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CHAPITRE I

De la cellule dans les tumeurs

Sommaire. — Origine de la cellule dans les tumeurs. — Cellulesmères. — Cellules embryonnaires et cellules-filles — Modifications graduelles de forme de la cellule dans les tumeurs conjonctives, et dans les, sarcomes, myxomes, fibromes, gliomes, enchondromes, ostéomes. — Tumeurs dites épithéliales. — Cellules cancéreuses. — Description succincte du carcinome et de Pépithéliome. — Lois de transition entre les tumeurs conjonctives et les tumeurs épithéliales : i° le carcinome constitue une transition entre les tumeurs conjonctives et les épithéliomes ; 2" l'endothéliome constitue une transition du même genre. — Identité possible des épithéliums malpighiens et des cellules conjonctives, d'après les travaux de M. Ranvier. — Carcinome.

Comment naissent et se multiplient les cellules dans les néoplasmes ? Plusieurs théories sont en présence : celle du blastètne, celle de la prolifération cellulaire qui comprend aussi la théorie de la formation endogène.

Le fait d'une prolifération cellulaire n'est pas douteux ; il s'observe avec la plus grande facilité sur toutes les tumeurs de la série conjonctive, et sur

bon nombre de tumeurs glandulaires, c'est-à-dire épithéliales. Toutefois, dans ces dernières, il est plus fréquent de trouver les culs-de-sac, qui normalement ne présentent qu'une couche épithéliale revêtant la paroi, sur la mamelle par exemple, il est plus fréquent de trouver les culs-de-sac remplis d'une substance amorphe, granuleuse, parsemée de noyaux, non divisée en cellules (fig. 10). La constatation de ce fait est plus favorable à l'idée de la formation d'un blastème, d'un exsudât qui remplirait la cavité du cul-de-sac, deviendrait ensuite granuleuse et serait enfin le siège d'une genèse de noyaux au sein de sa masse ; celle-ci subirait plus tard un clivage plus ou moins complet. Mais nous devons reconnaître que, d'une manière générale, l'apparition de la substance interposée entre les noyaux est postérieure à l'apparition de ces derniers. Il nous est donc impossible de nous prononcer pour ou contre la théorie du blastème ; mais, d'après l'observation des faits, il est permis de la croire fondée dans une certaine mesure.

On regarde généralement comme le résultat d'une formation endogène, la présence d'un nombre plus ou moins grand de noyaux dans une masse de protoplasma, la formation des cellules-mères, en un mot. Il y a plutôt là, croyons-nous, le fait d'une prolifération par segmentation, de noyaux qui sécrètent au fur et à mesure de leur production, la substance protoplasmique qui les entoure ; ainsi sur la figure 10, on voit un noyau volumineux, en bissac, sur le point de se segmenter complètement ; il est entouré d'une

masse protoplasmique plus volumineuse que celle des autres cellules voisines uninucléées.

Peut-être cette interprétation serait-elle applicable au cas, cité plus haut, de culs-de-sac glandulaires ou de tube d'épithélioma remplis de substance granuleuse et nucléée, sans traces de division en cellules.

On pourrait être tenté de considérer encore comme exemple de formation endogène, le cas suivant que l'on observe quelquefois ; dans une cellulemère sont enclavées une ou plusieurs cellules polygonales, d'aspect épithélial, contenant un noyau, dont les contours sont bien dessinés par un espace linéaire et vide. On pourrait croire alors à la formation d'une cellule épithéliale dans une autre cellule. Généralement, il ne s'agit là que de cellules-mères, sur le point de se désagréger en cellules-filles, par la production de plans de clivage autour de chaque noyau, et il peut arriver, par exception, que ce processus de dissociation soit plus avancé vers le centre que vers la périphérie de la plaque-mère : d'où peut naître l'aspect que nous venons de décrire.

