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Préparation traitée par l'osmium

sont seulement augmentées de volume et granuleuses (tuméfaction trouble, fig. 8) ; par le fait de leur hypertrophie, bientôt mieux caractérisée, leurs angles s'émoussent, s'arrondissent, enfin leur volume devient

(1) Chambard. Arch. phys. 1879.

(2) , Annales de dermatolog. et de syphilig. 1880,

énorme. Elles sont alors transformées en blocs juxtaposés remplissant et dilatant les alvéoles conjonctifs, et, sur les préparations traitées par le picro-carmin ou le vert de méthyle, ressemblant assez à des cellules hépatiques. Avant même d'atteindre cet état, les éléments cellulaires jeunes du xanthoma sont tout à fait analogues à des cellules épithélioïdes de carcinome, d'autant que leurs noyaux deviennent également très volumineux, et la confusion serait inévitable, au simple examen histologique, n'était l'évolution graisseuse particulière qui les envahit très rapidement et qui est caractéristique. En effet, à mesure que les cellules conjonctives subissent la tuméfaction trouble, elles prennent un aspect gras, deviennent jaunes et s'infiltrent de granulations dont la nature graisseuse est décelée par la coloration noire que leur fait prendre l'osmium qui respecte toutefois le noyau ; sur les coupes ainsi préparées, ces cellules ne diffèrent pas sensiblement de celles traitées par le même réactif, de la tunique interne des artères au début de l'athérome. Il est facile d'observer des cellules du xanthoma à moitié envahies par des granulations graisseuses, tandis que l'autre moitié se colore encore bien par les réactifs colorants. Par places, il se fait une prolifération cellulaire aboutissant rapidement à la production de cellules épithélioïdes granulo-graisseuses. Ce qui concourt à la ressemblance du xanthoma avec le carcinome, au point de vue histologique c'est un épaississement considérable des faisceaux conjonctifs, vers le centre des plaques xanthélasmiques, où l'on trouve l'aspect

général d'alvéoles fibreux contenant des éléments épithélioïdes. En somme, le processus pathologique consiste, dans cette tumeur, en une hypertrophie, soit directement, soit après néoformation proliférative, des cellules conjonctives qui revêtent la forme des éléments épithélioïdes. Ce ne serait là qu'un carcinome, sans l'évolution graisseuse qui survient et donne à ces éléments une autre signification. Bien entendu, nous n'envisageons que le point de vue histologique de cette production ; sa marche clinique la sépare complètement des tumeurs cancéreuses.

C'est donc là une tumeur ayant son point de départ dans les cellules conjonctives normales; et pourtant ses éléments revêtent la forme épithélioïde du carcinome. C'est en cela que le xanthoma, tumeur conjonctive, nous constitue une transition vers le carcinome.

Voici un second fait qui constitue un exemple de transition entre les tumeurs conjonctives et le carcinome. La figu e 9 représente trois points différents pris sur la même préparation histologique. En a, nous sommes sur la limite de la tumeur et nous assistons aux modifications de formes qu'éprouvent directement les cellules de revêtement du tissu conjonctif pour acquérir l'aspect épithélioïde des cellules carcinomateuses, sans subir au préalable un retour à l'état embryonnaire, comme le veulent Virchowetson école. A un premier degré, la cellule augmente de volume et s'arrondit ; son noyau s'hypertrophie considérablement. Ce serait là, si l'on veut, un état analogue à la tuméfaction trouble, et

Fie. q. — Tumeur (carcinome) sous-cutanée (i). — Ocul. i, Obj. 7.

(1) Due à l'obligeance de M. le prof, agrégé Laure. Salle Sainte- Clotilde, 14 (Croix-Rousse). Tumeur primitive du pied gauche opérée. Six mois après, apparition de nodules sous-cutanés au nombre de plus de quarante. A l'autopsie (mai 1 880), tumeurs dans tous les organes.

l'on pourrait croire qu'il est le résultat de l'irritation produite par le néoplasme, si l'aspect franchement épithélioïde des cellules voisines et les caractères tirés du stroma ne venaient démontrer qu'il s'agit bien là d'un premier degré de la formation de la cellule carcinomateuse. A côté, la forme épithélioïde est plus accentuée : la cellule et le noyau acquièrent de plus grandes dimensions; il y a comme une ébauche de la forme en raquette. Dans une forme mieux caractérisée encore, les cellules constituent de grosses masses de protoplasma, qui, sous la figure d'un croissant, garnissent l'angle d'un alvéole et contiennent deux gros noyaux. Dans le même alvéole est une cellule qui présente un prolongement protoplasmique rompu. Enfin, un quatrième alvéole nous montre des corps cellulaires tout à fait épithélioïdes, polyédriques, de formes variées, séparés les uns des autres par un simple ciment, à la manière des cellules épithéliales.

