DES INSTITUTIONS D'ENSEIGNEMENT
Créées pour transmettre les connaissances acquises, les institutions d'enseignement sont destinées à former trois ordres distincts de savants : les théoriciens , les praticiens, les professeurs. C'est donc en vue de ce triple but qu'elles doivent être organisées.
L'organisation complète du corps universitaire ne saurait nous occuper ici : qu'il nous soit permis toutefois, Messieurs, de vous tracer une esquisse historique de l'Université de Paris , parce que, dans l'histoire de cette institution puissante, nous puiserons d'utiles renseignements pour le but le plus immédiat de cette leçon, l'organisation de la Faculté de médecine.
Fondée dans le moyen-âge pour faire l'éducation des gouvernants , et destinée à former des hommes aptes à appliquer dans toutes les directions de l'activité sociale un système déterminé , l'Université de Paris dut nécessairement présenter un ensemble systématique dont toutes les parties correspondissent directement au but donné. Et il en fut, en effet, ainsi.
Comme l'indique son nom, l'Université de Paris enfermaitdansson enseignement Y universalité des connaissances humaines; et ces connaissances étaient divisées en deux grandes catégories : — les sciences des rapports de l'homme avec Dieu et avec la société, ou les Sciences Théologiques; et les sciences des rapports de l'homme avec le monde extérieur, ou les Sciences Physiques. L'enseignement était encore sous-divisé en sept facultés : les quatre facultés des Arts, qui prirent les noms des quatre grandes nations européennes, la France, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie; et les trois facultés de théologie, de droit et
do médecine. Dans chacune de ces facultés différentes étaient institues des grades qui répondaient à des degrés différents d'instruction, et qui rendaient aptes à des fonctions sociales ou universitaires diverses : il paraît certain que ces différents grades ne furent point institués par des pouvoirs étrangers à l'Université elle-même.
La hiérarchie des grades était établie comme il suit dans la Faculté de médecine.
Après deux années d'études en philosophie les Sclwlares étaient admis à prendre le titre de Maîtres-ès-arts : ce premier pas était nécessaire pour arriver au Baccalauréat-ès-médecine , grade qui ne s'obtenait lui-même qu'après un examen préalable. Quatre années d'études permettaient au bachelier de commencer ses cours de licence: cette troisième épreuve durait au moins deux années, pendant lesquelles le candidat avait à subir quatre examens, à soutenir quatre thèses, et à faire un cours public. Alors le candidat pouvait aspirer au plus élevé de tous les grades universitaires — à celui de docteur-régent : ce titre était conféré par la faculté elle-même ; et, en le recevant, le candidat devait jurer d'observer strictement tous les statuts de la corporation. Quant aux fonctions différentes qui étaient attachées à chacun de ces différents degrés universitaires, l'importance en était proportionnelle à la somme de connaissances que le grade lui-même supposait : ainsi le bachelier- en-médecine ne pouvait exercer la médecine que sous la surveillance immédiate d'un docteur-régent : le licencié-en-médecine était autorisé à prendre le titre de Médecin de Paris, et à exercer la profession médicale sans contrôle : enfin le docteur-régent n'avait pas de supérieur possible soit dans la hiérarchie universitaire, soit dans les fonctions sociales sur lesquelles l'influence de l'Université s'étendait.
Chaque année, le premier samedi après la Toussaint, le doven en exercice convoquait en comité tous les docteurs-
régents de l'Université. C'était dans cette assemblée que l'on élisait le doyen de l'année suivante : c'était là que se délibérait le règlement de l'Université, et que se préparait la supplique pour les faits de police médicale : c'était dans cette assemblée encore que se taisait l'élection des professeurs qui devaient remplir les différentes chaires publiques de l'école. Les cours de la Faculté de médecine s'élevaient tantôt à six, tantôt à huit : ceux qui en étaient chargés étaient nommés à la pluralité des suffrages par la totalité des docteurs-régents, et leurs fonctions étaient annuelles.
Un rudiment d'académie existait déjà au sein de cette faculté. Douze docteurs se réunissaient de temps à autre sous la présidence d'un doyen pour s'occuper de travaux relatifs aux maladies régnantes et au traitement que ces maladies réclamaient, et pour débattre diverses questions de médecine théorique et pratique encore en litige dans la science. Il était tenu procès-verbal des discussions el des résultats : la collection de ces procès-verbaux était remise entre les mains des doyens. Ainsi a dû se former un recueil fort considérable d'observations qui seraient aujourd'hui du plus haut intérêt pour l'histoire de la science. Enfin six docteurs , réunis chaque samedi sous la présidence d'un doyen, donnaient aux pauvres des consultations gratuites auxquelles les élèves étaient tenus d'assister.
Le corps universitaire tout entier, Se ho lares, bacheliers, licenciés et docteurs, jouissait de nombreux privilèges et de grandes immunités ; mais le grade de Doyen de la faculté plaçait l'individu qui en était revêtu dans une indépendance complète de l'administration locale. Il n'aurait pu , en effet , avoir une indépendance complète dans le domaine de la science, s'il n'avait été complètement affranchi de toute considération personnelle ; aussi était-il placé sous la protection des tribunaux ecclé-
siastiques, et exempté de toutes les charges qui relevaient directement du pouvoir temporel.
Cette organisation puissante du pouvoir enseignant , fortiOée encore par des perfectionnements successifs, se maintint à Paris pendant plus de trois cents ans, c'est-àdire jusque vers le milieu du seizième siècle. Il en résulta que l'Université fut bientôt plus qu'une école: elle devint un pouvoir; et elle acquit toutes les prérogatives que donne l'exercice des hautes fonctions sociales. Fille aînée de l'Église, elle fut spécialement défendue par le Saint- Siège ; et son indépendance fut protégée , même contre l'Église de Paris, par la terreur des foudres de Rome, et par les décrets des conciles et des papes. Plusieurs actes de la Faculté de médecine furent adoptés par les rois de France, et étendus par leurs ordonnances à tout le territoire de leur domination ; et la Faculté elle-même, en sa qualité de partie intégrante de l'Université, envoyait des députés aux conciles. Ce fut à l'aide de cette puissante protection que ce peuple nombreux de Sckolarcs qui affluaient à Paris de toutes les parties de l'Europe, et qui quelquefois s'élevaient au nombre de quinze mille , put se livrer sans réserve à l'étude des sciences, également défendu contre les incertitudes du mouvement politique et les violences du pouvoir temporel ; et de ces pauvres écoliers, qui quelquefois étaient entretenus gratuitement pendant toute la durée de leurs études universitaires, sortaient de temps à autre des papes et des princes de l'Église, des empereurs et des rois.
