‹ Introduction à l'étude des vases peintsChapitre 10 sur 17 · X. Aç · texte numérisé non relu

X. Aç

<lrla moiiiiaii* r«n|iJnicnnr K|)<h{u<* Mtn* nllc.

li'geiide grecque en vieux caraclères : PROPOM, qu'on a considëi-ée , avec juste raison, comroe la transcription do nom d’un magistrat romain, Pmbus (i).

Quant au style de celte médaille , la purctc en est encore remarquable. Il résulte de ces observations, que la monnaie de bTOnze de très-petit module, destinée .à servir d’appoint h la monnaie d’argent, était en usage à Bénévent dès avant rétablissement de la colonie romaine en atjq, et que les Romains, en taisant frapper une monnaie de cette nature, peu après la fondation de la colonie, ne faisaient que se conformera l’usage du pays. On voit, avec la même évidence, que 'les Romains n’apportaient alors avec eux (pic leur alphabet, et <|uc leur ét.ablissement an milieu des Campaniens ne portait aucune atteinte à l’inlluence du goût hellénicpie dans le domaine de l’art.

La série des monnaies samnites ne sera pas à son tour, nous l’espérons du moins, plus rebelle à nos investigations. En 195 avant Jésus-Christ, la ligue samnite(i),' airaiblie et déconcertée par tant de défaites successives, voulut , au moyen d'un eirort vigoureux , rétablir en sa faveur la balance de la guerre. Les troupes qu’elle leva curent ordre de se réunir dans .r^gu/fon/'a, place située à l’extrémité méridionale du Samnium. Les chefs crurent pouvoir, pardestxfrémonics superstitieuses, cuchainer plus étroitement le soldat à son drapeau : on disposa des tentes de tuile, lintea, sous lesquelles chaque guerrier était séparément conduit; le sol était jonché de victimes ; si le soldat refusait de prêter le serment qu’on lui demandait de mourir à son poste, il tombait aussitôt perctmortellement sur les corps des hommes et des animaux amoncelés autour de lui. Ceux qui i'(isistèrcnt à cette épreuve sanglante formèrent ce qu’on appela la legiu linleata, et opposèrent en effet une résistance désespérée à l’attaque des Romains.

Une médaille, classée d’abord à JeherorUia, fut restituée plus tard, par Carelli ( 3 ), à la ville iV^quilonia , dans laquelle eut lieu la cérémonie que nous

( 1 ) Combe, Num. vei. Mut. Britan. tsb. Il, (a) T. Liv. X, 38.

4. Cf. Millingen, Contidérationj sur la Mum. Conitt/énuiont lur la Mum.

Je Cane, halte , p. aa4 et aaS. de Cane. Ital,, p. et 1 ^ 8 .

A L’ÉTUDE DES VASES PEINTS, venons (le rappeler. La rcsiitntion proposée par Carelli est rigoureusement fondée en paléographie , et n’a été contestée par personne. Or, Acjuilonia n’est nommée ((u’à cette seule occasion dans l'Iiistoire, et il en dut être de son importance momentanée comme de celle de Corfinium pendant la Guerre sociale. On battit monnaie dans .Vquilonia, non comme ville, mais comme place d’arme.s et point temporaire de réunion des forces samnites. Cette conjecture est pleinement justifiée par le type de la mc’daillc que nous examinons : d’un côté on voit la télé de Mineive casquée, de l'autre un guerrier également casqué, armé de pied en cap, et tenant à ta main une patère avec laquelle il parait faire une libation. Ëst-il une description (jui puisse mieux convenir aux .soldats de la legio linteata, amenés l’un après l’autre sous la lente sacrée, et se dévouant à la défense de la patrie par un sacriGce solenneL^ .\in.si donc, le goût des Samnites |iour les sujets purement historiques, qui fait une catégorie si tranchée d<^s médailles de la Gucitc sociale, s'était manifesté dès leur première lutte contre les Romains; et, grâce à celte tendance si diirércntc des habitudes helléniques, nou.s possédons une piètre de bronze frappée indubitablement l’an at)5 avant notre ère, et qui nous donne une idée de l’état des arts à cette éptxjue dans la portion montueuse de l'Italie, qui confine au Samnium et à l’Apulie. Ur, cet art samnite, malgré l’inscription osque, est une dérivation du goût et du travail hellénique les plus purs. Dè’s lors, quand nous lirons dans les historiens les récits qu’ils nous fout du luxe guerrier des Samnites, et de la magnificence des armes dont ils étaient rcvétus(i), nous saurons à quelle source ils avaient puisé le principe de cet éclat extérieur.