Ces modifications avaient déjà frappé Wagner (i) qui a décrit une augmentation, en largeur et en longueur, des corpuscules du tissu conjonctif; les prolongements tuméfiés des corpuscules, apparaissent mieux dans leurs rapports avec les corpuscules voisins. Leur noyau s'hypertrophie d'abord, puis sf segmente ; il en résulte des nids de protoplasmagarnis de noyaux, d'où partent des prolongements qui communiquent avec ceux d'autres nids plus ou moins

(i) Wagner, Arch. der Heilkunde, i&5j, et Wunderlich's Arçhiv. i858

développés. La seule erreur que commette Wagner, et elle est imputable à son époque, c'est de considérer la cellule conjonctive, comme un corpuscule canaliculé qui se dilate, sous l'influence de la multiplication des noyaux, et finit par produire un alvéole cancéreux.

La figure b représente une région, tout à côté de celle dont nous venons de parler, où la structure carcinomateuse se révèle dans toute sa pureté. Elle montre des alvéoles limités par un stroma fibreux, remplis d'éléments épithélioïdes en partie nettement dessinés par le ciment qui les sépare, en partie constitués par de gros noyaux plongés dans un protoplasma granuleux où ne se sont pas encore produits les plans de clivage propres à chaque cellule. Cette figure est importante parce qu'elle fournit la pierre de touche qui permet de rendre le diagnostic anatomique indiscutable.

La figure c n'est pas moins importante par la diversité des éléments qu'elle contient. Elle est la représentation exacte de ce que nous avons observé sous le champ du microscope. On y observe :

Trois petits alvéoles contenant chacun une grosse cellule munie d'un noyau volumineux, cellule de forme bizarre et analogue à celle des éléments épithélioïdes que nous avons décrits dans la figure a ; analogue aussi à celle des éléments du sarcome globocellulaire à grandes cellules.

A côté de cet alvéole, un autre allongé renferme des cellules nucléées se rapprochant davantage par leur dimension, des cellules de la figure b.

Un autre alvéole, plus grand, contient une grosse cellule irrégulière et plusieurs éléments allongés, fusiformes qui tapissent la paroi.

Deux alvéoles contiennent chacun une seule cellule de grande dimension, pâle, à prolongements protoplasmiques et à crêtes d'empreinte. Ces éléments sont semblables à celui représenté dans la figure 1 1 ; ce sont de véritables cellules endothéliaîes ; elles proviennent de cellules conjonctives hypertrophiées.

Enfin, la même figure représente encore des éléments fibro-plastiques, et, tout à fait en dehors, de grandes cellules plates dont l'aspect général est fusiforme tout en possédant parfois plusieurs prolongements du protoplasma. Ces cellules participent, à la fois, des caractères des cellules endothéliaîes, et fibro-plastiques (i).

Ainsi, la figure c nous montre des cellules endothéliaîes, fibro-plastiques et épithélioïdes, contenues dans des alvéoles et jouant le même rôle les unes que les autres.

Ce fait constitue une transition incontestable entre les tumeurs conjonctives et le carcinome. La

(i) Bisrch-Hirschfeid place à côté du cancer du tissu conjonctif, ou carcinome proprement dit des auteurs français, de MM. Cornil et Ranvier entre autres, un cancer endothélial auquel a trait certainement la dernière région dont nous venons de parler. Cette dénomination est très bien choisie, car elle s'applique à des tumeurs qui proviennent des cellules de revêtement des faisceaux conjonctifs. Les cellules du cancer endothélial tendent naturellement à prendre la forme allongée et étoilée des cellules qui leur ont donné naissance ; elles ne forment certainement, avec les corps fibroplastiques, qu'une seule espèce d'éléments.

transition est établie à trois points de vue : i° la transformation directe des cellules conjonctives en épithélîoïdes ; 2° la réunion en un même point de cellules propres aux tumeurs conjonctives cellules (endothéliales et fusiformes) et au carcinome (cellules épithélioïdes) 3° l'existence M'un stroma carcinomateux. Lefait suivantest plus probant encore. (Voy.fig. io).

Fig. io. — Carcinome réticulé du sein. — Tumeur due à l'obligeance de M. le professeur agrégé Poncet. — Ocul. i, Obj. 7.

Le passage de la cellule conjonctive à l'épithélioïde y est, en effet, plus rapide et plus accentué. La ligure Aquia été traitée par le pinceau montre très nettement un stroma délimitant deux sortes de mailles : les unes plus grandes, à parois plus épaisses, consti. tuent, pour ainsi dire, des alvéoles primitifs cloison-

nés par des tractus très fins qui forment des alvéoles secondaires très petits. Ces alvéoles contiennent encore quelques éléments dans lesquels on peut reconnaître des cellules soit de nature conjonctive, soit de nature épithélioïde. Parmi ces dernières on remarquera, dans un alvéole, une grosse masse de protoplasma frangé et cassé sur un de ses bords, munie de deux énormes noyaux dont l'un, enbissac, est sur le point de se segmenter.

La figure B représente une région à caractères franchement carcinomateux. Les cellules qu'on y remarque sont les unes .encore assez reconnaissables comme cellules conjonctives ; ce sont des masses de protoplasma, appliquées contre les faisceaux fibreux et munies d'un gros noyau. D'autres amas protoplasmiquestrès larges, contenant quatre ou cinq noyaux et que l'on ne peut considérer que comme des cellules épithélioïdes de carcinome sont absolument comparables au contenu des tubes épithéliaux qui leur sont contigus et qui représentent de l'épithélioma pavimenteux tubulé typique. (C).