Mais cette puissance même de l'Université de Paris, cette indépendance complète dans laquelle elle s'était placée vis-à-vis le pouvoir temporel , fut toujours pour celui-ci le sujet dune inquiète jalousie; et, à partir du seizième siècle, l'histoire de l'Université n'est autre chose que l'histoire des invasions incessantes, et sans cesse plus
complètes, du pouvoir temporel dans le domaine de l'enseignement public.
Au douzième siècle, les docteurs-régents de la Faculté de médecine, ainsi que les professeurs des autres facultés, étaient pour la plupart revêtus d'un caractère sacré ; et ce fut surtout à ce titre qu'ils purent envoyer des députés aux conciles, et qu'ils furent considérés comme faisant partie du pouvoir spirituel. Outre leurs fonctions universitaires les docteurs s'occupaient aussi de la pratique de la médecine, surtout comme médecins consultants ; mais ils regardaient certaines classes d'affections, et plus particulièrement encore certaines opérations chirurgicales, comme complètement interdites à leur caractère sacré. Ce préjugé donna lieu à une classe particulière d'opérateurs, placés complètement en dehors de l'enseignement universitaire, et qui se livraient exclusivement à la pratique des opérations manuelles et au traitement des affections réputées honteuses. Ces praticiens, dont les connaissances, en général fort limitées, étaient aussi complètement empiriques, se trouvaient en dehors de toute protection légale et de toute police , jusqu'en l'an 1311, époque à laquelle parut un édit de Philippe-le- Bel portant ; Que nul, soit homme soit femme, ne pourrait exercer la chirurgie dans le vicomte de Paris, s'il n'était muni d'une permission (liceniiaopcrandi) signée de maître Pitard, chirurgien du roi au Chàtelet, et s'il n'avait prêté serment entre les mains du prévôt.
L'édit de Philippe-le-Bel fut renouvelé en 1352. Mais le pouvoir royal n'était pas à cette époque assez puissant pour assurer l'exécution des dispositions pénales que l'édit renfermait; et le corps des chirurgiens fut contraint de s'adresser à une autorité plus efficace que l'autorité royale — à l'Université de Paris :
— «Recteur , » est-il dit dans leur requête, « et vous tous, nos très excellents seigneurs cl maîtres, nous qui
sommes vos très humbles serviteurs et disciples, nous venons vous prier le plus humblement qu'il nous est possible, etc. »
La Faculté de médecine accéda à leur demande: elle accorda aux chirurgiens toutes les immunités dont jouissaient les simples étudiants de l'Université , « ut veri sclwlares, non alias; » et elle s'engagea à poursuivre tous ceux qui exerceraient sans licence la profession dechirurgien, à condition que les chirurgiens eux-mêmes reconnaîtraient la juridiction de l'Université, et suivraient les cours qui y étaient professés.
Cependant les cours de la Faculté, presque exclusivement consacrés à la pathologie interne, étaient peu propres à former d'habiles opérateurs ; aussi les chirurgiens cessèrent-ils bientôt de les suivre* avec régularité. Il en résulta des remontrances graves de la part de la Faculté, qui bientôt refusa d'accorder la licence à tous ceux dont la régularité ne serait pas suffisamment attestée par les registres d'inscription. D'un autre côté, dans la pratique, il s'élevait à toutes occasions des querelles d'amourpropre entre les médecins et les chirurgiens, qui se refusaient toujours à reconnaître la suprématie des membres de l'Université; et ces discussions, quelquefois extrêmement aigres et sans cesse renaissantes, engagèrent enfin la Faculté de médecine à autoriser la corporation des barbiers à pratiquer la petite chirurgie, et à leur accorder dans ce but, avec le titre de Scholarcs, une instruction médicale primaire.
Le pouvoir temporel intervint pour agrandir la scission ainsi faite entre l'Université et le corps des chirurgiens ; et en 16W) un arrêt du parlement vint sanctionner les statuts du Collège de chirurgie, qui se trouva ainsi constitué sous la dépendance du pouvoir temporel, et complètement en dehors du contrôle de l'Université. A la même époque, on voit intervenir l'autorité du roi et des pailcmens, tantôt pour confirmer les statuts de l'Uni-
versité et quelquefois aussi pour les enfreindre. Bientôt la Faculté elle-même demandera pour ses actes de discipline la sanction du pouvoir temporel ; et dès l'année 1698, le parlement de Tournai rend un arrêt qui déclare : — « Que les magistrats peuvent, en considération des avantages qui en résultent pour le bien public, autoriser les personnes qui ont quelque méthode particulière de traitement des maladies à exercer la médecine, bien que ces personnes n'appartiennent pas à la profession dont ils exercent les fonctions. »
Dans ce même siècle, une institution d'enseignement placée sous la dépendance immédiate du pouvoir royal, et dont les professeurs portaient le nom de Lecteurs du Roi, s'élevait et grandissait à côté de l'Université. L'enseignement de la médecine y était compris : du temps de Henri IV, on y comptait déjà deux chaires de médecine, une chaire de chirurgie, une chaire d'anatomie; et, parmi ses premiers professeurs , on vit successivement Vidius et Sylvius (J. Dubois). Enfin la fondation d'une académie et d'une école de chirurgie au commencement du 18e siècle , et l'établissement des écoles d'instruction médicale dans les grands hôpitaux militaires par une ordonnance royale, en 1747, achevèrent de ruiner le crédit et la puissance de l'ancienne Faculté. Ainsi cette haute juridiction dans tout ce qui était relatif à l'enseignement et à l'exercice de l'art médical , qui pendant trois siècles s'était affermie par une série continue de perfectionnements , s'échappa des attributions du pouvoir spirituel par une série également graduelle de pertes qui se succédèrent pendant les trois siècles suivants, et passa tout entière dans les mains de l'administration locale. A l'époque de la révolution, dix-huit facultés étaient autorisées à recevoir des docteurs-enmédecine : aussi la Convention nationale, en ordonnant par son décret du 18 août 1792, la suppression de l'Uni-
versité, ne frappa réellement que sur un règlement sans valeur, et dont l'existence ne se manifestait plus que par des abus.