Après une coïncidence si précise entre la médaille et l’événement qu’elle représente, les autres pièces qui portent des légendes osques viennent se classer naturellement dans les limites de la première lutte des Samnites contre les Romains. Ainsi , nous savons qu’en 335 avant Jésus-Christ les Sidicini (a) , qui

( i] T. Liv. IX, 4 o. Duo exercitus erant i scuta runt adderent. Tunica auratis militibui versico~ aUcrius aura, aberùu argento calaoerant,,,.. tores, argentsuis lintea casidida. galtst enstater qua specUm snagrùtudini corpo~ (a) T. Liv. VllI , ifi, 17.

4b INTRODLCTIONI

habitaient Teanum de la Campanie, furent vaincus en bataille rangée par les Romains; en 3a i, l’aunée des Fourches Caudincs, Cahuia d'au delà du Vultume (i) tenait pour les Samnites avec les autres villes de la Campanie méridionale; en 3o8, Nuceria ^Ifaterna (a) fut reprise par les Romains sur les Samnites. Sans pouvoir affirmer que les médailles osques d’argent et de bronze que nous possédons de ces trois villes aient été frappées aux époques que nous venons d’indiquer, il nous semble impossible tle placer i>e monnayage dans un autre temps que celui où les Samnites disputaient aux Romains la possession de la Campanie; rinllnence grecque contemporaine parait évidente, quoique le travail semble plus rude et plus heurté qu'à Maples même.

Nous avons aussi des monnaies latines de Teanum Sidicinwn ; mais ces pièces doivent avoir été frappées beaucoup plus tard que les monnaies osrjues de la même ville. Elles ne se distinguent que par la légende, d’espi-ces semblables frappées à Cales, à Suessa et à Calatia. Sur toutes ces médailles on trouve uniformément au droit une tête casquée de Minene, au revers un enq accompagné d'une étoile; poids, dimension et style, tout est commun entre ces pièces. On distingue Calatia d'au delà du TiJturne, à laquelle on donne les monnaies os(|ues, lie Calatia ou Caiatia, voisine de Suessa ; à celle-ci appartiennent sîtns aucun doute les monnaies à légende latine; mais une distinction semblable i e peut être introduite dans la numismatique de Teanum (3). Suessa et Calés étaient des colonies romaines; Teanum et Caiatia avaient une origine opique, étrusque ou samnite. A quelle époque des villes dont les traditions icposalent sur des bases si diHércnles ont-elles pu eontracter les liens dont leur union numismatique nous retrace l'image? Nous trouvons Teanum comme Calés, comme Caiatia , comme Suessa, dans la liste des villes qui abandonnèrent les Romains et prirent le parti d'Hannibal après la bataille de Cannes (4)> C’est alors qu’on vit les colonies romaines de la Campanie abjurer leurs liens originaires avec la mère patrie, et s’unir au cri d’indépendance que jetait une grande partie de l'Italie; et cependant riniluence romaine avait assez, pénétré dans les villes qui autrefois soutenaient la cause samnite, pour leur imposer l’usage des lettres latines, circonstance qui montre encore quelle distance doit avoir séparé l'émission de ces pièces aux types de la Minerve et du cot|, du temps où fut