Les tubes, qui ne sont autres que des conduits galactophores et des acini glandulaires dilatés par les produits d'une néoplasie épithéliale, sont remplis d'un protoplasma granuleux où nagent un grand nombre de noyaux. Les noyaux situés contre les parois sont seuls entourés de lignes sombres qui indiquent un commencement de division de la masse en cellules. Il n'y a certes aucune différence entre cet état et celui figuré en B.

D'après ces deux exemples, on doit admettre que

les cellules du carcinome servent d'intermédiaires entre lès cellules du sarcome et celles de l'épithélioma tubulé et que les tumeurs épithéliales ne sont pas absolument différentes des tumeurs conjonctives, puisque on trouve, entre ces deux ordres de néoplasmes, des transitions insensibles. Ces transitions nous ont conduits jusqu'à l'épithélioma tubulé. Celuici est généralement regardé comme une néoplasie épithéliale embryonnaire lorsque les cellules ne sont pas encore limitées par des contours bien dessinés, comme dans l'exemple que nous venons de citer. La forme tubulée nous permet donc de passer à une autre tumeur épithéliale mieux caractérisée encore, telle que l'épithélioma pavimenteux lobulé, à cellules limitées par des contours réguliers; puis enfin à la forme d'épithélioma dont les cellules soient le mieux individualisées, nous voulons parler de l'épithélioma dont les cellules, munies de crênelures sont identiques à celles des couches profondes de Tépiderme.

Arrivé là, il n'est pas difficile de passer de l'épithélioma pavimenteux à l'épithélioma dont les cellules sont cylindriques ; il suffit, pour cela, de se remémorer que, dans certaines tumeurs, nous voulons dire les polypes qui ont leur siège aux orifices naturels, les deux formes, pavimenteuse et cylindrique de l'épithélium jouent le même rôle. Lorsqu'un polype prend naissance sur une muqueuse à épithélium cylindrique, la muqueuse pituitaire, par exemple, il est d'abord recouvert d'un épithélium de même forme que celui qui lui a donné naissance ; mais dès que ce polype fait saillie à l'intérieur, la

partie qui se développe au dehors se recouvre d'un épithélium pavimenteux. Il faut donc admettre que ces deux formes épithéliales sont équivalentes l'une de l'autre, et ainsi est constituée une transition naturelle entre l'épithélioma pavimenteux et l'épithélioma cylindrique.

Nous avons donc démontré notre première proposition : Entre les tumeurs conjonctives et le carcinome, il existe des formes de transition. Des transitions conduisent également du carcinome aux formes que l'on donne comme type des tumeurs épithéliales.

Les deux faits que nous avons cités nécessitent, sur un point, une discussion de la plus haute importance, au sujet de la relation qui existe entre le sarcome et le carcinome. Ces deux cas présentent une région où des cellules, soit épithélioïdes, considérées comme sensiblement caractéristiques du carcinome, soit endothéliales, sont contenues dans un stroma alvéolaire. On pourrait nous objecter que cette disposition rappelle la structure de ce que Billroth, Rindfleisch, etc., appellent le sarcome alvéolaire; que nous avons eu tort de nous en servir pour établir un rapport de transition entre le sarcome et le carcinome; qu'il n'y a là qu'une concommitance et que ces deux faits ne sont que des exemples de tumeurs mixtes ou composées, dans lesquelles s'observent différentes formes néoplasiques, qui n'ont pas de relations histogénétiques entre elles.

Or, nous rappellerons que la place que doit occuper le sarcome alvéolaire est justement très

discutée, et que certains lui donnent le nom de carcinome réticulé. Ceux qui accordent plus d'importance à l'élément cellulaire et regardent la présence d'un stroma à fines mailles comme un accident, préféreront la première dénomination (Billroth, Rindfleisch) ; d'autres, pour lesquels l'existence d'un stroma fibreux constitue le caractéristique du carcinome, adopteront la dénomination de carcinome réticulé. Ce point sera discuté plus loin.

Nous allons revenir aux tumeurs conjonctives et établir, en suivant une voie inverse, qu'en prenant répithéliome comme exemple de transition et le carcinome comme type le plus éloigné du point de départ, on arrive à la même conclusion, savoir, que des transitions graduelles existent entre ces différentes néoplasies.

La première tumeur que nous citerons est l'endothéliome.

L'endothéliome (i) se développe aux dépens des cellules qui revêtent les faisceaux du tissu conjonctif; on peut le définir une tumeur constituée par cellules conjonctives ayant tous les caractères de

(i) Ch. Robin, Recherches anatomiques sur l'épithélioma des séreuses (journal de l'Anat. et de la phys.), 1869.

Virchow, Pathologie des tum. t. II. p. io5 et 348.

Neumann (de Kœnigsberg) : Ueber Sarcom mit endothelialen Zellen Arch. der Heilkunde, 1872.

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