Cette esquisse historique est sans doute très-imparfaite , Messieurs ; mais elle servira à vous faire comprendre deux propositions que nous regardons comme historiquement démontrées : à savoir : —
1° Que la puissance du corps enseignant commença à décroître du jour où le pouvoir temporel put intervenir, soit dans l'organisation intérieure, soit dans les actes extérieurs de ce corps.
2° Qu'il fut possible au pouvoir temporel d'étendre son influence sur le corps enseignant, dès lors qu'il lui fut possible d'établir en dehors de ce corps un enseignement plus complet que le sien.
Et de ces deux propositions nous nous regardons comme fondés à conclure :
1° Que l'Université ne possédera la puissance légitime qui lui appartient comme corps enseignant, et qui est la condition la plus indispensable de ses fonctions , que lorsqu'elle sera complètement soustraite à l'influence du pouvoir temporel.
2° Que l'Université ne pourra conserver sa légitime indépendance qu'en accomplissant intégralement sa fonction comme corps enseignant , et en rendant ainsi complètement inutile, et partant complètement impossible, tout autre enseignement que le sien.
Nous ne pouvons exposer ici l'organisation complète du corps universitaire, telle qu'elle nous paraît devoir être établie pour répondre à loutes les conditions d'un enseignement scientifique complet. 11 nous suffit d'avoir indiqué sommairement les conditions fondamentales auxquelles une semblable institution doit satisfaire ; et nous
passons immédiatement à l'organisation de l'une des facultés de ce corps — la Faculté de médecine.
Le projet d'organisation que nous allons vous présenter, Messieurs, paraîtra assurément fort sévère à la plupart d'entre vous : il paraîtra peut-être plus sévère encore à ceux qui sont appelés à vous diriger dans vos éludes. A cela nous n'avons qu'une seule réponse à faire : c'est que la fonction médicale est, après le sacerdoce, la fonction la plus grave, la plus importante que la société "puisse confier à un homme : il faut donc, de toute nécessité , que cette fonction soit exclusivement confiée à des hommes d'une moralité irréprochable, d'une instruction générale fort étendue, d'une instruction spéciale complète. Et qu'on ne nous objecte pas que la réalisation d'une organisation semblable troublerait des existences et anéantirait des droits acquis : nous ne connaissons pas d'existence plus nécessaire que celle de la société elle-même: nous ne connaissons pas de droit plus imprescriptible que le droit que la société possède d'exiger de l'individu auquel elle confère une fonction, les conditions morales et intellectuelles que cette fonction suppose: nous ne connaissons pas de nécessité plus urgente que celle de faire cesser au plus vite l'effroyable scandale causé par l'ignorance et l'immoralité de quelques-uns des médecins que les facultés actuelles imposent à la société.
Sect. lre. — Du Baccalauréat-cs-Lcttres.
L'enseignement de l'Université dans les collèges royaux se termine aujourd'hui par un cours complet de philosophie, et par un cours de sciences qui embrasse les mathématiques élémentaires (les éléments de la géométrie et l'algèbre jusqu'aux équations du deuxième de-
gré), la physique, la chimie, et, dans quelques cas, la zoologie. Cet enseignement est, par sa nature même autant que par sa durée , essentiellement incomplet ; et nous ne pensons pas qu'il soit, dans la majorité des cas, d'une grande utilité aux élèves qui y assistent. — La Philosophie, qui forme incontestablement la partie la plus importante de l'enseignement universitaire, est totalement négligée par la plupart des élèves, ainsi que l'on peut s'en convaincre par la déplorable ignorance dont témoignent, à cet égard, les examens du baccalauréat-ès-lcttres : et ce résultat nous paraît attribuable, et à l'incrédulité que les professeurs eux-mêmes ne témoignent que trop souvent à l'égard de leur propre enseignement, et à la grande prépondérance que l'on a voulu donner, dans ces derniers temps, aux études mathématiques que l'on a exaltées comme seules positives. — La Mathématique , sur laquelle on insiste tant comme essentiellement propre à former , par la rigueur des procédés, la logique des élèves, la mathématique ellemême ne s'enseigne jamais dans notre université à titre de méthode, mais toujours à titre de science; et il en résulte que l'élève n'en recueille jamais réellement aucun des avantages qu'il pourrait légitimement en attendre. Aussi, parmi ceux qui ont fait dans les collèges royaux même leurs mathématiques spéciales, il n'en est certes qu'un fort petit nombre qui pourraient exposer la nature des procédés logiques dont ils se sont servis dans leurs démonstrations : il en est à peine un seul qui pût développer et rendre compte de la méthode générale dont il a fait usage. — Enfin, quant à l'enseignement purement scientifique, il est véritablement nul, parce qu'il est impossible de donner en quelques leçons des notions suffisantes de chimie, de physique et de zoologie, à des élèves qui sont complètement étrangers à toute connaissance scientifique : — il est nul surtout, parce que le but
général que l'on se propose d'atteindre, et la méthode dont on fait usage pour atteindre ce but , sont tous deux également vicieux.
Nous proposons de modifier ainsi qu'il suit cette portion de l'enseignement universitaire.
La dernière année des éludes dans les collèges royaux sera exclusivement consacrée à l'étude de la Philosophie et de la Science de l'histoire.
La Philosophie sera divisée en morale , en ontologie et en logique.
