‹ Introduction à l'étude des vases peintsChapitre 8 sur 17 · VI. <li l*OnoKr»r · texte numérisé non relu

VI. <li l*OnoKr»r

Vil, As J<* de l'Apennih.

pesants que les plus anciens de Tuder; les chlinces d’antiquité comparative sont donc en faveur de la monnaie la plus élégante et la plus pure. An reste , si l'on s’explitpie diOicilement, dans le silence des historiens, comment l’art, sous sa plus belle forme, a pu régner à Tuder, on comprend d’ailleurs sans peine qu’un pays tel qii'lguvium , reculé bien plus avant dans les gorges de l’Apennin , n’ait pour ainsi dire aucunement participé au développement qui initiait l’Italie centrale aux secrets de l’élégance hellénique. Quant à l'époque qu’il faut assigner à l’émission des as de l’Ombrie , nous ne voyons aucune raison plausible pour ne pas s’en tenir aux termes que nous avons assignés à la fabrication de la même monnaie en Ëtrurie et dans le Latium. Nous possédons peu de renseignements sur l’histoirede l'ancienne Ombrie; mais il nous suflit de savoir que cette contrée s’associa à la lutte de l’Étrurie contre les Romains, )X)nireconnaître que chea les Ombriens, comme chez les Etrusques, les mêmes causes durent amener les memes elTets. La grande révolte et la c^éfaite des Ombriens eut lieu l’an 3a i avant Jésus-Christ ; ils reprirent les armes, sans plir> de succès , vingt-six ans plus tard ; c’est vers une de ces époques que Æs gravr a dù paraître dans cette partie de la Péninsule (i).

Si nous franchissons maintenant la chaîne de l’Apennin, nous trouveions, d'un côté, les as d’Ariminum (a), sans inscription, mais dont le type et la provenance rendent l’attribution indubitable, et de l’autre, les séries d'Uadria et des Veslini (3), reconnaissables aux légendes dont elles portent l’empreinte. L’as d’Ariminum et toutes ses divisions reproduisent un type qui n’a point échappé à la sagacité de M. le comte Borgbesi (4), mais dont, nous le croyons, un n’a pas tiré tout le parti possible pour iixer l’épcHjue de l'émission de cette monnaie. On y voit la tête d’un guerrier gaulois, recontiaissable à sa moustache et au torques dont son col est orné. Les Gaulois Senones chassèrent les Etrusques de Rimini , et s’y établirent , 3y6 ans avant notre ère. L’as qui rappelle leur domination doit donc avoir paru postérieurement à cette date. D'autre part, les Romains envoyèrent , i ofi ans plus tard , une colonie dans la même ville (5). C'est donc entre ces deux époques que nous devons chercher l’occasioti qui a pu dotiner lieu à l’adoption par les Gaulois de Rimini d'un usage que seuls ,

(i) Les ai les plus pesants de Tuder, tav. i , se placent naturellemcnl eu 3ll ; les plus légers conviennvDl à la seconde êpoqne, igS avant Jcsus-Chrîst.

(ï> Classe IV*, tav. i .

(3) tav. 2,3. V. plus bas, p. Iviij , ce que nous disons des as de Loccria.

(4J iMUra al Sr Ant, Bianchi , ap. Mareht e Tessieri, Æa grave, p. io6 seg.

(5) T. I.ÎV. XV, 8,

ii dodby G*»ogle

A L’ÉTLDE DES VASES PEINTS. ;j|

parmi leurs compatriotes, ils semblent avoir connu. Nous croyons qu’uiio telle coïncidence ne put avoir lieu que loi-s de la grande lipie qui réunit, dans un elVort commun contre les progrès de Home, les Gaulois , les Étrusques, les Samnites et les Ombriens (i). Cette formidable confolcration fut détruite à la bataille de Sentina, l’an icj5 avant notre ère; et dans les détails que Tite-Live nous fournit sur cette campagne, nous trouvons les Gaulois Sewmes au premier rang. A quelle ép<K|ue pourrait-on placer plus convenablement l'émission des as deRimini qu’à celle de cette union momentanéeentrclesÉirusquesct les Gaulois?