(i) T. Liv. IX , 2 , ah. nui» : aucune dei pièces dont nous nous oeen

(a) T. tiiv. IX , 4 1 - puni ici ne peut se rapporter à la première de ces

(3) La nuraismatkfuc de Teanum de l'Apulic villes. * diffère totalement de celle de Teanum Sidiei- (4) T. Liv. XXIX, i5.

fondée la colonie de Ben^TCnl. D’après ees observations, nous croyons devoir placer la fabrication de ces monnaies dans les années de la seconde Guerre puni(|ue ({ui suivirent la bataille de Cannes (aifi-aoj); et comme ces médailles sont encore d'un beau travail , nous y voyons la preuve que les traditions de l'art j;rec ne s’étaient que médiocrement all'aiblies pendant le premier siècle de la domination ramainc sur la Cani[Kmie.

C’est aussi jusqu’à cette limite de la seconde Guerre punl(|ue inclusivement qu’il faut faire redescendre le monnayage de Capoiie, qui, parmi les pièces à légende osque, forme une série particulière, toute nationale et distincte de l'iidltience sainnite. Les monnaies deCapoiie, les plus anciennement frappées, sont des pièces d’argent à légendes grectjues servilcineut imitées de pièces frappées à Cumes (i) et à Naples; mais Capoue ayant succombé sous les attaques des Samintes en même temps que la colonie cbalcidique, nous voyons le inonnaynge de cette grande ville suspendu par les mêmes causes sans doute qui paraissent avoir interrompu pendant i|iiclque temps celui de Nola. Les Samniles , en ellet , alors tout-puissants, ne semblent pas avoir eu de monnaies i|ui leur fussent propres; celles qui ont été frappées sous leur iniluence appartiennent au temps de leur lutte, et par conséquent de leurs rapports avec les Romains. Aussi, sommes-nous portés à placer la reprise du monnayage de Capoue vers l’époque où l'administration romaine y introduisit l’usage des as. Ceux qui appartiennent à cette ville et a celle d’Atella sont divisés, il est vrai, en ilix parties et non en douze, frappés et non roulés, enfin beaucoup plus faibles de poids que les as romains considérés par nous comme contemporains. Malgié toutes ces dilTérenccs, dont nous ne pouvons apprécier les causes, nous ne croyons pas qu’il existe de monnaies astjues de Capone plus anciennes <|ur

(l) Nous reproduisons ici deux admirables tout à fait semblables comme caraetibr et comme tridrtuhmes du eabinefde M. le duc de Lujnes, style, et la souplesse du dessin y est assez grande le premier frappé i Cumes , le second sorti des pour qu’on a.ssignc à ces monnaies une date rapateliers monétaires de Capoue. En comparant proebée de la destruction de Cumes. Le revers ees deux pièces, ou reconnaît qu’elles ont été du tridraebme de Capuue est, b son tour, emgravées par le même artiste. Les deux têtes sont pninlé à la monnaie de Naples.

l’an 317, et les monnaies de cette ville qui cessent de montrer les marques des divisions de l'as, sous la forme de globules ou même d’étoiles, nous paraissent pour la plupart se rapprocher beaucoup de l'époque de la seconde Guerre punique, ou même porter l’empreinte de rinlluence que les événements de cette guerre exercèrent sur le sort de Capoue( 1). Au reste, nous convenons sans hésitation de la dilhciilté de cette matière, qui exigerait une étude spéciale faite sur une collection complète des monnaies de Capoue; malheureusement cette série n’est pas très-riche dans le Cabinet de France.