Dans la logique rentrera, à titre de méthode, l'enseignement de la méthode mathématique, et des méthodes de classification usitées en histoire naturelle, animale et végétale.
L'enseignement de la science de l'histoire aura pour but spécial de démontrer aux élèves l'existence de la loi du progrès dans le développement des sociétés humaines, et de leur faire comprendre comment, en acquérant une plus grande somme de liberté, les hommes reçoivent en même temps une responsabilité plus grande, et contractent envers la société de plus grandes obligations.
Nul ne pourra se présenter aux examens du baccalaurèat-ès-lettres s'il n'a terminé ses études dans un collège approuvé par l'Université.
Tout candidat au grade de bachelier-ès-lettres sera tenu de présenter au secrétaire de la faculté un certificat du proviseur du collège, qui constatera sa présence aux cours pendant toute la durée de l'année scholaire, ainsi que des certificats écrits, rédigés et signés par les professeurs, qui constateront le degré d'aptitude et d'assiduité qu'il aura apporté à ses études. Il sera fait un rapport sur ces certificats.
L'examen du baccalaurèat-ès-lettres portera exclusi-
vement sur les études classiques , philosophiques et historiques de l'élève. Il sera insisté d'une manière spéciale sur les questions de méthode. L'examen sera d'autant plus sévère que les certiûcats présentés par l'élève seront moins favorables.
Nous insistons beaucoup sur la nécessité qu'il y a d'introduire dans les collèges universitaires un enseignement historique et philosophique complet, et d'en exclure cet enseignement scientifique véritablement dérisoire qui s'y fait aujourd'hui. 11 importe fort peu à la France que la majorité de ses enfants connaissent au juste les noms des corps simples admis par les chimistes, ainsi que la couleur de quelques précipités : il lui importe fort peu qu'ils aient été témoins de quelques expériences curieuses de photologie , d'électrologie ou d'acoustique , et qu'ils aient passé en revue quelques animaux mal préparés; mais il lui importe beaucoup, que tous ceux qui peuvent être appelés à diriger à un degré quelconque ses destinées , connaissent d'une manière générale l'histoire du développement des arts, des sciences, des institutions sociales et politiques : il lui importe beaucoup qu'ils apportent à toutes ces questions un sentiment commun , une méthode commune : — et c'est là précisément ce que ne donne pas l'enseignement universitaire aujourd'hui établi. D'ailleurs, pour tous ceux qui comprennent la tendance des études historiques depuis quelques années, il doit être évident qu'une instruction historique complète devra, avant longtemps, former la base indispensable de toute instruction scientifique spéciale.
Sect. II. — Des Écoles Scientifiques Préparatoires.
Il sera fondé, dans chaque chef-lieu de département, une Ecole scientifique préparatoire.
Nul ne pourra être admis clans ces écoles s'il n'est porteur d'un diplôme de bachelier-ès-lettres.
La durée des études dans ces écoles sera d'un an.
A la fin de l'année , un concours éliminera les deux tiers des élèves.
Les élèves éliminés seront admis aux examens du baccalauréat-ès-sciences.
Les élèves qui n'auront point été éliminés par le concours, ou qui auront été refusés à leurs examens, devront recommencer leur année d'étude.
Ceux qui, après trois années consécutives, seront reconnus incapables, seront renvoyés des écoles préparatoires.
L'enseignement, que nous désirons voir établi dans les Ecoles scientifiques préparatoires, ne serait, en aucune façon, un enseignement spécial : — ce serait, au contraire, un enseignement complètement encyclopédique, destiné à embrasser les généralités de toutes les sciences, et à montrer les rapports différents que celles-ci présentent entre elles. Un enseignement semblable ne peut être fait, à ce qu'il nous paraît, que d'un point de vue génésiaque, et en procédant de la cause universelle, Dieu, à notre ordre phénoménal actuel, en affirmant successivement les forces que Dieu a créées, les lois auxquelles ces forces sont soumises , et les phénomènes dans lesquels ces forces se manifestent. — Ainsi l'on exposerait d'abord les phénomènes principaux que présente notre système planétaire [Astronomie ) ; et l'on réfuterait toutes les doctrines philosophiques et cosmogoniques qui ont eu pour but de présenter cet ordre admirable comme une conséquence fatale des propriétés essentielles de la matière. — Alors, prenant notre sphéroïde terrestre en particulier, on remonterait aux premières époques géologiques, et l'on montrerait notre
terre soumise à des forces de l'ordre purement circulaire, dont on chercherait les lois générales et les principaux phénomènes (Physique : Chimie inorganique). — Puis, assistant en quelque sorte aux différentes transformations que notre globe a subies , on montrerait comment Dieu a successivement créé des formes organiques nouvelles, en leur assignant à chacune des fonctions nouvelles et spéciales; et l'on exposerait ainsi, d'une manière également sommaire et philosophique, la phytologie ,1a zoologie , Yanalomie et la physiologie générale et comparée. — Enfin l'on étudierait l'état actuel de notre globe : on examinerait la distribution relative actuelle des terres et des mers, la position et la direction des grandes chaînes de montagnes et des volcans, la position des lignes isothermes et magnétiques , la direction des grands courants marins et atmosphériques, la délimitation relative des espèces animales et végétales, etc.; et l'on exposerait les principaux phénomènes météorologiques et volcaniques, les tremblements de terre, etc. (Géographie physique, botanique, zoologique : Météorologie.)