Ces cellules-mères dont nous parlons ont, en miniature, la constitution des bourgeons charnus. Ces derniers, en effet, en laissant de côté les vaisseaux, sont constitués d'une masse finement granuleuse contenant de nombreuses cellules embryonnaires ; la même définition peut se rapporter aux cellulesmères, cellules gigantesques, cellules géantes, des auteurs : il n'y a d'autre différence que celle du petit au grand. Ces éléments semblent n'être que des réunions de noyaux dans un protoplasma non

divisé en cellules, dans une substance dont chaque noyau ne s'est pas encore approprié sa part.

Ici se place une discussion importante sur la nature de l'élément cellulaire qui a reçu le nom de myéloplaxe, cellule-mère, cellule gigantesque, cellule géante.

J. Mùller et Rokitansky sont les premiers qui en aient parlé. Ils avaient observé ces formes cellulaires dans les sarcomes, les enchondromes et les considéraient comme une cellule-mère unique dont les noyaux, en se séparant, constituaient ensuite des cellules-filles. Telle est aussi l'opinion de Virchow, de MM. Cornil et Ranvier.

MM. Robin et Eugène Nélaton les ayant constatées à la fois sur les os et les tumeurs osseuses, en font un élémentpropre à celles-ci. Paget leur accorde la même signification et donne aux tumeurs osseuses qui en présentent le nom de myeloïd-tumors.

Plus récemment on a décrit, dans la tuberculose, la morve, la syphilis, sous le nom de cellules géantes, des éléments que Ton n'a tout d'abord pas comparés aux véritables myéloplaxes de Robin. En effet, les cellules géantes des diathèses diffèrent des plaques à noyaux multiples, parleur tendance à subir des dégénérescences régressives, tandis que les cellules-mères des néo-formations inflammatoires ou néoplasiques tendent continuellement à produire des cellules embryonnaires.

Disons encore que Leboucq (de Gand, 1876), MM. Malassez et Monod, ont trouvé des éléments de même nature qui semblaient présider à la formation de vaisseaux sanguins. Ces deux derniers auteurs

ont décrit, dans une tumeur, des myéloplaxes s'anastomosant les uns avec les autres, présentant de véritables pointes d'accroissement, ayant un protoplasma assez grossièrement granuleux, des noyaux ovoïdes à gros nucléoles, des vacuoles, voire même des cavités remplies de globules sanguins, en un mot des éléments semblables aux cellules et aux éléments vaso-formateurs. Pour MM. Malassez et Monod, ce sont là des vaisseaux incomplètement développés. Il est possible, ajoutent-ils, que tout ce qu'on a appelé des cellules-mères, géantes, myéloplaxes, soient des éléments incomplètement développés, mais ils n'admettent pas comme démontré que ces éléments soient tous de même nature histologique : les cellules-mères ou plaques à noyaux multiples, observées dans les tumeurs, correspondent le plus souvent à un mode de formation des cellules embryonnaires. Bientôt, la substance fondamentale se divise par des incisures ; des plans de clivage se forment autour de chaque noyau ; le tout constitue alors une accumulation de cellules embryonnaires libres, composées chacune d'un protoplasma contenant un noyau nucléolé.

Nous ajouterons que les myéloplaxes et autres éléments semblables se rencontrent non-seulement dans les états embryonnaires du tissu conjonctil (bourgeons charnus, cavités séreuses, tumeurs osseuses), mais aussi dans ceux du tissu éphithélial. Dans les épithéliomes tubulés, que l'on considère généralement comme une forme embryonnaire des néoplasmes épithéliaux, il est fréquent d'observer des tubes relativement très petits dont le contenu est

formé d'une masse de protoplasma parsemée de noyaux. Il est souvent difficile, dans ce cas, d'établir une différence entre ces masses épithéliales embryonnaires et les éléments décrits comme des myéloplaxes, des cellules géantes viables, etc; et la présence d'éléments de même nature, à la fois dans les tumeurs conjonctives et les tumeurs épithéliales, nous fournit une occasion nouvelle de faire observer les analogies qu'ont entre elles ces deux classes de tumeurs.