XI. Agn Nous avons précédemment parlé des monnaies latines de la Campanie qui

MiDiiTnîëdné' paraissent avoir été frappées dans les années qui suivirent la bataille de Cannes;

Rpoque ro- j| ^ garder de confondre ces pièces avec les médailles d’argent eide bronze frappées antérieurement à Calés, à Suessa , à Æsernia , à Compsa, qui portent aussi des légendes latines, mais se distinguent par des types variés et un travail infiniment supérieur. Ces médailles, tpii égalent ce que l’art grec a produit de plus délicat, ont dù être frappées comme les bronzes d’Ariminum et de Bénévent précédemment mentionnés, fort peu de temps après la colonisation de ces villes par les Romains. Or, la date de ces fondations se rapporte pour presque toutes au temps de la grande émission des as ilaliotes. Calés fut fondée 333 ans avant notre ère; Suessa, en 3 i 3 ; Compsa ou Cossa en ‘^74; .Fisernia, peuplée par les Romains en 264, ne dépasse, comme on voit, que de cinq années l'épotjuc à laquelle finit à Rome le règne de VÆs gmve. Ce n’est pas la Campanie seulement qui possède de ces monnaies coloniales : Àlba Fucensis, fondée la même année que Calè'S, a de jolies monnaies d’argent d’un très-petit module, et dont le style indique un temps peu éloigné de l’établissement de la colonie; cette monnaie d’argent, en désaccord avec le système qui régnait dans la capitale, s’avance, pour ainsi dire, justju'aux portes de Rome, si nous en jugeon.s d’après les médailles de Signium, encore plus petites que celles d’Albe, et remarquables par un travail qui se rapproche du style archaïque (a). Toutes ces mon-

(i) M. Mlllingrn a publie (^nrirnt grteJc gr. tsiar, pt. I , n" i } une belle mcdsîlle , qui Coins, pl. 11, n* 6) une monnaie tl'Âtella , of- aujouriHiui fait partie du Cabinet de Franrc, et fraul au droit la t£te radiée et de face du Soleil, au revers de laquelle il a lu : SORANO , en lettres au revers un éléphant. Ce dernier type, évidein- latines. En conséquence, il a attribué cette mémcnl carthaginois, nous reporte à l'époque que daille à Sara de la Campanie. Une telle pièce nous venons d'indiquer : l’on a vu précédem- trouverait naturellement sa place parmi celles ment qu’Atclla avait constaïuineut suivi la fur- que nous venons de mentionner, puisque la cotune politique de Capoue. Ionie romaine de Sors fnt fondée eu 3o4. Mais

(a) M. MilUngen a le premier publié (Âne. bicoque M. Millingcn ait reproduit sa lecture et

iiaies, isolées et fort rares, dont rémission ne paimt pas avoir été renouvelée dans les villes qui les ont fait frapper, peuvent être considérées comme des monuments de la fondation des colonies; nous savons que celle de Signium fut lenouveléu 4ç)6 ans avant Jésus-Christ; c'est beaucoup trop haut pour les médailles que nous possédons; aussi n'est-il pas impossible que le fait lapporlé à l'an 4<jC se soit rcproviuit dans l'àge suivant.

Les observations que nous a suggérées l'étude <les monnaies de la Campanie xil. M-n et du Samnium pourraient s'appliquer encore à l'extension du monnayage grec parmi les Daunienset les autres Mirobarbari de l'Apulie. Nous contem- i*'» pions avec étonnement les belles monnaies d'Arpi, de Salapia, de Canusium , et «i» de Rubi; nous remarquons que le travail purement hellénique de ces médailles s’accorde avec les légendes grecques dont elles sont accompagnées; c’est le développement de l'autorité et de l'inlluence des Tarcntins qui a pu seul incorporar si étroitement à l'hellénisme des contrées longtemps barbares ; or, c'est à'dater surtout de l'expédition d'Alexandre, i-oi d’Ëpire, en Italie ( 33a ans avant Jésus-Christ), que s’est accrue la puissance continentale des Tarentins.