Tel serait, à quelques modifications près , le plan général des études dans les Ecoles scientifiques préparatoires. Nous croyons que ce plan est facilement réalisable: nous croyons qu'il donnerait aux élèves une instruction scientifique infiniment supérieure, sous tous les rapports, à celle qu'ils reçoivent aujourd'hui dans les divers établissements universitaires ou extrà-universitaires : nous croyons aussi qu'il en résulterait , pour la génération qui s'élève, une amélioration morale considérable. Nul homme, nous en avons la conviction profonde, nul homme, après avoir été frappé dès ses plus jeunes années au coin de cet immense tableau, ne pourra consentir à consacrer sa vie aux misérables calculs de l'intérêt purement personnel; car il résultera de tout l'ensemble de
— ±29 — cet enseignement que le dévouement et le sacrifice sont les premiers devoirs de l'homme : qu'il ne peut être utile et moral qu'à ce titre : qu'en dehors de là il descend volontairement au rang des brutes , et mérite d'être traité impitoyablement comme elles. De cet enseignement à la fois scientifique et moral , et basé sur tout l'ensemble des connaissances humaines , il devra nécessairement résulter pour l'élève une conviction telle, que nul enseignement contraire ne pourra l'ébranler dans la ligne du devoir, qui lui sera ainsi démontré par tout le passé de l'humanité et du monde lui-même. Bacon a dit avec vérité: « qu'un peu de philosophie rendait athée, mais que beaucoup de philosophie ramenait à Dieu:» aussi croyonsnous que les jeunes hommes ainsi élevés seront à la fois religieux, dévoués et instruits: ils seront de plus suffisamment préparés à toutes les carrières scientifiques qui pourront leur être ouvertes , car chacune d'elles est fondée sur l'étude spéciale de quelques-unes des généralités qui leur auront été exposées.
Sect. M. De la Faculté de Médecine.
Toutes les facultés de médecine, autres que la Faculté de Paris , toutes les écoles secondaires de médecine, civiles ou militaires, sont supprimées.
La Faculté de médecine de Paris a seule le droit de conférer des diplômes de Docleur-en-médecine.
Nul ne pourra être admis à suivre les cours de la Faculté de médecine, s'il n'est muni d'un diplôme de Bacliclier-ès-sciences.
Nul ne pourra exercer en France une fonction médicale quelconque, s'il n'est muni d'un diplôme de Docteuren-médecine.
Tous les élèves, sans exception aucune , seront tenus d'assister à toutes les leçons de la Faculté ; mais ils ne de-
vront suivre que les cours de leur année d'étude. Leur présence aux leçons sera constatée par des préposes de la Faculté.
Les élèves qui, dans le trimestre , auront manqué un nombre déterminé de leçons, seront forcés de recommencer leur trimestre pour être admis aux examens.
A chaque chaire seront attaches des agrégés eu nombre variable suivant les nécessités du cours: — ainsi les cours d'anatomie et de chimie réclameront plus d'agrégés que les cours de phytologie et de zoologie , etc. etc.
Chacun de ces agrégés aura sous sa surveillance immédiate un nombre limité d'élèves.
Les fonctions des agrégés seront de deux ordres:
1° Ils devront diriger dans leurs études les élèves placés sous leur direction , en leur faisant rédiger et répéter les leçons de la Faculté : — en leur indiquant les ouvrages dans lesquels ils doivent puiser des renseignements et des développements : — en dirigeant leurs études anatomiques, leurs manipulations chimiques, leurs études pratiques en phytologie, en zoologie , etc. etc.
2° Ils exerceront sur les élèves une surveillance morale ; et ils seront chargés de faire à l'Université des rapports, et sur la conduite morale, et sur l'instruction scientifique des élèves qui leur sont confiés.
Afin que cette surveillance morale soit plus facile et plus complète, nous proposons d'assigner aux élèves de la Faculté de médecine un costume obligatoire: ce costume pourrait consister en une robe noire, comme dans les universités de Cambridge et d'Oxford ; en un uniforme particulier, comme pour les élèves de l'école polytechnique; en une marque distinctive quelconque, comme la palme des élèves de l'École normale , etc. etc.
Ce n'est point une manie puérile, qui prend l'uniformité pour l'ordre, qui nous pousse à demander cette
modification importante dans l'organisation actuelle des facultés de médecine. A nos yeux, la plus grande faute qu'un homme politique put commettre, serait une tentative de décentraliser la France ; et certes il n'existe pas de moyen de décentralisation plus puissant que la décentralisation de l'enseignement. Il y a de plus , pour le corps médical lui-même, un très-grand mal à ce que des facultés rivales, et qui enseignent souvent des doctrines contraires , puissent conférer les mêmes diplômes : il y aurait,, au contraire, un avantage très-grand à ce que tous les membres du corps médical fussent enseignés dans les mêmes doctrines et acceptassent une même méthode.
La suppression des écoles secondaires de médecine ne saurait, ce nous semble, rencontrer d'objections sérieuses: elles constituent évidemment, dans l'organisation actuelle de nos facultés , un double emploi complètement inutile : dans l'organisation que nous proposons d'établir, elles seraient remplacées avec grand avantage par les Ecoles scientifiques préparatoires.
EnGn le titre d'Officier-de-santé , que l'on confère encore aujourd'hui, et qui, quoi qu'on en dise, donne réellement tous les droits d'un diplôme de docteur-en-mëdecine, est un abus ridicule qui demande à être immédiatement réformé : il nous parait inouï qu'on ait pu laisser subsister aussi longtemps une institution en faveur de laquelle on ne peut avancer, en dernière analyse, d'autre argument que celui-ci: il faut être moins instruit pour guérir un habitant de la campagne que pour guérir un habitant des villes.
SECT. IV. Dm Premier de>jré d'Instruction médicale.
Les deux premières années d'études médicales seront consacrées à l'étude des sciences, que l'on peut appeler
élémentaires en médecine : la chimie organique et inorganique; Canatomie foimaine. et comparée; la phytologie; la
zoologie. Ces sciences devront être enseignées au point de vue de la pratique médicale, bien plus qu'où point de vue spéculatif: elles devront surtout être enseignées comme auxiliaires des sciences physiologiques , et nullement comme pouvant fournir des données absolues étrangères aux lois de la physiologie , et indépendantes d'elles. Il ne faut point oublier que la physiologie forme la seule base rationnelle des sciences médicales , et que, vis-à-vis d'elle, toutes les autres spécialités scientifiques ne sont que des moyens.