Les as d'Hadria du Picenum peuvent, à leur tour, donner lieu h des observalions d’une assez grande importance. Ces as sont les plus {icsanls que nous connaissions; ils surpassent, à cet éganl, les plus anciens as romains. La tête de lace de Bacclius Pogon, dont le droit de ce» pièces est orné, se distingue par une certaine gravité <[ui lappelle le style archaïque; cvitte dernière observation s'applitjue plus directement encore au triens de la même série (a) que possède notre Cabinet des médailles. A voir le prolil de la tète de femme empreinte sur cette pièce, on croirait que l’artiste (|iii l’a exécutée s’est inspiré d’un vase peint à figures noires. Par quel miracle le Picenum, province éloignée, qui n’entra que fort tardivement en rapport avec le monde romain , aurait-il seul conservé des monuments capables de rappeler l’époque reculée où , suivant l’opinion commune, VÆa grave se montra pour la première fois en Italie? Mais nous allons voir disparaître encore cette app.-irence d’extrême antiquité. Les as d'Hadria , comme ceux des Veslini, portent l’cmpreinlc de lettres latines , d’une belle forme, et (|ui s’éloignent complètement des alphabets primitifs dont les diirérents peuples italiotcs conservèrent si religieusement la tradition. Ou nous nous trompons fort , ou ces lettres romaines dénotent une époc^ue à laquelle les habitants du Picenum subissaient dtjà rintlucnce des Romains. Ur, quand les Romains pénétrèrent-ils pom~ la première fois dans le Picenum? au commencement du lit’ siècle avant notre ère , dans un temps où la résistance acharuée des Samnites (3) obligeait leurs adversaires à chercher des alliés parmi les peuples qui bornaient le Samnium au delà de l’Apennin. L’alliance solennelle de Rome avec les Picenüus eut lieu en l'an avyq ; Tarciite et les Samnites ayant été abattus dix-huit ans après, les Romains cessèrent de traiter leurs alliés du Picenum avec les mêmes ménagements, et ceux-ci s’étant révoltés, subirent en aG8 le joug que

(i) T. Lîr. X, a^- 29 .

(a) Classe IV*, a , n* 3.

(3) T. Liv. X, lo.

leur impouic la victoire (i). Si nous appliquons aux as d’Hadria et des Vesliiii les règles établies ci-dessus, nous ne pourrons admettre l'existence d'aucune de ces pièces avant l’an 29 Ç); et dès lors il faudra voir si les arguments que nous tirions d'abord du poids et du style de ces pièces ont réellement toute la valeur qu’on serait tenté de leur attribuer.

Quant au style, il faut observer que la télé de Bacchus Pogoii sur les as d'Hadria (a) est de face, entièrement méplate, et pourtant modelée avec cette intelligence qui dénote la pratique la plus avancée de l'art; on ne peut donc placer h une é|XM|ue reculée l'exécution de cette tête.

La remarque tirée de l'archaïsme du style ii’aurait une valeur réelle dans la chronologie de l'art , que si l'on pouvaitfaiie remonter l’émission des as d’Hadria jusqu’au milieudu v” siècle avant notre ère; autrement il importe peu queces belles monnaies aient été exécutées dans le tv' ou au commencement du m' siècle; et si une donnée historique solide, comme celle que nous avons précédemment déduite, nous fait redescendre à une époque comparativement assez récente, nous devons attribuer alors l’apparent archaïsme des têtes à cette tendance vers

;i) T. I,iv. X\,<j.

.î) CUsM* IV*, lav 1 1 , n* I ; «t III , A , n"* i et 2.

A L’ÉTl'DE DES VASES PEINTS. 33

la roilicur des formes que noirs Irmivons chez tous les peuples epii sortent de la barbarie, même alors qu'ils sont initiés à la pratique du dessin par des artistes d’un goût déjà allecté et amolli.

