CHAPITRE II Epithéliome et Carcinome
Sommaire. — Origine le plus souvent commune de l'épithéliome et du carcinome. — L'épithéliome naît et se développe par involution. Exemples : Epithéliomas des feuillets externe et interne, hétéradénomes 'et adénomes. — Différentes opinions sur les relations d'origine et de forme qu'affectent entre eux ces deux néoplasmes. — Le carcinome est le plus souvent le résultat de la transformation d'un epithéliome. - Un épithéliome se transforme en carcinome lorsque ses éléments pénètrent dans le tissu conjonctif. — Critique. La distinction entre certaines formes de tumeurs conjonctives, de carcinome et d'épithéliome est parfois impossible et inutile.
Dans notre premier chapitre, nous avons montré, d'une part, combien sont grandes les ressemblances morphologiques qui existent au point de vue des cellules, entre les tumeurs conjonctives et le carcinome (i). D'autre part, nous avons insisté sur la difficulté que l'on peut éprouver, au simple point de vue de
(i) On pourrait, d'après ce que nous avons dit dans le chapitre précédent, nous reprocher l'emploi des mots carcinome et épithéliome; nous les conservons parce qu'ils sont compris de tout le monde, en France, et qu'on pourra ainsi mieux nous suivre.
r examen histologique, à distinguer le carcinome des tumeurs épithéliales proprement dites, et nous en avons conclu que cette distinction n'est pas nécessaire. Nous nous proposons maintenant d'établir, que le carcinome, considéré par plusieurs auteurs recommandables, comme une tumeur conjonctive, se comporte, le plus souvent, eu égard à son origine et à son évolution, comme une tumeur épithéliale. Nous aurons ainsi démontré que le carcinome est un bon exemple de transition entre les néoplasmes conjonctifs et les néoplasmes épithéliaux.
Le processus qui préside à la formation et à l'accroissement de toute tumeur épithéliale est celui que M. Robin a désigné sous le nom de processus iïinvolution ; c'est lui aussi qui détermine la formation des glandes à l'état physiologique ; les productions épithéliales pathologiques ne diffèrent donc pas en cela de ce qu'on observe à l'état normal. Nous avons déjà longuement décrit la série des phénomènes d'involution épithéliale, lorsque nous avons parlé des développements du testicule et de l'ovaire ; nous prendrons ici, pour nouvel exemple, le développement des glandes delà peau.
Au troisième mois de la vie intra-utérine, l'ectoderme est formé d'une couche de cellules cylindriques. Lorsqu'uneglandesébacéeousudoriparevase former, la couche cellulaire de revêtement se déprime en doigt de gant, s'invagine en formant dans le derme une sorte de bourgeon. De nouvelles cellules s'ajoutent aux premières, la dépression se creuse de plus en plus et se termine par une extrémité borgne. Plus tard
les deux ordres d'organe glandulaire se différencient : les glandes sudoripares se développent seulement en profondeur, leur cavité est toujours unique; pourles glandes sébacées, au contraire, des bourgeons multiples apparaissent sur les côtés du bourgeon primitif, de sorte que plusieurs culs-de-sac glandulaires renflés en massue à leur extrémité libre, sont appendus à un canal excréteur unique.
Lorsque la fonction physiologique de la glande commence à s'établir, l'activité formative des cellules se tourne dans un autre sens : les cellules se multiplient non plus pour contribuer à augmenter le volume de l'organe, mais pour subir des métamorphoses, qui aboutissent à la formation du sébum, de la sueur, ou du lait, s'il s'agit de la glande mammaire, etc. Cette production de culs-de-sacs glandulaires simples ou multiples, constitue ce qu'on appelle les phénomènes d'involution, d'ïntrorsion.
Il est facile de constater que les choses se passent bien ainsi. Sur la paroi des glandes pilo-sébacées, on retrouve les différentes couches du corps de Malpighi ; la couche la plus extérieure des culs-de-sacs est formée de cellules cylindriques semblables aux cellules les plus profondes du corps muqueux, preuve évidente que les glandes sont le résultat d'une invagination.
Les épithéliomes se développent de la même manière; les cellules de nouvelle formation, au lieu d'évoluer dans le sens physiologique d'une sécrétion, par exemple, reprennent leur rôle d'accroissement qu'elles avaient au moment où la glande se formait;
leur augmentation de nombre donne naissance à des prolongements analogues à des culs-de-sacs glanduliformes dont l'accumulation constitue une tumeur; elles semblent, en outre, ne pas pouvoir atteindre la forme normale et présentent des formes diverses que Waldeyer et M. Malassez désignent sous le nom de métatypiques (i).
En un mot, lorsqu'une glande sébacée ou sudorale, par exemple, donne naissance à une tumeur épithéliale, le phénomène normal dévolution se continue dans la profondeur de l'organe ; la glande d'abord simple ou peu s'en faut, se complique de plus en plus et arrive au feuillet moyen, toujours sous la forme d'introrsions épidermiques en conservant plus ou moins longtemps un aspect glandulaire.
Ces mêmes faits d'introrsion président au développement des prolongements interpapillaires que le corps muqueux de la peau et des revêtements épithéliaux envoie dans le derme. Dans le phénomène de pénétration réciproque du derme et de l'épiderme, les cônes interpapillaires se développent par introrsion. Si les tumeurs épithéliales qui y prennent naissance revêtent la forme lobulée ou tubulée, au lieu de prendre l'aspect glanduliforme, cela tient à la destination physiologique non glandulaire des cônes
Nous allons appliquer ces données générales aux différentes tumeurs épithéliales qu'on observe sur les tissus émanés des deux feuillets externe ou interne du blastoderme; par la même occasion, nous pour-
(i) Voyez fig. 10 et 1 5
rons faire remarquer que la plupart des tumeurs décrites sous les noms d'hétér adénomes et d'adénomes ne sont en somme que des épithéliomes ayant gardé plus ou moins l'aspect normal du tissu où ils ont pris naissance. En tout cela, nous ne ferons qu'une étude d'ensemble ; nous renvoyons, pour les détails, aux descriptions qui sont données par tous les auteurs.