AUTRES
Risalat fut tel « que l'on chercherait en vain dans le rite un autre ouvrage dont il existe autant de copies, et peut-être aussi qui compte autant de commentaires » (1).
En Œspagne, l'Otbiia du jurisconsulte Mohammed ibn Ahmed el-Otbi, décédé en l’an 254 de l'Hégire et disciple d'Ibn Habib, eut la même fortune que la Risalat en Ifrikiia. Elle fut considérée comme l'expression la plus exacte et la plus complète des doctrines de l'Ecole de Cordoue ; elle devint l'ouvrage classique (2) dont les disciples de cette Ecole se sont bornés, par la suite, à donner des résumés et des commentaires. Au nombre des ouvrages écrits sur l'Ofbiia, l’un des plus estimés est celui d’Ibn Rochd, l’aïeul d'Averrhoëès, décédé en l’année 520 de l’Hégire (3).
34. — Pendant de longues années, pendant des siècles, les docteurs de Kaïrouan et ceux de Cordoue ont manifesté une vive défiance à l’égard des doctrines de l'Ecole malékite de l’{rak, et, en particulier, à l'égard des doctrines professées par les Malékites d'Egypte, lesquels se rattachaient à cette Ecole de l'Irak, « parce que ce pays était très éloigné, dit Zbn Khaldoun, que les sources où l'on avait puisé ces doctrines leur étaient restées inconnues et qu'ils savaient à peine par quels moyens les docteurs de l'Irak avaient acquis leurs connaissances. D'ailleurs, ceux-ci avaient pour principe de résoudre certaines questions en employant d’une manière parfaitement consciencieuse les efforts de leur propre jugement (Gidjtihad), et niaient l’obligation d'adopter aveuglément le sysième et les opinions de quelque docteur que ce fût. Voilà pourquoi les Maghrebins et les Espagnols évitèrent d’embrasser aucune opinion émise. par l'Ecole de l'Irak, à moins d’avoir bien reconnu qu'on pouvait la faire remonter à l’imam (Malek) ou à ses disciples » (4). D'autre part, ainsi que le constate M. Le Chatelier, « adaptée à la coutume de Médine, la Tradition
(1) Vincent, op. cût., p. 45.
(? et 3) Ibn Khaldoun, op. cit., t. III, p. 17 et note 4. (4 Eoû loc., D. 19.:
imalékite n’était pas faite pour les Masmouda, les Sanhadja et les Zenata du Maghrib. Elle dut se prêter aux adaptations qu'exigeaient leurs institutions particulières, en passant de l'Arabie au Maroc par les écoles intermédiaires du Caire et de Qairouan ou de Tunis » (x).
En sorte qu’une fois introduites au Maghreb et en Espagne, les doctrines malékites s'y sont, par la suite, développées en dehors de toute influence orientale.
Il est à remarquer, en outre, avec Goldziher « que les fouqaha malékites se sont occupés fort peu des traditions et qu'ils ont emprunté tous leurs matériaux d'étude aux manuels de fourow dont l'autorité était admise par l'Ecole. Nous pourrions même trouver en Espagne des exemples d’un véritable mépris pour les hadiths... On rapporte, sur le compte d’un savant cadi de Cordoue, qui, pendant tout un demi-siècle, put jouir dans la capitale du Khalifat Omayade de la plus haute autorité juridique, un fait qui, à cet égard, est bien caractéristique. Ce savant, élève de Sahnoun, Açbagh ben Khalil, suivait avec un respect fanatique le ray des autorités du Malékisme et ne voulait point entendre parler d'autre chose. Il repoussait expressément les hadiths, invectivait les compagnons du Prophète et affichait son dédain pour les traditions : « J'aimerais mieux, disait-il, avoir dans mon coffre la tête d’un cochon que le Mousnad d’Ibn Abi Cheiba » (2)... En un mot, les fouk'aha ma-: lékites « considéraient qu’en revenant aux hadiths, on faisait un retour en arrière. On peut, entre tous, prendre pour type le cadi d'Elvira, Mohammed ben Yahia, surnommé El Baoudjoun (mort en g4r), écrivain juridique, qui ne comprenait rien aux hadiths et qui professait, pour eux, une véritable aversion… On négligeait complètement d'étudier le Coran et les hadiths du Prophète... Au Maghreb, l'étude des Ouçoul était en général absolument négligée » (3).
(1) Le Chatelier, Le Maroc berbère et les Mines européennes ; — (Rev. du M. Mus., février 1910, p. 152).
(2 et 3) Goldziher, Introduction au livre de Mohammed ibn Toumert, p 24, 25, 26 et 27. — Ibn Toumert et les premiers Almohades se sont, cependant, efforcés de remettre en honneur l'étude dés Ouçoul et des
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35. — Mais au vr° siècle de l'Hégire, Abou Bekr et-Tortouchi quitte l'Espagne, se rend à Jérusalem et y enseigne le droit malékite à des étudiants venus d'Egypte. « Ses élèves, dit Ibn Khaldoun, mêlèrent les doctrines de l'Ecole espagnole avec celles de l'Ecole d'Egypte » (1). L'un d'eux, Send Saheb et- Tiraz, fit lui-même école ; il forma des disciples qui, eux aussi, eurent leurs élèves. L'un des plus marquants, parmi ces derniers, fut Abou Amr Ibn el Hadjib, mort en l’an 646 de l'Hégire. Ibn el Hadjib est l’auteur d’un Mokhtas’ar, d'un Précis où se trouvent résumées les doctrines malékites égypto-maghrébines.
D'autre part, au vi siècle de l’Hégire, un autre docteur malékite, Khalil ben Ishak' ben Moucça ben Cha’ïb, surnommé el-Djondi (le Milicien), s’acquit en Egypte ‘une très grande réputation. Il naquit d’un père hanéfite, mais ayant étudié sous la direction du Cheikh malékite El-Menoufi, il embrassa le malékisme et, à son tour, en enseigna la doctrine. Il composa un commentaire du Précis d'Ibn el-Hadjib, le Taoudhih (la mise en évidence), puis donna, lui-même, un Mokhtas’ar, un Précis où se rencontrent de nombreux emprunts à celui d’Ibn el- Hadjib, et dont la confection, au dire de certains, lui aurait causé vingt-cinq années de travail. Il mourut en l’an 767 de l’Hégire selon les uns, en l’an 769 ou en l’an 776, selon d’autres, laissant la réputation d’un infatigable travailleur en même temps que celle d’un homme profondément religieux et vertueux (2). Après sa mort, de très nombreux commentaires
h'adits, de ruiner la doctrine de Malek et de la chasser du Maghreb (Cf. Goldziher, op. cit., p. 41 à 43). Ce fut en pure perte, et, aujourd’hui, encore, on n’étudie guère les h'adits au Maghreb ; « les étudiants Djebala, et aussi la plupart des autres, se soucient fort peu des hadiths, qui ne leur servent pas à grand'chose ; voulant tous être qadis, adoul, avocats, ils n’étudient que le droit ; aussi leur applique-t-on le proverbe : « Chaque vers (de la Tohfa) rapporte un mouton » (Pérétié, Les Médrasas de Fés, Arch. Maroc, t. XVIII, p. 300). — I1 semble même que l'étude du Coran et du Tefsir (commentaire du Coran) y soit complètement abandonnée (Eod. loc.).