Nous venons d'étudier la cellule embryonnaire en elle-même. Voyons maintenant quelles modifications elle peut subir et les aspects sous lesquels nous allons la retrouver, soit dansles différentes sortes de tumeurs, soit dans les tissus normaux qui servent de types à celles-ci.

Lorsque nous aurons achevé cette étude, il deviendra facile de comprendre la complexité fréquente des tissus qui entrent dans la composition d'un néoplasme, en se disant qu'ils dérivent tous de la cellule embryonnaire. L'important est donc de montrer les transitions qui conduisent insensiblement aux types parfaits.

Sans changer notablement de forme, la cellule embryonnaire peut se présenter sous des volumes très variables, tout en restant sensiblement arrondie ou très légèrement ovalaire. Elle se rencontre avec cette variété de volume dans les sarcomes dits encéphaloïdes, mot qui rappelle leur apparence macroscopique ; sarcomes mieux nommés embryonnaires ou embryoplastiques, d'après leur constitution histolo-

gîque (fig. i). Un certaîn nombre d'auteurs, parmi lesquels Virchow et Rindfleisch, ont tenu compte du volume différent des éléments qui forment ces tumeurs; il les ont appelées sarcomes globo-cellulaires, voulant indiquer par là que leurs cellules sont arrondies, et les ont divisées en sarcomes à grandes

Fig. i. (i) — Sarcome g-lobo-cellulaire à grandes et à petites cellules. — Granulations moléculaires libres constituant, en partie, la substance intercellulaire. — Dissociation. — Ocul. 3, Obj. 7 (2).

et à petites cellules. Cette division et un peu arbitraire, car, en réalité, toutes les dimensions peuvent s'observer sur les cellules de la même tumeur ; il y a seulement prédominance plus ou moins marquée d'éléments globo-cellulaires de grand ou de petit volume.

Nous rappellerons qu'un sarcome globo-cellulaire peut sembler n'être constitué que par des noyaux libres; ce n'est là qu'un accident de préparation. Lorsqu'on se borne à un examen par raclage, surtout vingt-quatre heures après l'extirpation, le proto-

(1) Dû à l'obligeance de M. A. Carrier. 1880.

(2) Tous nos examens ont été faits avec des objectifs et des oculaires de Vérick.

plasma qui entoure ces noyaux est détruit au point de les laisser complètement isolés. Mais que de petits fragments soient plongés dans l'alcool au tiers ou dans le liquide de Mùller, et qu'on en fasse avec soin, une dissociation ou des coupes, on retrouve toujours des cellules embryonnaires complètes, c'est-à-dire des noyaux entourés de leur protosplasma. Dans ces cellules, le noyau et le protoplasma peuvent former des combinaisons à l'infini, suivant leurs dimensions réciproques. Ainsi un noyau petit, de 0,004 de millimètre environ, entouré d'une mince zone protoplasmique, formera une petite cellule, tandis qu'un gros noyau, de 0,010 à 0,014 de millimètre, granuleux, muni de deux ou trois nucléoles, ne correspondra encore qu'à une faible quantité de protoplasma. Ailleurs ce dernier l'emportera considérablement sur les dimensions du noyau ; ou bien une grosse cellule pourra être formée à la fois d'un noyau et d'un protoplasma volumineux. Il n'y a aucune règle fixe à cet égard.

Peu à peu les cellules embryonnaires s'écartent de leur type primitif et alors apparaissent, non plus des modifications de volume, mais surtout des changements de forme. Des exemples de ces transitions insensibles existent dans le tissu conjonctif normal en voie de développement, ainsi que dans l'organisation du tissu de granulation (bourgeons charnus). Pour nous en tenir aux tumeurs, il nous faut entrer maintenant dans la description d'une variété de sarcome dite sarcome fasciculé ou fibroplastique. Les cellules y sont franchement allongées

et fusiformes ; chacune correspond, par sa partie renflée ou ventre, à l'extrémité effilée de cellules voisines. Leur noyau est plus ou moins ovoïde, à un ou deux nucléoles ; leur protoplasma est légèrement granuleux, elles sont unies par un ciment intercellulaire, en général très peu abondant. Il ne faut pas croire toutefois que ces cellules communément désignées, depuis Lebert, sous le nom de corps fibroplastiques, arrivent d'emblée à des formes bien différenciées ; d'après leur âge et leur organisation, on peut distinguer entre elles plusieurs degrés dont nous allons indiquer les principaux.

