PRÉFACE XXXI
que peu de chose ou même rien ui corresponde au Droit administratif. Mais cette conclusion ne prouve pas où n'implique pas que le système du Droit administratif n’a aucun mérite propre, que l'Angleterre n’a rien Lerdu en négligeant de reconnaitre pleinement les droits À at devoirs de l'Etat, ce qui forme le droit administratif francais. Bien au contraire, je suis d'autant plus éloigné de croire que le droit administratif de la France n’a aucun mérite, que je reconnais en Îui une création remarquable et originale du génie français dans le domaine | de la Jurisprudence ; 1l importe d'ajouter ici que, pour une comparaison avec le Droit anglais, le Droit aduministratif fraucais, tel qu'il existait au milieu du xix° siècle, | convient tout autant que le Droit administratif plus développé de nos jours. A la vérité, mon exposé du Droit français fondé, comme il l’était sur bien des points, sur les écrits d'Alexis de Tocqueville ne correspond pas complètement, ainsi que me l’ont fait remarquer plusieurs critiques estimables, avec le Droit administratif actuel ; mais le Droit français, tel qu’il existait, par exemple, en 1850, ! est une illustration admirable, par voie d'opposition, du Droit Constitutionnel anglais. C’est pourquoi j'ai pensé qu'il n’y avait pas lieu de modifier matériellement les pages publiées pour la première fois en 1885; mais je üens à affirmer tout particulièrement qu’une étude attentive de la Juridiction adininistrative de Laferritre , et d'autres ouvrages récents et autorisés, m'a convaincu ; non seulement que je suis tombé dans quelques erreurs de détail qui sont peut être pardounables à un anglais qui écrit sur le Droit français, mais encore que 1e Droit administratif a subi en France, pendant les cinquante
XXXIL PRÉFACE
ou soixante dernières années, une évolution remarquable dont, en 1885, je ne m'étais pas rendu un compte suffisant. J'ai écrit sur ce point deux notes placées dans l'Appendice. Les notes sont nouvelles et Je les recommande tout particulièrement à l'attention de mes lecteurs francais.
A, V. Dicey
Septembre 1901.
k INTRODUCTION
: ur qe coque Lemaire
« De grands critiques, écrit Burke en 1191, nous ont vus opti- «enseigné une règle essentielle, à savoir que si nous ne a «nous trouvions pas disposés à admirer ces écrivainset ‘3%
«ces artistes nommés Tite-Live ou Virgile par exemple, « Raphaël ou Michel Ange, objet de la vénération de tous « les gens éclairés, nous devrions, plutôt que de suivre notre | | «propre fantaisie, les étudier jusqu’à ce que nous sachions « comment et en quoi ils étaient admirables; que si nous €n’arrivions pas à cette combinaison de l’admiration et du € savoir,il faudrait estimer que nous sommes fous et non pas « croire que le reste du monde a été abusé, C'est une règle « pour le moins aussi bonne au regard de cette constitution g “tant admirée de l'Angleterre. Nous devons la compren- | « dre suivant notre mesure et la vénérer, alors même «que nous sommes présentement incapables de la com- « prendre (1). »
Un observateur impartial, écrit Hallam en 1818, ne peut
(1) Burke. — Works, III (éd. 1872), p. 114.