Cette puissance ne succomba qu'avec Tarente elle-même , l’an ayi ; voici donc plus de soixante ans pend;int lesquels l'hellénisme inilua presque exclusivement sur cette partie de l'Italie; et, pendant In dernière moitié de cette période, si nos observations précédentes sont fondées , un monnayage établi sur des bases purement grecques florit au delà de l'Apennin, à une distance peu cousidéi-able des ateliers d'où sortait \'Æs grave du Picenum méridional ; de façon qu'on pourrait, à la rigueur, tracer une ligne à travers la Péninsule, entre l’embouchure du Liris et le promontoire Garganum , cette ligne servant à marquer, sauf de légères exceptions , les domaines de VÆs grave au noitl , et ceux du monnayage grec au sud, depuis le milieu du iv' siècle avant Jésus-Christ jusqu'à l’abolition du système exclusif de VÆs grave» Rome, en aCç). Or, l'histoire de cette périocle est précisément celle des guerres, des confédérations, des traités , des rapports de toute nature enCn , et presque journaliers , entre les peuples que

,Mi attribution flans ses ConatUr, tur la JVum. fie r anc. Jtal. p. il nous semble impossible fie lire sur la mêflaiUe une antre légende que CORANO , et , par cooiéfpient , de ne pas recunnaître ici une monnaie de Cora , ville du I.atium, sitBce a peu de distance de Signium. Ce serait ilonc romme une Iroisième pointe poussée par la

monnaie d'argent dans le domaine de VÆe grava. An reste il parait impossible de déterminer rigonreosement l'Age de cette monnaie de Cors i les Romains avaicut envoyé dans cette ville une colonie qui subsistait dés l'année 5ca avant J. C.

séparait celle ligne kléale, marque d’une différence pixffoixle dans le système monétaire.

XIII. <ji. Quelques lecteurs ont pu s'étonner de nous voir, dans l’étude i[ui pi-écède , il'imc raltachcrà des événements militaires les principales émissions de l’Æ’r grave qui peuples italiotes. C’est qu'au nombre des causes qui ont le plus contribué à enrichir la numismatique, les nécessités de la guerre doivent élie mises au premier rang. La collection des monnaies obsLdionaIrs , frappées ilans les temps modernes, est une source d’observations utiles pour la solution du problème qui uous occupe en ce moment ; car les circonstances qui ont contraint h l’émission des monnaies obsidionales ont dù se présenter beaucoup plus fréquemment encore dans les temps anciens que dans les temps modernes. Un a vu souvent, dans les sièges, par le manque de métaux précieux , se proiluire la nécessité de frapper des plî^ces de bronae d’un module plus considérable que les besoins ordinaires n'en réclament. Il est certain que, ‘parmi lésas italiques, beaucoup onldù présenter un caractcie obsidional. Nous possédons, dans notre Cabinet des médailles, l’as d'une série que les PP. Marchi et Tessieri ont publiée, la première des Incertaines , et qui a trop d’analogie avec les autres séries batines pour qu’on l’attribue à une autre contrée qu’au l.ailium. Cet as, qui n’est point l’ouvrage d’un artiste ignoiant, a été modelé avec une négligence et une précipitation qui accusent une circonstance extrêmement pressante, .semblable à celles que la guerre enfante à chaque pas. Ainsi , la présence de V Æi grave dans des lieux voisins de ceux oéi la monnaie d’argent était dominante, et où le bronze jouait simplemeitt le rôle d’une monnaie d’appoint, peut très-couvent s'expliquer per le caractère obsidional inhérent à une partie de cette suite.