A un premier degré, le corps fibro-plastique diffère très peu de la cellule embryonnaire. Le noyau est encore arrondi ; il retient seulement aux deux extrémités d'un de ses diamètres, une petite quantité de protoplasma clair qui se termine par une pointe encore sensiblement mousse et non pas effilée. Il semble, pour mieux dire, que le protoplasma se soit aggloméré aux deux extrémités d'un des diamètres du noyau de manière à donner à l'élément total une forme allongée. La longueur est de 0,0 10 de millimètre environ, et plus, sur o,oo5 à o, 010 de mill. de large ; de sorte que les dimensions longitudinales l'emportent de deux à quatre fois sur les transversales. Ce n'est pas encore là le véritable corps fibro-plastique.

A un degré plus avancé d'organisation (fig. 2) on se trouve en présence de la forme à laquelle on donne ce nom. La cellule est alors beaucoup plus allongée que précédemment; ses extrémités sont effilées en pointes;

elle a de 0,010 à 0,100 mill. de long sur 0,010 à 0,020 de large ; le noyau est allongé et ovoïde ; le protoplasma devient granuleux. Enfin, dans les sarcomes fascicules avancés en âge, l'élément cellulaire est encore plus allongé (fig. 2); il contient un ou

Fig. 2. — 1. Second degré de la forme fuso-cellulaire ou fibro-plastique (1). — Ocul. i, Obj. 3.

2. Eléments fuso-cellulaires ou fibro-plastiques proprement dits (2). — Ocul. 1, Obj. 3.

plusieurs noyaux ; ses deux extrémités donnent naissance à des pointes effilées. « Sa longueur est si énorme, dit Rindfleisch, qu'à un grossissement de 200, leurs deux extrémités sont encore séparées par trois fois le diamètre du champ du microscope. (3) » Pour notre part, nous n'en avons jamais trouvé d'aussi

(1) Dû à l'obligeance de M. le professeur agrégé D. Mollière. — Femme de 38 ans. Tumeur de l'extrémité supérieure de l'humérus. Désarticulation le 27 oct. 1880. Récidive trois mois après. Mort. Généralisation aux poumons sous forme de nodules de consistance cartilagineuse.

(2) Préparation fournie à M. le professeur Pierret par M. Pitres. Fait partie de la collection du laboratoire d'Anatomie pathologique.

(3) Rindfleisch, Traité d'histologie palh., p. 140.

longs. Assez souvent les pointes sont assez nombreuses, assez développées, anastomosées avec celles des cellules voisines, pour que, la forme en fuseau dominant cependant, la cellule ait un aspect étoilé.

Lorsque les corps fibro-plastiques sont serrés les uns contre les autres, ils ne restent pas cylindriques ; chacun d'eux joue, par rapport à ses voisins, le rôle des faisceaux lamineuxsur leurs cellules de recouvrement, dans certaines variétés du tissu conjonctif. On sait que, sur les tendons, les faisceaux parallèles sont très rapprochés et compriment les cellules qui les recouvrent. Celles-ci, pour trouver leur place, envoient entre eux des prolongements de leur protoplasma sous forme d'ailes membraneuses ; de sorte qu'une cellule peut présenter trois ou quatre de ses ailes et qu'ainsi naissent ce qu'on appelle des crêtes d'empreinte. Il en est de même pour les éléments du sarcome qui se déforment, s'aplatissent, prennent des crêtes d'empreinte par suite de la pression réciproque qu'ils exercent les uns sur les autres. Cette disposition s'observe surtout dans une sorte de tumeur sur laquelle les auteurs ne sont pas d'accord quant à la place qu'il convient de lui assigner dans la classification ; les uns, MM. Cornil et Ranvier entre autres, la rangent parmi les sarcomes (sarcome angio-lithique), d'autres, avec M. Robin, la désignent sous le nom Ôl épithélioma des séreuses ou encore endothéliome. Cette tumeur ressemble, en effet, par places, à du sarcome fasciculé ; en d'autres points, à de l'épithéliome, et nous verrons qu'elle est une forme de transition entre ces deux espèces si différentes. Il