Pour comprendre à quel point cette dernière remarque trouve ici son application, il faut pouvoir, comme nous l’avons fait, comparer le Hacchus de face d’un as d’HmIria bien conservé avec une admirable amétbyste de la collection de M. le duc de Lnynes, sur laquelle la même tête se trouve reprtxluite avec la llnesse et la recberchc qui distinguent le plus grand peifcctionncroent de l'art grec; il est évident alors que l’artiste qui a modelé l’as d'il.idria s’csl inspiré d'un ouvrage de la même nature, et que, pour donner à son travail l’aspect d’une production de l’ancien style, il lui a sufli de simplifier les masses de son modèle , et d’en altérer la souplesse.

L’argument tiré du style étant donc ainsi écarté , celui qui résulte du poids élevé des as d’iladria ne conserve plus la même valeur. Les savants auteni-s de grave (i) ont fait une remarque importante ; ils ont fait voir que la diminution des as du Picenum n’était pas établie .sur la même ba.se que celle des as coulés de l’autre etitédes Apennins ; ceux-ci se divisent en douze onces, tandis que les premiers sccomposcntdedix partiesseulcmcnt. Li livre du Picenum était donc dilFérente delà livre romaine; clic a pu être plus pesante, et par conséquent les Picentins ont dû être portés à émettre des monnaies plus foi tes qu’à Kome et dans l’Étrurir.

VÆs prave est une monnaie si incommode, elle suppose queb|ue chose de Vin. Eii»si imparfait dans l’organisation économique et dans les transactions commer - ,,(5 (./«■.

claies des peuples qui en o"nt fait usage, qu’on n’en peut admettre l’existence*’^”''* **

. V , . monoaiM d<l

<|uc lèi OÙ remploi d’espèces plus maniables et de valeurs spécifiques plus «ystène oniiconsidérables a été ou impossible ou inconnu. D’ailleurs le système de \'Æx è'roee exclut nécessairement l’emploi simultané de monnaies de enivre, frappées

(l) P. inS,

3A IMTRODUCTION

.lïec un coin et d’un petit module. On ne doit donc point s’étonner de ne trouver de pièces ni d’argent ni siu-tout de cuivre du système ordinaire là où l’Æf grave a été en usage; et si l’on rencontre, dans la numismatique des villes où ce genre de monnaie a régné, des pièces de l’autre système, on doit penser que l’émission de ces dernières espèces n’a point coïncidé avec celle des as et de leurs divisions. Ainsi , la monnaie de bronze d’Ariminum , sur laquelle on voit le guerrier gaulois combattant et la légende latine ARIMIN (i), doit appartenir aux premiers temps de la colonie romaine, fondée 270 ans avant notre ère (2). Nous plaçons aussi par conjecture, à une époque plus récente que lésas, les monnaies de bronze frappées à Tuder (3); le retour ù l'alphabet ombrien nous parait sur ces pièces l’ellct d’une réaction italiote, comme celle dont les médailles de la Guerre sociale nous ont conservé le souvenir; les petites pièces de Tuder ne descendent pas néanmoins si bas , et nous sommes tentés de les rattacher à la série de monnaies autonomes dont l'appel fait par Hannibid à l’indépendance italienne provoqua l'émission.

Mais si nous ne rencontrons pas d’espèces du système ordinaire concurremment avec grave dans l’intérieur des mêmes villes , nous restons coiifondu.s d’étonnement à l’aspect de monnaies (jui ont dù être frappées à la même époque que les as, ilans le voisinage même des villes où V Æs grave avait cours, par des peuples de la même confédération, ou, ce qui est plus extraordinaire encore , sous l’autorité du même peuple. Les monnaies d'argent de l’opulonia oll'rent l’exemple le plus frappant de ce phénomène. Cette ville maritime de l’Étriirie parait avoir possédé, dès la première moitié du v' siècle avant notir ère, un système monétaire particulier qui se distingue de tous les autres par la foimc et la disposition du Han, relevé d’un seul coté, plat et entièrement nu de l’autre , ou décoré seulement de lettres et de symboles très-peu saillants. Ce système doit avoir duré longtemps, et parait même s’être prolongé jusqu’à l’époque où les peuples de la Toscane ccssèi-ent de lutter contre les Romains; car on a des monnaies de l’opulonia de toutes les nuances du style grec, depuis la raideur éginétique jus<|u’à la décadence cpii commença sous les successeurs d’Alexandre. A ces pièces d’argent uniformes quant à la disposition, mais si variées de style et de travail , se joignent des pitxats frappées en bronze, qui ,se