.XIv.CiuKi Mais l’as romain étant le principal et en même temps le point de départ de

l’Æag’mce en Italie, ne saurait être rangé dans l’exception; sa permanence et sa

dmée l’affranchissent de toute considération tiiée des nécessilrâ lemporaii-es; il , prin* . . *

ci|ulrmrni à représente un état de choses régulier, et il est plus que probable que la même

permanence, la même régularité se sont étendues, au moins pendant quelques générations, à d’autres séries que la romaine. Il faut donc chercher ailleurs , et dans des causes plus générales, le principe de l’opposition des systt'-mes monétaires de l’Italie. Cette cau.se était, nous ne pouvons en douter, l’inégalité constante, et, pour ainsi dire, normale dans la répartition des métaux précieux; ^ or, une pareille Inégalité est incompatible avec un commerce étendu et facile,

tel que celui qui existe dans la société mo<lerne,

Une (>uerre permaiioiile, îles antipathies récipi-O'jues, un isolement h.'ibituel , le manque absolu de voies de transports, tel est l'état dans leipiel ont vécu les peuples de l'Italie jusqu'au vt* siècle de Rome. Si nous lecherchons' les causes qui, en dépit de ces obstacles, auraient pu faire allluer 1rs métaux précieux dans la partie de I Italie où Y Æs grave a dominé, nous n’en découvrons point. Celte contrée ne posséilalt aucune de ces siibslanrcs iiatui'clles qui , nécessaires à tons, ne se trouvent pourtant concentrées qu'en un seul lieu, ou présentent dans un endroit unique des facilités extraordinaires d’exploitation. Rien dans l'Italie continentale d’analo|sue à l’argent du mont Pangée, à l’or de la Scythie, à l’étain ties Cassilérides, au fer de l'ile d’Elbe, au silphlum de Cyrène. Les peuples de l’IUille moyenne n’ayant à livrer, en échange de l’or et de l'argent dont ils auraient eu l>esoin, aucun objet d’une importance équivalente, n’avaient donc pas les moyens d'.ittirer cher, eux une masse considérable de ces métaux. Le peu qu’ils en possédaient, avant d’étre appliqué à l’usage monétaire, était absorbé par des besoins plus essentiels et plus pressants. La parure des femmes, les signes de la puissance suprême, le tribut prélevé par la religioti et les sépultut«s, tic permettaient pas qu’on établit des matières aussi rares comme signe représentatif de toutes les valeurs.

IvCs populations dont la discipline était la moins forte, et le penchant plus grand pour les aises de la vie, soiili'raient moins d'ailleurs de cette pétuiric de matières précieuses qu’oti ne serait tenté de le supposer d’après les conditions de notre société motlerne. Sous un ciel comme celui de l’Italie, le sol et l’industrie particulière de chaque ville suflisaient aux besoins les pins impérieux de la nature physique et de l’imagination, c’est à savoir la nouriituie, le vêtement, rarmement, l'habitation, les arts plastiques et l'architecture. A plus forte raison , chez un pcuplequi, comme celui de Rome, par un merveilleux génie, avait fait de cet isolement, de celte nécessité de vivre au moyen de scs propres ressources, le principe de sa discipline, de sa force et de ses progi'ès; la , le mépris des métaux précieux, érigé en principe moral et en règle de conduite, devait donner naissance an seul système monétaire qui ait pu avoir poiii- b.ase un métal aussi cominuti que le bronze.

Pour donner une idée de la disproportion qui existait dans l'Italie moyenne entre la masse du bronze et celle del'argent, il suOitde rappeler qu’au triomphe de L- Papirius Cursor le fils, apres la victoire d’Aquiloilia (avant Jésus- Christ, ag5), on porta deux millions trente- trois mille livies pesant de bronze enlevé aux 'prisonniers samnites, et seulement treize cents livtes d’argent pris

52 ÜSTRODUCTION

(Intis les villes ennemies (i). Or, le peuple qui avait fourni ces dt^pouillcs ^tait loin d'aflccter la même simplicité que les Romains, et sa position intermédiaire entre la Campanie et l’Apnlie devait faire pénétrer chez lui les matières précieuses plus facilement que dans le pays où dominait alors le système de l’Æjt "rave. En ell'et, la médaille contemporaine d’Aquilonia prouve que le cuivre était alors réduit, dans le Samnium , au rôle de monnaie d'appoint. Il est vrai que dans l'Apulic, à peu de distance d'Aquilonia, nous trouvons la série de \'Æ.i grave la plus méridionale, celle <le Luceiia, Les Romains envoyèrent une