CONSTITUTION Î
noue et ninterne le plus beau pro-
«manquer de considérer la prospérité 10 | « rompue de l'Angleterre comme le phénome « dans l’histoire du genre humain. Des climats plus « pices peuvent dispenser plus largement sans doute les « joies de l'existence dans d’autres pays; mais nulle part, les « bienfaits que sont susceptibles de conférer les institutions «politiques n’ont été répandus sur une population aus] « nombreuse et aucun autre. peuple n’a pareillement conci- « lié les éléments discordants de santé, d'ordre et de liberté. « Ces avantages ne sont certainement pas düs au sol de « cette ile non plus qu'à la latitude sous laquelle elle est pla- «cée, mais à l'esprit de ses lois d’où ont été dérivées, par « des movens variés, l'indépendance et l'activité caractéris- «tiques de notre nation. La constitution de l’Angleterre « doit done être, pour les hommes curieux de tous les pays «et surtout pour nous, un objet d'intérêt supérieur, car elle «est différente de tous ces gouvernements libres de nations «puissantes, enregistrés par l'histoire, en ce qu'elle ne «montre, après plusieurs siècles, aucun symptôme de déca- « dence irrémédiable, en ce qu’elle fait preuve au contraire «d'une énergie plus expansive (1). » |
Ces deux citations d’auteurs dont la réputation est égale, quoique différente, rappelle avec une fidélité singulière l’esprit avec lequel nos grands-pères et nos pères considéraient les constitutions de leur patrie. La constitution était, pour eux, selon le mot prétentieux de George HI, « la plus parfaite des créations humaines (2). » Elle n’était pas à leurs yeux un simple ensemble politique que l’on püt comparer avec le gouvernement d'un autre Etat, mais, pour ainsi parler, un HAFSPES sacré de science gouvernementale ; comme nous dis: entendu dire dès notre jeunesse, «elle n’avait pas été
, Il, p. 267. Rien ne donne ais touchant la constitution,
(1) HALLAN. — Middle Ages (12° édition) une idée plus vivante du sentiment angl . , : ; .« sé vers la fin du xvine siècle. que la peinture satirique de l’orgueil natio-
nal que l’on trouvera dans Goldsmit ti | | Smith, Citizen of the World (2) Voir STANHOPE, Life of Pitt, I. APP. p. ee : | died
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faite, elle avait poussé» ; elle était Le fruit non d’une théorie abstraite, mais de cet instinct qui a permis aux Anglais et spécialement aux Anglais peu civilisés d'édilier des institutions solides et durables, comme Îles abeilles construisent une ruche, sans se donner la peine de comprendre les principes en vertu desquels elles installent une fabrique plus solide que n importe quelle œuvre d'art laborieusement élaborée. La constitution étail marquée par plus d'une de ces qualités transcendantes qui la mettaient, aux veux de nos pères, bien au dessus des imitations, contrefacons ou parodies, tentées dans le monde civilisé au cours
des cent dernières années; on ne pouvait lui assigner aucune
date précise de naissance ; aucune assemblée n'avait le droit d’en réclamer la paternité ; personne n'était capable
d'indiquer le document contenant ses clauses ; bref, c'était
une chose en soi, que les Anglais et les étrangers « véné- « raient alors même qu’ils n'étaient pas capables de la com- « prendre ».
La génération actuelle doit nécessairement envisager la constitution dans un esprit différent de celui des homimnes de 1191 ou de 1818. Nous ne pouvons pas partager l’enthousiasme religieux de Burke s’élevant jusqu'à l'adoration fanatique, en juste haine de ces « docteurs de l'école moderne » qui, dans leurs ouvrages, renouvelaient l'empire de la barbarie sous la forme du règne de la terreur. Nous ne pouvons exactement avoir la complaisance de Hfallam, bien naturelle chez un Anglais qui vit les institutions de son pays se maintenir et prospérer à une époque où les eflorts des réformateurs étrangers pour combiner l’ordre
avec la liberté étaient demeurés infructueux. Aujourd’hui,
ceux qui étudient la constitution ne veulent ni critiquer, ni
adorer ; ils veulent comprendre et un professeur chargé d'en-
seigner le droit constitutionnel doit savoir qu’il n'est pas appelé à remplir le rôle d'un critique, d’un apologiste où d'un panésyriste, mais simplement celui d’un interprète ;
voir nest pas d'attaquer où de défendre la constitution,
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Vues modernes sur la
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Difficulté particulière de commenter laconstitution anglaise.