(1) Mionn^t, Deseriptiorif t, ], p. io3, (3) Mionncl, Vescr. t. I, p, io4, n" fid; it“ 62; I'Æj ^mre, tav. di jupp. cl. iv*, n* a. Sappl, l. I, p. 211, VÆr grave ,

^2) T. Liv. XV, 8 tav. di sopp. cl. ii*, u" i-3.

A L’f.TrDE DES A' ASES PEINTS. .‘I.î

ratUichenI à la dernière époque du moiiiiaya|'e de l'argent. Une portion notable de la numismatique de Fopnionia a donc dû cire frappée en même temps qu'on coulait les as des autres villes de l’Étrurie, et concuri-cmmeiil avec ces dernières espèces. Comment était-il possible de concilier dans le même pays, au sein de la même association politique, l’existence de systèmes monétaires si diamétralement opposés?

Nous citerons encore un autre contraste du même genre. Sur la cAte du Picenum, entre Ariminum et Iladria , et à une distance à peu près égale de ces deux villes, Denys l’Ancien avait fondé la colonie grcctpie d’Ancéuie, un peu plus de soixante-dix ans avant ré|)0<)ue de l'alliance des Romains avec les [x;uples du Picenum (i). Nous avons des monnaies de bronze de cette colonie grectjue d’Ancône (7); le style en est pur, et l'orme pariante (le coude, àyxsiv) qui décore celte monnaie se retrouvant dans la piV-cicuse collection de bulles de plomb Q) que M. Fauvel avait formée à Athènes, on doit croire que la pièce a été frappée à une éporpie ofi la cité grecque du Picenum, encore en possession de son autonomie , entretenait un commerce régulier avec la métropole de l’Atlique. On ne peut doue mettre une distance considérable entre l'émission de cette monnaie d’Ancône et la fabrication de Y Æs graee d'IIadria ; et pourtant (ju'ont de commun les systèmes <|ui ont piésidé ii l'exécution des pièces d’Ancône et d’IIadria?

Mais voici quelque chose de plus singulier encore : la monnaie d’argent ne (xainmence dans Rome même que l’an atic) avant Jésus-Christ. Pline (4} est lormcl à ce sujet, et les monuments ne démentent ps son témoignage; nous possédons toutefois un grand nombre de monnaies d’argent avec la légende ROMA , et qui doivent avoir été frappées longtemps avant cette épo([ue. Ces pièces, dont le plus fort module a le poids des tridrachmes d’argentdc Capoueet de Teanum Sidicinum, olFrent au droit une double tête imberbe et laurée, et au revers Jupiter, dans un quadrige, lançant la Joudre. Depuis longtemps les plus habiles numismalistes se sont aceordés à placer dans la Campnie le siège de l’émission de ces pièces; mais ils n’ont été conduits à cette conclusion que pila be.auté du travail, qu’ils ont jugée incomptible avec la rudesse romaine à une

( 1 ) Sirab. , V., p. iti 6 i Juveiial. , StU. servi à nceller des lullois» selon l’usage encore IV, 4^* suivi par la douane ou le commerce. On trouvi*

Mionnei , 1 . 1 , p. io5, Q* 67 . les bulles de celle nature principalement :■ (3) Cet huiles de piomh sont munies d'une Athènes et à Syracuse, double qiicac , et doivent par conséquent avoir (4) XXXIll, i3.