nous suffit, pour le moment, d'avoir signalé l'aspect aplati et légèrement membraneux que peuvent présenter les cellules même du sarcome fascicule.

Il est une remarque qu'il importe de faire. C'est que le corps fibro-plastique n'est pas toujours fusiforme, bien que ce soit là l'aspect dominant. La masse centrale de protoplasma, qui entoure le protoplasma, envoie souvent un ou deux prolongements supplémentaires qui donnent à la cellule un aspect stellaire. Cette forme est une transition, un passage à la forme rayonnée dont nous parlerons tout-àl'heure. Elle s'observe sur un grand nombre de tumeurs mixtes, à la fois sarcomateuses et myxomateuses; sur une même préparation, on peut trouver des parties composées de corps fibro-plastiques, aux limites desquelles s'observe cette forme stellaire qui, en s' accentuant de plus en plus, aboutit progressivement à des parties constituantes de myxome pur (fig. 3-2).

Enfin, dans certains sarcomes, les cellules se présentent avec des caractères qui ne permettraient guère de les distinguer de celles du carcinome; c'est lorsqu'elles sont globuleuses, à grandes dimensions, à noyaux très volumineux ; lorsqu'elles ont un nombre variable de prolongements, ou bien sont arrondies et affectent, en un mot, des formes très diverses sur la même préparation. Pour faire le diagnostic anatomique, on ne peut s'en tenir aux simples renseignements fournis par le raclage, sinon l'on risque fort de commettre une erreur. Comme pour la plupart des tumeurs, il fautpra-

tiquer des coupes qu'on examine à un grossissement assez faible (i5o diamètres), et Ton doit alors tenir compte surtout de la disposition générale, de l'arrangement de l'élément cellulaire, et surtout de l'état de la substance intermédiaire qui fournit alors les indications les plus précieuses. « Il n'y a aucun problème plus difficile à résoudre dans l'onkologie que celui de distinguer, dans certaines circonstances, le sarcome médullaire globo-cellulaire et le carcinome... (i). »

« L'analogie des sarcomes médullaires est très grande, et l'examen doit naturellement d'autant plus rencontrer d'obstacles, s'il est vrai, comme je l'ai énoncé, qu'il y ait des formes mixtes de carcinome et de sarcome. Si, en certains endroits des sarcomes, le développement cellulaire s'effectue si rapidement qu'il ne se forme plus de substance intercellulaire, et si les cellules prennent dans leur développement ultérieur, un caractère épithélial, il se produira un carcinome.Mais tant qu'il se forme encore de la substance intercellulaire, et tant que les cellules conservent le caractère du tissu connectif, on ne devrait parler que de sarcome (2). »

Après la forme en fuseau, prenant parfois l'aspect légèrement éloilé, la forme la plus accusée est celle des cellules étoilées proprement dites. Ce nouvel aspect se rencontre dans un grand nombre de tumeurs ; nous allons l'étudier maintenant, en comparant tou-

(1) Virchow, Path. des tum., t. II, p. 197.

(2) Virchow, Ibid., p. 210.

jours autant que possible d'après nos pièces, l'état normal au pathologique, et en montrant les transitions insensibles qui existent entre ces deux états.