( l) T. Î.ÎT. X , 4ô. Ærir gravis transveeta Mties etntena et ad triginta tria miUia; id as redactum ex captivis dicebatur; argenti , qaod vaptum ex urhibus erat, pondo millia trecenta Omne aj argenUtmdjne in ararium fonditum. Le broDie pria «ur les captif» ne peut s'entendre que de leur armure. Comme on n'avait fait que (rois mille prisonniers dans le combat, il faut joindre k leur dépouille celle des trente mille hommes restés sur le champ de ba* laîltc; CD estimant de vingt-vinq à trente livres romaines le poids d'une armure complète, U dépouille des trente-trois mille hommes n’nuratt pas tout k fait suffi à parfaire la moitié du poids tiidiqnc par Tite*Lire. Ce que l’armée n'avait pas fourni dut par conséfjuent cire pris dans les

villes; aussi la distinction établie parTile-Livc cotre le bronie enlevé aux captifs et l'argent tiré des villes, ne doit*elic pas être prise au pied de la lettre. Le récit deTiti>-Live parait Indiquer qu'avant de porter dans la pompe du triomphe et de ra iigrr dans l'ffitin'ruR une masse de métal aussi considérable, on l'avait coovertle par la fonte en Æf grave. Or la forme la pins commode, comme on Ta dit plus haut , pour taeser tant de bronze dans un local assez restit'inl , était celle de ces lingots quadrilatères dont on n'avalt pu jusqu’à présent déterminer ni l’époque ni Tusage *. Parmi ceux qne possède le cabinet de France, il en est un d’un très-bon travail sur lequel on voit , d'un côté : deux poulets prenant à terre leur nourri^ turt g et deux étoiles, de l'autre deux trident*

* On trouve dans i'uuvragr de M. Ricrio, intilolè t tx Htmtte Jrils ûHtichr /emiglie Ü Romn, a* edix. Na* pics. Is pl‘ LXVII, un lioget quadrilatère

au O'pe du bwuf tépclé sur les deux faces, avec ttt mùu t'galemcot rè|u!lé>, Irtqucis laissent à celte

pièce la valeur du Qaadrmuù, M- Ricrio reconnaît claos le» pièce» d'un plus grand roltiiue encore des QmtKettei ou piècw de cinq as Celle qite nous r«* prodidk'ins doit ap|>arteQir à cette drrnuT* calé* gorie.

A L’ÈTÜDE DES VASES PEINTS, colonie dam cette ville. Fan 5 i 5 avant J. C. (i), et, comme la suite d'as est double (a), il est probable qu’en 396, lors de l'émission de la monnaie d'Aqnilonia , VÆs graine de Luc^ria était encore eu usage. Les monnaies d’argent frappées à Arpi, dans le voisinage de Luceria, appartiennent certainement a la période de la grande puissance des Tarentins en Italie (553*271); mais nous sommes habitués à ces conti'astes ( 5 ).

(t. rompagnés Je Jeux Jatip^hins. Le type tout nous • fait souvenir qu'nvttil la bataille iTAq»»à fait rxiraordinaire qui tlécore ce inoiiumcnl louia les ptdUarti ayanl hésite sur l’augiire qu*il