époque aussi reculée : argument iiisunisanl et qui sera même juge dangereux si Ton compare les pièces en question avec les beaux as du Latium , et si Tou tient compte des remarques que nous avons faites plus haut sur l’habileté qui a piTsIdc à l’exécution des as romains, les plus grossiers en apparence (i).

(< ) Il est éc ne pa« établir un rap>

procKnnriil entre les tridrachmes dont on vient 3 e |knr]er, et lt*s 7»agniri(|i)eA monnaies d’or rangées d’ordinaire à )a famille f^eturia, sur lesquelles on voit d'un cdtc /(Z double tùe imberbe ei lattrèCy de l’autre un guerrier romain eî le. député (Cun autre peuple avconipliuant une alliance au moyen du sacrifice tfun porc. L’attribution de ces monnaies à la ramîlle yeturia n’irsl justifié'e que par l’analitgiv du Ijpe qu’offrent au revers lo« deniers d’argent de cette dernière famille, avec relui des pi<>ees d’or. Mais ce type aura pu être renouvelé, à une époque com|Mrativemenl récente, par un membre de la famille Vcluria , qui comptait , jtarmi les gloires de sa famille, la partieipntion d’un de ses ancêtres à un traité honorable pour le nom romain : et en effet , le denier de la famille Veturia, dont le Irasnil rude et négligé rappelle l’époc{uc de la fàuerre sociale, doit avoir été frappé vers la fin du seciNnl siècle avant J. C. Quant aux monnaies d’or dont le revers a été renouvelé par un membre de la famille Veturia , il y en a de deux espèces, des stateres et des demustatères (désignés improprciacnt comme (quinaires par Mion* net, Haretéy 1. 1 , p. 7 1 ). Le tyj»e est exactement le même sur les deux modules. Le poids de ces st.'itéres, inférieur de 1^,70 h celui des slalêres d’Alexandre le Grand , ne les range coinmodi*ment ni avct* la monnaie grei'que ancienne, ni avec les deniers romains de la première époque ; pour trouver des deniers romains d’un poids aussi lâihie, il faut descendre Jusqu’au temps des Aniotims. La seule pièce d’or qui ae trouve en rapport de poids avec les statères, est celle de Ta> rente, sur laquelle on voit d’un côté la téie de Hinert’e casquée, de l’autre une chouette aux ailes éployées , avec In légende lû et IXVANItt (Mioniiel, Descr., t. I, p. i 38 , n** 368-71). (À*s dernières pièces , qui ne sont encore ni clas-

sées définitivrincat, ni expliquées d'une manière satisfaisante, doivent appartenir à l’épo(|uc de la seconde Guerre punique x devons-nous faire redescendre aussi bas le slatère en question? Li conHiViueuee serait grave jxmr notre système; car, à parler sincèrement, il est bien difficile de séparer le stalère d'or du Iridnichitiequc nous plaçons è ré{MM|ue où les Romaius devinrent moilrcs de Capouc. Une observation importante qui ii'n point encore été faite sur les pii^cs d’or qui nous ocru|ient , c'est qu'il en existe de drux styles, et sans doute de deux époc|ues différentes. Le cabinet de France possède le stalèn* du style le plus soigné, et le demi-slalèie du style le plus rude.

Le riche cabinet de M. Prnsper Dupré nous offre au contraire un atatère d'un as|vect rude, H un demi-sUitère d'un burin délicat. La série la plus heurtée de travail nous parait la plus ancienne, l'antre doit être le résultat d'une restitution : la pnrmièrc est l’ouvrage de l’artiste qui a exécuté les tridrachiiies d’argent , et le triens d'Alella , mentionne ci-dessous dans notre texte x c'est ce que nous croyons pouvoir affirmer d’après rexamen comparatif et raisonné de toutes ces monnaies. Il faut remarquer encore que le type du traité de paix se retrouve