Nous rayons des cours de la Faculté de médecine , le cours de physique. Les connaissances de physique, que l'éiève aura puisées dans les écoles préparatoires, suffiront et au delà à toutes les nécessités de l'enseignement médical. Quant à l'introduction de la physique proprement dite parmi les sciences médicales, autant vaudraitil , ce nous semble , y introduire l'astronomie.
Après deux années d'études, les élèves seront admis à un concours qui en éliminera les deux tiers.
Les élèves éliminés par le concours devront subir quatre examens: — un examen de chimie, théorique et pratique : un examen d'anatomie, théorique et pratique : un examen de phytologie: un examen de zoologie.
Les élèves qui n'auront point été éliminés par le concours, ou qui auront été refusés à leurs examens, devront recommencer une nouvelle année d'études.
Les élèves admis prendront le titre de Bachelier-cn- Mèdecine.
Sect. V. Du Deuxième degré d'Instruction médicale.
Les bacheliers-en-médecine seront seuls admis à suivre les cours du deuxième degré.
Ces cours seront exclusivement consacrés aux sciences physiologiques , et à l'histoire des doctrines et des sciences médicales.
Les sciences physiologiques nous semblent devoir être successivement exposées aux élèves sous deux formes différentes : — elles seront exposées d'abord au point de vue des lois générales de la physiologie: ainsi, sous les lois de l'ordre circulaire seront exposées la circulation, la respiration, la nutrition des organes, la sécrétion, etc.: sous les lois de l'ordre sériel seront exposés tous les phénomènes de formation , l'organogénésie, l'embryogénie, les phénomènes des âges, etc. etc. — elles seront exposées ensuite du point de vue des fonctions organiques : ainsi l'on examinera successivement les fonctions de nutrition , les fonctions de locomotion , les fonctions de relation , les fonctions de reproduction , etc.
L'histoire de la médecine doit embrasser l'histoire de toutes les sciences médicales. Ce cours doit êlre fait dans le but de démontrer comment les doctrines philosophiques et scientifiques ont successivement modifié les sciences médicales, et consumé ainsi des doctrines médicales particulières; et comment ces doctrines ont à leur tour engendré des méthodes thérapeutiques nouvelles. A cette histoire des doctrines médicales pourrait être ajoutée une histoire des grandes épidémies, et, si faire se pouvait, une histoire des constitutions médicales. Enfin, une esquisse rapide des institutions médicales, et une analyse abrégée des principaux travaux des grands médecins, depuis Galien surtout, termineraient et compléteraient ce cours.
La création d'une chaire d'histoire médicale nous paraît d'une haute importance : en donnant aux études une direction véritablement scientifique, elle associera les travaux du présent et de l'avenir aux travaux du passé; et elle contribuera beaucoup à diminuer le scepticisme
qui n'existe que trop communément parmi les médecins aujourd'hui , en leur donnant la clef de toutes les divergences qui les choquent, et qui tendent à jeter de l'incertitude sur les conclusions de la science médicale ellemême. Enfin , et ce sera là sa grande utilité , elle servira à circonscrire nettement, et à déterminer, le terrain des découvertes nouvelles.
Les fonctions des agrèges seront les mêmes que dans les précédentes années.
A la fln des cours, un concours fera le départ entre les élèves qui devront être admis aux examens, et ceux qui devront recommencer une nouvelle année d'études.
Les élèves éliminés par le concours auront à subir deux examens : — un examen de Physiologie et un examen d'Histoire médicale.
Les élèves qui passeront leurs examens d'une manière satisfaisante prendront le titre de Licenciè-en- Médecine. Les autres suivront, pendant une année encore, les cours de la Faculté sous la direction de leurs anciens chefs d'étude.
Sect. VI. De la Thèse.
II sera dressé, soit par les professeurs et les agrégés de la Faculté de médecine, soit par les membres de l'Académie de médecine , soit enfin par la section de médecine de l'Académie des sciences , une liste fort étendue de questions médicales, entre lesquelles les licenciés-enmedecine seront appelés à choisir un sujet de thèse.
Ces questions devront toujours porter sur quelquesunes des innombrables lacunes qui existent dans les sciences médicales.
Les questions choisies par les licenciés seront retirées de la lisle.
Toute thèse devra être, autant que possible , divisée
en trois parties. — La première partie , purement historique, devra être consacrée à poser la question sous le véritable point de vue : à analyser les efforts qui ont déjà été tentés pour en obtenir la solution : à indiquer la direction des recherches qui restent encore à faire. — La deuxième partie, spéculative et expérimentale, renfermera l'exposition des recherches que l'élève a faites pour la solution de la question proposée , ainsi que l'indication des méthodes et des procédés dont il a fait usage. — Enfin, la troisième partie, purement dogmatique, résumera en des propositions formelles les conclusions générales auxquelles l'élève est parvenu.
Il sera nommé un comité d'agrégés chargé d'examiner les thèses des licenciés.
Toute thèse qui sera reconnue avoir une valeur véritablement scientifique sera imprimée aux frais de la Faculté de médecine ; et la question ne sera point remise sur la liste pendant un espace de temps plus ou moins considérable.
La latitude qui jadis était laissée aux élèves dans le choix , la disposition et l'étendue de leur thèse , présentait de graves inconvénients , dont le moindre était peutêtre d'offrir un choix illimité a des élèves qui , pour la plupart, étaient réellement incapables de choisir même dans des limites fort restreintes. La forme adoptée aujourd'hui, forme qui abolit tout choix et qui contraint l'élève de traiter une question désignée par le sort , offre des inconvénients non moins graves , et dont le moindre n'est pas de faire produire en pure perte pour la science à peu près tous les travaux des élèves de la Faculté. En effet : astreint à traiter une question qu'il n'a point spécialement étudiée , ou à chercher la solution d'un problème vers lequel ses études précédentes n'ont point été spécialement dirigées , l'élève se borne presque cons-
— 23(i — taniment à rechercher dans les travaux de ceux qui l'ont précédé les matériaux de la question qu'il est appelé à traiter, ou la solution du problème qui lui est donné à résoudre ; et son travail , qui se produit ainsi sans utilité aucune pour la science, ne sert tout au plus qu'à constater chez lui l'existence d'un talent de rédaction plus ou moins remarquable.