fallait tirer des animaux confiés à leurs soins, Papirius n*en donna pas moins le signal de la bataille f et fil placer an premier rang celai des puUarii qui avait déclaré Tangure défavorable ; ce de>*ln a/aitt été tué au commencement du combat, ItJ JUux sont pour nous, s*écria le consul, et bienlut la plus éclatante victoire vint justifier sa confiance. Serait-ce à cette occasion que le vaiaqueur anrait fait empreindre la figure des poulets sacrés sur le broute enlevé à l'enoemi? Le désir que nous éprouvons de faire accepter cette conjecture, et par conséquent d'établir un fait chroiiolc^ique d’une importance t'apitale dans l’étude de VÆs gratte, ne noos fait pas illusion sur la difficulté qu'il y aurait k expliquer le trident et les dauphins du revers, dans rhypolbése qui s’est présentée à notre esprit. Ces symboles éveillent en effet l’idée d'une victoire navate; mais comment pourraiton chereber une allusion i un événement maritime sur VÆs grave, puisque cette fabrication cessa avant la première guerre panique, pendant laquelle les Romains parurent la première

fois sur U mer? S'il nous était permis d’ajouter une conjcelure à une conjecture , nous verrions dans te trident et les dauphins les attributs de Replune Equester, qui , sous le nom de Consus, présidait chet les Romains aux bons conseils et aux sages résolutioqs; c'en fut une des plus lieureuses que celle dont Papirius s’avisa, dam uii moment où l’hésitatioii des pullarii allait décourager une armée superstitieuse, et le fier sénateur avait quelque droit de rapporter à Consuj lui*méme une telle résolution. An reste, si Neptune put être invoqué eu cette cinronstance pour couvrir un mépris de la religion des augures que le succès avait déjà justifié, on dut , cinquante ans plus lard , penser que le dieu de la mer avait pris parti pour les pullarii contre le consul, ^uand P. Clodiut ayant fait jeter à l’eau les poulets sacrés qui refusaient de manger, la déroule navale de Drepaiium suivit cet acte éclatant d’impiété.

(1) T. Liv. X, 26.

(2) Æs gfflue, cl. IV, tav. 4.

( 3 ) L’as de la ccdooie romaioc de Luceria se

Les relations commerciales étaient tellement impuissantes ii motlifler cet état de choses, qu'il fallut les résultats de la guerre pour mettre enfin Rome sur le même pied qne les rilles qui, depuis longtemps, employaient la monnaie d’argent. L’énorme butin fait sur Tarente, la plus opulente des républiques de la Grande-Grèce, dut amener un tel résultat, et la secousse qu’il produisit fut as!>ez rapide et assez violente pour réduire tout à coup l’Æ'j ÿirnv à une valeur qui le rendait peu diiréreut de la monnaie d’appoint en usage dans les villes grecques. Pline a sans doute raconté inexactement cette révolution économique, et son récit, qui présente l’.fs comme tombé subitement du poids d’une livre à celui de deux sexfantes , est contredit par les monuments eux-mêmes, lesquels montrent une décroissance progressive de VÆj moulé jusqu’aux premiers Æs frappes, le poids de ces derniers dépassant de très-peu de chose celui de deux srxUwtes d'ancienne fabrique. Mais pour bien comprendre le caractère et l’importance du fait que Pline a voulu signaler, un doit se souvenir que dans tout systè-mc monétaire II y a deux choses k considérer, la valeur iiitriiisètjue du métal et celle des objets contre lestjuels on l’échange. Or, au moment où les métaux précieux aflluèrent pour la première fols dans Rome, la valeur de tous les objets de consommation dut prodigieusement s’accroître, et ce qu'on avait précédenmi,.nt pour une pièce de bronze ne put plus être acquis que pour une pièce d’argent. L’argent remplaçant le bronze dans les paiemeiiLv considérables, lit sentir l’incommodité de VÆs grave, et tendit inutile l’usage d’une monnaie aussi pesante. Dès lors il n’y avait plus d’inconvénients k la réduction de VÆs k un poids moindre que sa valeur réelle, puisque dès lors aussi la monnaie de bronze ne devait plus servir qu’a faire l’appoint de çelle d’argent, sur laquelle se basait désormais tout le système. L’espèce de banqueroute ordonnée alors par le gouvernement romain , fut sans doute peu sensible k cause des masses d’argent que les distributions faites aux soldats firent circuler dans toutes les familles. <

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