Nous croyons qu'on peut administrer des preuves plus convaincantes de l’ori(;inc campaiiiennc des pièces d'argent dont nous venons de donner la description. D'abord, l'identité absolue de poids ipi'clles oH'rent avec les monnaies de Oipoue et de Teanum est le rraultat d'une communauté de système. Si l'on compare ensuite le revers des pièces d'argent (jui portent l'inscription RO.MA avec l'as de Capouc, puldié par Daniclc (i), et le trions qu’on a, avec si juste raison, l■cstilué à la ville campanienne d'.Atella, on trouvera entre toutes ces pièces identité de sujet, identité de travail. Quelques-unes des pièces d’argent cl le triens d'Atclla paraissent même avoir été gravés par le même arteste.

Examinons maintenant les circonstances historiques au milieu desquelles ces difl'érentes pièces ont dù être frappées. Le monnayage romain dans la Campanie prit un grand développement, et la durée en fut considérable; il y a des pièces (|ui peuvent avoir été émises après la reprise de cette province sur Hannibal ;

Hur des ^exlantes de Capoue et d’Atclla , de la mctne série et de la méoit* époque (Daniclc»

Num. Capuan. p. 4^1 Mionnet, Suppl. I. 1 , p. *35 , n* ^ 49 ; Deser, l I , p. 1 1 1 , n* io3).

D'après ces considérations nous croyons poo* voir» sans pourtant rien affirmer» ranger les plus aueteiis stalères d’or ci«dcssus déertis» ii la même époque que les tridrachmes et les differentes

divisions de l’as « ommunes à Capoue ctù ; la restitution doit être d’un siècle beauroup plus récent » et tombe sans duule dans les temps impériaux. Si ces données étaient admises» ouu« posséderions donc sur ces beaux statéres la représentation du traité d’alliance qui unit les habitants de Capoue elles Romains à cette mémorablt époque. Le guerrier romain est parfaitcmcni reconnaissable à son armure : l'antre guerrier barbu, sans cuirasse» vêtu de la tunique grecque, n’a rien de contraire à l’idée que doua devons nous (àlre du costume des Cainpanicu». En tons cas, nonsnc noos exprimons ici qu'avec une extrême réserve , et nous soumettons notn' conjecture à l’examen des numismalisles.

(1) Num^ Caputu*,f p.

d’autres, en beaucoup plus grand nombre, sc rapportent cerlainemcnt à la longue et florissante période qui s'écoula entre la lin de la guerre samnite ( ayi ans avant Jésus-Christ) et l’invasion carthaginoise; les pièces à la double télé imberbe sont d’un style comparativement austère, et doivent par conséquent avoir été frappées à une époque antérieure. Celte époque ne peut être que celle où Rome établit un préteur à Capoue (i) (^17 ans avant Jésus-Christ) et, laissant une indépendance nominale à cette grande cité , voulut s’assurer par le fait son entière obéissance. Le grand but des Romains étant alors l’anéantissement des Samnites, la Campanie s’offrait à eux comme le point le plus important à occuper, à cause des approvisionnements qu’ils pouvaient si facilement accumuler dans cette province. Aussi, drâ lors, voyons-nous presque toujours, tandis qu’une des armées pénètre par le nord du Samnium , l’autre armée faire diversion en sc dirigeant de la Campanie sur celte provinc-e. La Campanie entretenait en même temps des rapports d’une autre nature avec Rome, et c’est à cette époque sans doute qu’il faut placer l’introduction dans cette ville de.s pièces de théâtre désignées sous le nom A' Alellanes , parce que les acteurs «pii les exécutaient étaient venus de la ville osque d’Atella, voisine de Capoue. Toutes les vraisemblances se réunissent donc pour nous faire placer à Capoue même, dans les dernières années du iv* siècle avant notre ère, l’émission des pièces d’argent à la double tête imberbe, qui portent au revers la légende RüMA (2';. Or, dans le même temps, nous ne pouvons en douter, le système de VÆs grave existait encore pleinement à Rome; quelque diminution de p<nds que l'as y eût alors subie, on était encore séparé par un trop long intervalle du moment on l’introduction de la monnaie d’argent lit déchoir subitement l’as jusqu’au poids du sextans, pour que l’as n’eùt pas conservé une pesanteur au moins égale ii celle des as ordinaires du Latium. Enlin, ce qui doit mettre le comble à notre surprise, on frappait t\ Capoue des as, divisés par tlixiémes, comme ceux du Piceuum; et ces as, qui devaient être combinés dans un rapport régulier avec la monnaie d’argent du pays, émise au nom de Rome, ou au nom de la ville, nes'accordaient ni |X)ur la fabrique, ni sans doute aussi pour le poids, avec les as coulés