, Le projet que nous proposons nous paraît obvier à tous ces inconvénients, et présenter en même temps de grands avantages. La liste des questions de thèse étant dressée par le corps enseignant lui-même, la Faculté pourra conduire, dans la direction qui lui paraîtra la plus féconde, les recherches des élèves. Cette liste étant fort étendue, et embrassant tout le domaine des sciences médicales, l'élève pourra toujours choisir la question qu'il se saura le plus apte à traiter ; et il aura la certitude qu'en consacrant son travail à l'élucidation de cette question, il ne travaillera pas en vain à une œuvre déjà faite. La méthode historique que nous désirons voir imposée à toutes les thèses, tendra à donner à l'esprit de l'élève une direction véritablement scientifique , et servira en même temps à constater l'étendue de ses connaissances historiques et la portée philosophique de son esprit. L'uniformité qu'une méthode commune imprimera nécessairement à tous ces travaux , tout en laissant à l'élève la latitude nécessaire pour traiter sa question telle qu'il la comprend , en fera des monographies spéciales faciles à consulter en toute occasion. Enfin , la certitude que son travail , s'il est jugé utile , sera imprimé aux frais de la Faculté, engagera l'élève à donner à ce travail tout le développement qu'il jugera nécessaire.
Sect. VIL — Du Troisième degré d'Instruction médicale.
Il sera fondé, dans la plupart des grandes villes de
France, des hôpitaux d'instruction médicale (des Écoles médicales d'application ) , qui , pour leur organisation médicale, seront sous la dépendance immédiate de la Faculté de Paris.
Deux professeurs de la Faculté exerceront une haute surveillance sur la police médicale de chacune de ces Écoles d'application.
Le service de ces hôpitaux sera exclusivement fait par des agrégés de la Faculté.
Chaque agrégé aura un service de vingt-cinq lits au moins, de cinquante lits au plus.
Chaque agrégé aura sous sa surveillance immédiate six licenciés-en-médecine.
Nul ne sera admis dans ces hôpitaux s'il n'est parvenu au grade de licencié.
Chaque licencié sera affecté au service d'un nombre déterminé de malades.
Le service des licenciés-en-médecine consistera :
1° A rédiger les observations de tous les malades qui leur seront confiés, sans aucune exception. Les observations devront être signées de l'agrégé et de l'élève : elles seront rédigées en partie double ; l'une des copies sera envoyée aux archives de l'Académie de médecine, où elle concourra à former la base d'une statistique médicale qui ne sera plus complètement dérisoire ; l'autre copie sera déposée aux archives de la Faculté de médecine , pour concourir à former le dossier de l'élève qui l'aura rédigée.
2° A faire tous les pansements et toutes les opérations de petite chirurgie. (Le service qui est aujourd'hui confié aux internes et aux externes en médecine et en chirurgie.)
3° A faire toutes les préparations pharmaceutiques magistrales que le service des malades réclame. ( Le service qui est aujourd'hui confié aux internes on pharmacie.)
Il sera fait, dans ces Écoles d'application médicale, dos cours qui seront distribués ainsi qu'il suit :
Clinique interne j Clinique externe .
Pathologie interne > i cours. Pathologie externe > * cours.
Thérapeutique médicale / Thérapeutique chirurgicale j
Matière médicale 1
Accouchements I i cours. , , , > i cours.
Thérapeutique générale j
Nul licencié-en-médecine ne devra rester plus de six mois dans le service du même agrégé.
A la fin de la deuxième année , un concours fera le départ des licenciés qui pourront être admis immédiatement aux examens, et de ceux qui devront faire une troisième année de Stage.
Les licenciés éliminés par le concours subiront quatre examens répondant aux divers cours qu'ils ont dû suivre pendant leur stage.
Ceux qui auront passé leurs examens avec avantage seront appelés à subir leur thèse.
Après celte dernière épreuve, l'élève recevra le titre de Doclenr-en-médccinc.
Sect. VIII i — Des Agrégés.
Tout docteur-en-médecine, qui voudra concourir pour l'agrégat, devra se faire inscrire à la Faculté de médecine, en indiquant la chaire à laquelle il désire être agrégé.
A dater du jour de l'inscription il devra professer, dans un amphithéâtre de la Faculté qui sera mis à sa disposition à cet effet, un cours public et gratuit qui embrassera tout l'enseignement de la chaire à laquelle il désire être agrégé.
Ce cours devra durer deux années scholaires : il sera composé de deux leçons par semaine.
Le cours tout entier devra être rédigé par le professeur; toutefois, les leçons devront être orales.
Les professeurs de la Faculté devront assister de temps à autre aux leçons : ils en feront leur rapport à la Faculté.
Tout docteur-en-médecine de la Faculté de Paris, qui aura fait pendant deux années consécutives, dans un amphithéâtre de la Faculté , un cours public et gratuit, et qui se sera conformé aux conditions ci-dessus énoncées , sera admis à concourir pour l'agrégat.
Il sera nommé un comité d'agrégés pour examiner les titres des divers postulants , et pour en faire leur rapport.
Ces titres seront composés : 1° des procès-verbaux de tous les examens subis par le postulant : 2° des observations médicales recueillies par le postulant pendant son stage : 3° des notes que le postulant a rédigées pour son cours : 4° des rapports des professeurs qui ont assisté aux différentes leçons de ce cours : 5° de ses ouvrages , etc.
Il sera dressé une liste suffisamment étendue de questions, parmi lesquelles chaque postulant devra choisir un sujet de thèse.
Il sera accordé aux candidats un temps suffisant pour que leur thèse puisse être traitée avec tous les développements convenables.
La thèse de chaque candidat sera discutée par tous ses concurrents.
Les juges du concours , exclusivement composés de professeurs et d'agrégés, nommeront sans appel et sans sanction.
Les agrégés sont nommés pour un temps limité.