Le tissu normal le plus simple où Ton puisse étudier la forme étoilée de l'élément cellulaire est le tissu muqueux dont on peut prendre pour exemple le cordon ombilical, dans sa portion appelée la gélatine de Wharton. Les cellules y sont constituées par des amas de protoplasma granuleux, pourvus d'un gros noyau vésiculaire et présentant plusieurs prolongements. Ceux-ci, dirigés dans tous les plans, se continuent avec ceux des cellules voisines. Ainsi se forment des mailles dont les nœuds, pour ainsi dire, sont occupés par les cellules, mailles se présentant dans tous les sens et dans tous les plans. Tous les vides sont comblés par une substance intercellulaire de nature albuminoïde, contenant beaucoup de mucine qui a valu au tissu son nom de tissu muqueux , et dont la consistance est très molle.

Or, il existe un néoplasme, le myxome, dont la description répond exactement à celle du tissu muqueux que nous venons de donner ; nous ne la reprendrons donc pas.

Les cellules étoilées du myxome peuvent être grandes et petites. Les figures 3 et 4, dessinées toutes deux aumêmegrossissement,sontdes exemples comparatifs de ces deux dimensions. (Voir ces figures pages 49 et 5o.)

Il est fréquent de trouver, dans une tumeur, des transitions entre l'état embryonnaire et la forme étoilée. La figure 4 nous montre ces transitions; dans un

endroit, ces cellules disposées de manière à constituer une travée, sont arrondies ou ovoïdes, embryonnaires, semblables à celles du sarcome globo-cellulaire ; à

Fig. 3 (i). — Myxome à grandes cellules. — r, myxome proprement dit 2, cellules ayant conservé un caractère endothêlial, à rapprocher de la fig. 8, c. — Ocul. i, Obj. 7.

côté, sont des cellules fusilormes, puis enfin viennent des éléments étoilés de myxome.

Telles que nous les montre cette figure, les cellules ne diffèrent pas sensiblement, quant à leur forme et

(1) Service de M. le docteur Cordier. Salle St-Louis. Opération 21 oct. 1880.

leur disposition, de ce qu'elles sont dans le tissu conjonctif lâche. On sait, depuis la description qu'en a donnée M. Renaut, que celui-ci est constitué par de grandes cellules étoilées dont les prolongements anastomosés forment des mailles parcourues par des faisceaux lamineux ondulés, par des fibres élastiques et des cellules migratrices delà lymphe. Ce n'est donc pas dans la forme ni dans l'arrangement de l'élément cellulaire qu'il faut chercher la caractéristique du

Fig. 4(1). — Myxome à petites cellules. Éléments embryonnaires et étoilés. — Ocul. 1, Obj. 7.

myxome, mais dans la structure de la substance interposée à l'élément cellule : substance muqueuse dans le myxome. Cette substance est représentée dans le tissu connectif par des fibres lamineuses ou élastiques et par le liquide interposé aux cellules.

Cette remarque est d'une application bien plus im-

(1) Tumeur de la parotide. Collection de M. le profes. Pierret.

médiate encore s'il s'agit du fibrome. La figure 5 représente un polype naso-pharyngien extirpé par M.D.Mollière, en 1880. Nous en avons coloré les coupes par le picro-carmin et nous les avons traitées par l'acide formique qui partage, avec l'acide acétique et les acides végétaux faibles, la propriété de dissoudre et de faire disparaître les faisceaux lamineux. Nous avons ainsi isolé l'élément cellulaire et il s'est pré-

Fig. 5 (1). — Fibrome traité par l'acide formique qui a dissout les fibres conjonctives et mis les cellules en évidence. — Ocul. i, Obj. 7.

senté avec les mêmes caractères que dans les figures 3,4, qui sont des exemples demyxome. Ce sont là deux tumeurs bien différentes où la cellule se présente sous le même aspect. Ce n'est donc pas elle qui servira à caractériser ces tumeurs : l'on tiendra un plus grand compte de la substance intermédiaire muqueuse dans un cas, fibreuse dans l'autre, et, dans ce dernier cas, les caractères vrais des cellules se trouvent mas-

(1) Polype fibreux naso-pharyngien. Extirpation le 14 de'c. 1880. Service de M. D. Mollière.

qués pâr l'état même de la substance intercellulaire qui aplatit plus ou moins les cellules.

