des monstruosités, l'organogénésie et l'histoire de la formation des tissus sans analogues, y rentreraient évidemment. Chacune de ces catégories de faits devrait être représentée par un savant spécial.

— La quatrième section serait formée des savants qui étudient les phénomènes de formation dans la série animale. Elle comprendrait l'anatomie comparée, et la palœontologie animale.

— La cinquième section serait composée des savants qui étudient les phénomènes de formation dans t espèce

et dans la série végétales. Elle comprendrait la phyto' génie, la phytologie comparée et la palœontologie végétale.

Nous croyons qu'il y a lieu de rechercher si , dans la production des espèces minérales, il ne se manifeste pas des phénomènes qui attestent l'existence de lois autres que les lois de la cristallisation, de la chimie inorganique et de l'électrologie. S'il en était ainsi, il faudrait ajouter à la première classe de l'Académie une sixième section.

— La sixième section serait formée de savants qui auraient pour but d'étudier les phénomènes de formation dans Y espèce et dans la série minérales. Elle comprendrait la théorie de la formation des minéraux , la minéralogie comparée et la palœontologie minérale.

Deuxième classe.

La deuxième classe de l'Académie des sciences devra nécessairement être divisée en deux ordres parfaitement distincts : — l'ordre des corps organisés et l'ordre des corps bruts. Cette division est motivée par deux considérations fondamentales : — 1° cette classe renferme des savants qui travaillent avec des méthodes complètement différentes, et qui, à cause de cela, ne peuvent se comprendre : — 2° elle représente deux ordres très distincts de phénomènes: — les phénomènes qui sont exclusivement régis par des forces de l'ordre circulaire ; et les phénomènes dans lesquels les lois circulaires sont constamment modifiées par des forces de formation. Chacun de ces deux ordres se sous-divise en nombreuses sections.

Nous divisons ainsi qu'il suit l'ordre des corps organisés :

.La première section réunirait tous les savants qui s'occupent de l'histoire et de la philosophie de la science

des corps organisés, ainsi que tous les grands classificateurs. A ces sections appartiendraient les savants généraux tels que Linnaeus; Charles Bonnet, Albert de Haller, Pallas, Bernard de Jussieu et M. Ducrotay de Blainville.

Les autres sections comprendraient la physiologie animale et végétale, l'anatomie générale, spéciale, pathologique , etc.; la chimie organique , végétale et animale ; la zoologie ; la phytologie ; la médecine ; l'art vétérinaire."

Nous divisons ainsi qu'il suit l'ordre des corps bruts :

La première section renfermerait tous les savants qui s'occupent de la force circulaire, tous les historiens de la science des corps bruts, et tous ceux qui travaillent spécialement au perfectionnement de l'instrument mathématique. A cette section appartiendraient les savants gênéralisateurs tels que Kepler, Huyghens, Leibnitz, Newton, Lagrange, Laplace et René Descartes lui-même , qui, par une anomalie assez étrange , n'aurait aujourd'hui aucun litre légitime pour être admis au sein d'une académie dont il fut le véritable fondateur, puisque sa pensée l'anima tout entière.

Les autres sections comprendraient la dynamique , l'astronomie ; la physique; la chimie inorganique ; la minéralogie ; la météorologie ; la géographie physique.

Telle serait l'organisation que nous voudrions substituer à l'organisation actuelle de l'Académie des sciences. Encore une fois, nous ne regardons pas cette organisation comme parfaite et définitive: c'est un plan général, qui ouvre de nombreuses catégories de recherches, et qui nous paraît reproduire, mieux que tout autre, l'état actuel de la science , ainsi que le fait extérieur dont cette

science n'est que l'expression. On pourrait réserver à l'Académie elle-même le soin de réformer et de modifier à chaque instant sa propre organisation; — de diminuer ou d'augmenter le nombre des membres de chaque section, suivant les nécessités du travail; — de supprimer complètement des sections , s'il en était qui fussent reconnues inutiles; — de créer des sections nouvelles toutes les fois qu'un rapport général nouveau serait découvert; — enfin de marcher sans cesse vers la construction d'une encyclopédie parfaite, en réalisant à chaque instant dans son propre sein tous les éléments de cette encyclopédie.

Il ne faut pas croire, toutefois, qu'une institution de perfectionnement ainsi organisée doive travailler nécessairement, et d'une façon en quelque sorte mécanique, à la découverte de rapports nouveaux. La découverte d'un rapport sera toujours le fait d'un seul individu, et ne pourra jamais être le résultat d'un travail collectif. Mais placée, par son organisation même, dans le passé et dans l'avenir, l'Académie serait juge compétente et souveraine de toutes les doctrines émises dans le monde savant; tandis que, par des questions de prix, elle indiquerait en môme temps toutes les lacunes qui exigeraient des recherches nouvelles. Et tandis que, par ses sections historiques, elle pourrait éliminer toutes les théories sur lesquelles l'expérience du passé a déjà prononcé , elle pourrait encore, par sa classification encyclopédique, vérifier à chaque instant, et dans toutes les directions, toutes les théories qui lui paraîtraient mériter d'être ainsi jugées au contact des faits. Enfin, dans ses rapports annuels, elle pourrait sans cesse placer sous les yeux des savants l'histoire, les progrès et l'état actuel de la science, et tracer en même temps la voie de ses progrès futurs.

Ainsi le travail scientifique serait organisé sur une immense échelle : et aucun effort humain ne serait perdu ;

car tout effort s'accomplirait dans un but déterminé et pour une fin prévue.

Page 1