( 1 ) ï. Liv. IX, ao. demi-ststère menliuiinc plus Lvut (p. xjij,n. ,) ,

(a) On a , du c* type , nmi-sculeinent des tri- « que d’ailleurs celte pièce de bai titre est asMi drachmes, mais eurore des didrachuics et des mal ruiitervce , on peut la ranger sans ineontédraebmes. Une pièce d’electrwm du cabinet de nient dans le même système, et l'attribuer a la France reproduit eucore le même type. Comme même époque, le poids n’en diSère que de o»', 45 de celni du

A L ETUDE DES VASES PEINTS, ijui üorlaient alors des ateliers Je Hume. Ainsi le même peuple, ou plutôt le même gouvernement, mettait eu pratique, à une distance de cinquante lieues, deux systèmes monétaires établis sur des bases complètement dill'éi-entes; tel est l'étrange résultat auquel nous conduit l'irrécusable témoignage des monuments!

S'il restait encore, malgré les preuves que nous venons de produire, <picl(|ues

I » I f-' • r» J 1 • Jelanioroaie

ilüuleai i>ur la coDleropoi’aiK^ite de \ Æs grave a Rome et de la monnaie c;,nifxfiienDe. l ouiuine d’argent à Capoue, les autres données que fournit la compai-aison de la monnaie canipanienne avec la monnaie du Latium n’en conserveraient pas moins leur singularité et leur importance. Pendant le siècle où nous avons dù placer les plus nombreuses émissions de VÆs grave dans l'Italie moyenne, il est certain que la Campanie entière jouissait d'un système monétaire dans letjuel l’ai-gent et le bronze avaient les rapports qui paraissent avoir été communs à toutes les villes helléniques, rapports peu dlllérentsde ceux qui existent actuellement.

On distingue les monnaies campaniennes en trois catégories, d’après la langue et les caractères usités dans leurs légendes. Les monnaies grecques sont les premières en date et les plus Itelles sous le rapport de l’art; les monnaies il légendes osques semblent avoir été frappées, en général, sons l’iniluence des Samnites; les légendes latines ne peuvent avoir pénétré dans le pays qu'à la suite des armées et des colonies romaines.

Il est plus facile qu’on ne le croit communément de déterminer des points lixes de chronologie an milieu de ce dédale numismatique. La prise et la destruction de Cumes par les Samnites, l’an 419 avant Jésus-Christ, a d’abord une très-grande importance ; toutes les médailles que nousavonsdeCiimes, on appartiennent au style archaïque, ou conservent c|uelque chose de l’austérité première ilans les productions d’un art désormais libre de toute entrave ; ces résultats sont donc en tout conformes à ce que nous connaissons de la marche contemporaine de l’art grec , et nous en concluons que , grâce à la vie qui circulait avec rapidité dans l’ensemble du corps hellénique, des colonies aussi éloignées du centre que l’étaient celles de l’Opique, marchèrent du même pas que leurs méti-opoles dans la carrière du perfectionnement. 11 existe en petit nombre des monnaies de bronze frappées à Cumes( 1 ) ; l’usage des très-petites pièces de bronze, comme monnaies d'appoint, a donc précédé dans la Campanie l’époque déjà fort reculée de la destruction de Cumes ; et comme nous trouvons à Naples , si étroi-

(1) MioDntl , Siippt. I. I, p. a 4 o, 282.

Page 1