Bien que nous plaçant à un point de vue différent, nous n'avons pas lieu de nous étonner, la structure histologique du fibrome étant connue, que Rindfleisch ait cru devoir le placer à côté du sarcome fasciculé. La différence de conception vient de la théorie qui fait naître les fibrilles conjonctives de la cellule fibroplastique par allongement de celle-ci, et nous avons vu, en effet, que le sarcome fibro-plastique peut avoir des cellules un peu étoilées. Le fibrome n'est qu'un degré plus marqué de cette forme. Toutefois, il n'est pas actuellement démontré que cet allongement puisse aller jusqu'à produire une ou plusieurs fibrilles. On admet plutôt actuellement, comme nous avons eu déjà occasion de le dire, que la formation des faisceaux connectifs fibrillaires est parallèle à celle des cellules et s'opère en dehors de ces dernières, par conséquent dans la substance intermédiaire. Messieurs Cornil et Ranvier décrivent le fibrome immédiatement après le myxome : ces deux tumeurs ont la même disposition en ce qui concerne l'élément cellulaire ; elles ne diffèrent que par la nature de leur substance intermédiaire.

Cette analogie existe, dans certains cas, même dans l'aspect microscopique de ces deux sortes de tumeurs. Les polypes naso-pharyngiens se présentent assez souvent sous la forme d'une gelée tremblotante, ce qui leur a valu le nom de polypes muqueux, et on les considère généralement alors comme des myxomes. Nous avons eu l'occasion d'examiner deux de ces tu-

meurs, provenant du service de M. le professeur Ollier: c'étaient deux fibromes présentant ceci de particulier que leur tissu conjonctif était très peu développé. Au lieu d'être épais et dense, il était formé de faisceaux très grêles, dissociés par une assez grande quantité de sérosité dans laquelle nageaient des cellules migratrices de la lymphe. En un mot, la structure était identique à celle du tissu conjonctif lâche lorsqu'il est le siège d'un œdème non inflammatoire, et Billroth (i) d'ailleurs, décrit les polypes muqueux du nez comme constitués par du tissu conjonctif œdémateux, comme des fibromes œdémateux; d'autres leur ont appliqué la dénomination heureuse de conj onctiv orne . Dans nos deux exemples, les faisceaux étaient recouverts par ces cellules étoilées semblables à celles que nous venons de décrire dans le myxome. Cette tumeur tient le milieu entre lemyxome et le fibrome pur; l'élément cellulaire y est toujours le même et c'est la substance fondamentale qui établit la transition.

Le gliôme nous offre un exemple, par les aspects variés qu'on y observe, des transitions par lesquelles passe la cellule embryonnaire pour arriver à la forme étoilée, et des analogies qui existent, d'une part, entre les tissus conjonctifs normal et inflammatoire et, d'autre part, les tumeurs d'origine connective. Le gliôme est une tumeur fréquente dans la névroglie des centres nerveux ; la première bonne description en a

(i) Billroth. Eléments de pathologie chir. gén., p. 546.

été donnée par Virchowqui a créée le mot de gliôme pour rappeler l'aspect de la glue que présente ce néoplasme. Le gliôme reproduit les types de la névroglie à l'état normal et à l'état inflammatoire, et nous croyons devoir donner une description succincte de celle-ci.

Elle fut d'abord considérée, d'après l'aspect des coupes transversales pratiquées sur la moelle, comme du tissu conjonctif réticulé, tissu adénoïde de His. Deiters y décrivit le premier des cellules conjonctives à prolongements multiples. M. Ranvier, appliquant à l'étude de la névroglie son procédé de la boule d'œdème, put y reconnaître l'existence de nattes très délicates de fibres connectives entrecroisées et recouvertes de cellules plates (i). Cette description rentrait dans celle qu'il avait donnée du tissu conjontif lâche, en général. A la vérité, il trouvait bien aux cellules une formé étoilée, mais les prolongements qu'il observait étaient, d'après lui, les fibres connectives sur lesquelles étaient appliquées les cellules; en faisant varier la mise au point du microscope, on pouvait voir, disait-il, ces fibres traverser les corps cellulaires et se prolonger au-delà des bords de ceux-ci. M. Renaut (2), dans ces dernières années , vérifiant ainsi l'hypothèse émise par M. Pierret, a donné une meilleure description de la névroglie : « Autant que je l'ai pu constater, je pense que les cellules de la névroglie, de même que celles de tissu conjonctif lâche, sont munies