Les agrégés de la Faculté seront suffisamment rétribués pour qu'il leur soit possible de consacrer tout leur
temps à l'instruction des élèves qui leur sont confiés : aussi toute clienielle leur sera-t-ellc interdite.
Nous ne saurions trop insister sur les fonctions des agrégés , parce que ces fonctions nous paraissent d'une nécessité et d'une importance extrême. On ne se fait pas une idée de la quantité de jeunes gens qui , rebutés par les dégoûts d'un travail ingrat , entrepris sans méthode et mal dirigé , vont oublier les dégoûts de leurs pénibles études au milieu des folles joies de la débauche , et reportent ensuite un cœur et des habitudes dépravées au sein des familles, où les fuit appeler la confiance qu'inspire un titre qu'ils ont usurpé. Il faut être arrivé seul , sans conseil et sans guide, au milieu du désordre des facultés actuelles , pour concevoir toute l'économie de temps, et tous les avantages moraux, qui peuvent résulter pour les élèves et pour la société d'une direction sage et bien entendue confiée à des hommes probes et instruits. Ces hommes, vivant constamment avec les élèves, leur communiquant, à l'aide des conseils de l'intimité, et les préceptes moraux et les principes scientifiques les plus propres à en faire des médecins honnêtes et savants , pourraient changer complètement la génération médicale qui s'élève, et qui, pour son honneur et pour le repos de la société , ne ressemblerait en rien à celle qui existe aujourd'hui.
Sëct. IX. — Des Professeurs.
Les professeurs de la Faculté de médecine seront nommés pour un temps limité.
Lorsqu'une chaire vient à vaquer, les agrégés auprès de cette chaire nomment parmi eux, sans concours, sans appel et à la simple majorité, l'agrégé qui leur paraît le plus propre à remplir les fonctions de professeur.
Les fonctions des professeurs sont les suivantes :
Us font des cours auxquels tous les élèves doivent assister, ainsi qu'il a été dit, et que les agrégés doivent développer, expliquer et faire répéter à ces mêmes élèves. Us maintiennent ainsi l'unité de l'enseignement.
Us président à tous les examens.
Us président aux concours pour l'agrégat.
Ils assistent irrégulièrement aux cours des docteursen-médecine qui enseignent dans les amphithéâtres de la Faculté.
Us exercent une haute surveillance sur la police médicale des écoles d'application.
Telle est l'organisation que nous désirons voir établir dans la Faculté de médecine. Nous n'avons aucunement l'espoir qu'une constitution du corps enseignant , qui commande tant et de si grandes réformes , puisse être adoptée intégralement et sans transition aucune : nous la présentons , non comme un projet qui doive être mis à une exécution immédiate , mais comme un résultat définitif qu'il faudra atteindre par de longs, par de pénibles efforts : nous la présentons encore, non comme une organisation parfaite dans la sous-division et la distribution des détails, mais comme une organisation fondée sur les bases qu'il faudra bien un jour adopter dans les facultés enseignantes. Il est tellement évident que les Institutions d'enseignement doivent avoir pour but unique l'éducation et l'instruction la plus complète et la plus solide des élèves : il est tellement évident que les facultés de médecine ont de plus une responsabilité sociale extrême , en ce qu'elles confèrent un diplôme et un titre en vertu desquels s'exerce une véritable magistrature : il est tellement évident , enfin , que les facultés enseignantes qui existent aujourd'hui ne répondent, en aucune façon, à ce double intérêt de l'élève et de la so-
ciète , quil faudra bien un jour porter la réforme jusque dans le principe même de cette organisation vicieuse ; et alors force sera bien d'adopter quelque organisation semblable à celle que nous venons d'exposer.
Le mode que nous proposons de suivre dans la nomination aux fonctions d'agrégé et de professeur, nous paraît être celui qui répond le plus directement et le plus complètement au but que l'on doit avant tout se proposer d'atteindre: — celui de donner aux élèves, pour guides et pour directeurs dans leurs études, des hommes probes et honnêtes, dont les habitudes soient studieuses, dont la méthode scientifique soit bonne, dont l'instruction soit générale et solide, et qui, de plus, soient aptes à transmettre aux élèves les connaissances qu'ils possèdent. Or, nous croyons que ce but sera pleinement atteint par les conditions diverses auxquelles nous avons soumis la nomination des agrégés. Les Fifres (i)itcricurs qu'ils devront soumettre au comité du concours répondront des habitudes studieuses des candidats depuis huit années consécutives au moins, et témoigneront en même temps de létendue et delà solidité de leur instruction médicale. Leur Thèse, soumise aux conditions que nous avons indiquées, servira à constater avec une exactitude suffisante, et les méthodes qu'ils appliquent aux recherches scientifiques et l'aptitude qu'ils apportent à la discussion et à la démonstration des propositions. Enfin les Happons, adresses à la Faculté par les professeurs différents charges de surveiller leurs leçons publiques, établiront, et au-delà, leur aptitude à transmettre leurs connaissances par l'enseignement oral.
Quant à l'élection des professeurs, elle ne nous paraît présenter aucune difficulté réelle. Evidemment ceux qui ont été agrégés pendant plusieurs années auprès d'une chaire, dans les conditions que nous leur avons assignées, sont aussi ceux qui sont les plus propres a remplir les
tondions de professeur à cette même chaire : évidemment encore , les agrégés eux-mêmes sont plus aptes que tout autre à nommer parmi eux l'homme le plus capable d'ac complir ces mêmes fonctions.
Enfin, il faut que les fonctions de professeur et d'agrégé soient temporaires et révocables, afin que ceux qui les occupent soient contraints d'y employer une activité incessante, et de se maintenir constamment au niveau de la science, afin d*en pouvoir diriger l'enseignement : — il faut que ces fonctions soient suffisamment rétribuées, afin que ceux qui les occupent puissent y consacrer tout leur temps: — il faut enfin que ces fonctions soient rendues complètement incompatibles avec toute clientelle , afin qu'elles ne puissent jamais devenir, entre les mains d'hommes peu scrupuleux, un moyen de plus pour accroître et pour exploiter la faveur publique 1 .