(1) Ranvier. Comptes-rendus de V Académie des Sciences, i8j3

(2) M. Renaut. Leçons à la Faculté de Médecine de Lyon.

de prolongements rayonnants dans toutes les directions. Il s'agit donc ici de cellules très comparables aux cellules plates, étoilées, anastomosées et s'étendant dans tous les plans sous forme de nattes protoplasmiques (i). »

Tel est l'état normal de la névroglie. Lorsqu'elle est enflammée d'une manière chronique les éléments cellulaires qu'on y rencontre consistent, à une première période, en une prolifération des cellules qui reviennent à l'état embryonnaire. Sur ces préparations faites par dissociation, on ne trouve guère que des cellules embryoplastiques, plus ou moins nombreuses, grandes ou petites, comme nous avons appris à les connaître lorsque nous avons parlé du sarcome. A l'œil nu, la substance nerveuse enflammée est d'un jaune rosé, légèrement augmentée de volume, une peu translucide ; a\ec le doigt, on la sent plus molle, moins consistante qu'à l'état normal. — A une seconde période, les cellules embryonnaires s'organisent en cellules conjonctives ; elle accaparent une quantité variable de protoplasma duquel naissent de fins prolongements qui font prendre aux cellules une forme étoilée. Enfin, ces prolongements se développant d'une manière extraordinaire, les cellules prennent une forme chevelue caractéristique ; c'est alors la cellule-araignée telle que l'a décrite M. Pierret dans les vieux foyers d'encéphalite chronique et dans la sclérose en plaques.

(i) M. Renaut, Dictionnaire encyclop. des sciences médicales. Art. Système nerveux, p. 408.

M. Pierret (i), dès 1876, émit l'idée que ce devaient être là de simples cellules névrogliques hypertrophiées et que les éléments cellulaires de la névroglie devaient être, à l'état normal, comme sur le tissu cellulaire de la grenouille, munies de prolongements protoplasmiques analogues. A ce degré, les prolongements protoplasmiques, scléreux, très nombreux, donnent au tissu une consistance très grande.

M. Seguin (2) a récemment décrit les mêmes cellules sans parler des travaux antérieurs publiés en Allemagne et en France.

Cette description pourrait aussi bien se rapporter au gliôme qu'à l'inflammation de la névrolgie.Dans la figure 1 nous représentons des cellules d'une tumeur cérébrale que nous devons à l'obligeance de M. Ch. Carrier. Ce sont des cellules de sarcome globo-cellulaire, qui ne diffèrent pas de celles qu'on trouve dans la névroglie au premier stade de l'inflammation chronique. En appelant cette tumeur un gliôme, on ne veut pas dire qu'elle diffère du sarcome, mais seulement qu'elle est un sarcome des centres nerveux; elle constitue le gliôme mou, médullaire des auteurs. Surlafig. 6-2, le gliôme n'est plus globo-cellulaire; chaque noyau est entouré d'une petite quantité de protoplasma qui envoie des expansions rayonnées et rami-

(1) M. Pierret. Note sur un cas de myélite à rechutes. Arch. phys. 1876.

Atlas de M. Lancereaux. 1871, pl. 47 et texte. M. Debove. Note sur l'histologie pathologique de la sclérose en plaques, Arch. phys. 1875.

(2) M. Seguin (de New-Yorck). Revue des Se. Med. T. 16, p. 1 53.

fiées; les cellules sont tout à fait identiques à celles obtenues, fig. 6-5, par dissociation d'un nodule de

Fig. 6.— 2. Gliôme dont les cellules commencent à prendre la forme étoilée.

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