‹ Introduction A L'Étude Du Droit Musulman AlgérienChapitre 24 sur 40 · Il ne semble pas que les Kharidjites, ainsi qu’on le · texte numérisé non relu

Il ne semble pas que les Kharidjites, ainsi qu’on le

37. — Macdonald, Development of Muslim théology, jurisprudence and constitutional theory, p. 23 et suiv.

(1) Masqueray, op. cit, p. xv note 1. — Zeys, Législation Mosabite, p. 34. (2) Zeys, op. cit., p. 34. — Depont et Coppolani, op. cit., p. 49. (3) Dozy, op. cit., p. 212 et 213. — Dugat, op. cit., p. 36 et 37. — Masqueray, op. cit., p. XVI et suiv. — Encyclopédie de l'Islam, V° Abadites. (4) Zeys, op. cit., 34. — Depont et Coppolani, op. cit., p. 51, note 2. (5) Dozy, op. cit., p. 212.

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verra par la suite, aient attaché aux actes et aux décisions des premiers Khalifes, Abou-Bekr et Omar, la même autorité que les Orthodoxes et qu’ils en aient fait une sorte de prolongement de la Sounnat du Prophète. Il n'apparaît pas, toutefois, qu’ils aient pris une part active aux querelles soulevées par la désignation de ces deux premiers Khalifes, ni qu'ils aient contesté la régularité de leur désignation (1).

Mais ils se sont refusés à reconnaître l’autorité d'Osman (2) ; ils furent même quelque peu soupçonnés d’avoir participé à son assassinat (3), et lorsqu’à la mort d’Osman, Ali, gendre du Prophète, et Mouaouïa, gouverneur de Syrie, mais de la tribu de K’oreich, se disputèrent le pouvoir suprême, les Kharidjites prirent le parti d’Ali et s’unirent aux Chites (4 pour soutenir, les armes à la main, ses prétentions au khalifat.

L’entente fut d’ailleurs de courte durée. A Ja bataille de Ciffin, au moment où les partisans de Mouaouïa allaient être écrasés par les Chites et les Kharidpjites réunis, Ali accepta l’offre qui lui était faite de faire régler, par deux arbitres, la question du Khalifat (5). Les Kharidjites prétendirent, alors, que ce faisant, Ali avait outrepassé ses droits, attendu que le Coran n’autorisait le recours à l’arbitrage que dans deux cas seulement : la chasse sur le territoire sacré de la Mecque et le désaccord entre deux époux (6) et de même qu'ils étaient sortis contre #ouaouïa, les Kharidjites sortirent contre Ah.

Persécutés, traqués par les partisans d'Al, les Kharidpites résolurent alors de se grouper, de se donner un chef, Abdallah

(1) Cf. Zeys, op. cit., p. 12, note 3.

(2) Dugat, op. cit., p. 39. — Zeys, op. cit., p. 37 et 39,

(3) Zeys, 0p. cit., p. 13.

(4) Partisans d'Al. V. infra n° 47.

(5) Dugat, op. cit., p. 38. — Masqueray, op. cit., p. XIV.— Zeys, 0p. cit., p. 14.

(6) Eod loc. — Coran, v, %6 : « O vous qui croyez, ne vous livrez pas à la chasse pendant que vous êtes dans la tenue sacrée du pèlerinage. Quiconque tuera un animal à la chasse avec préméditation, sera tenu de le compenser par un animal domestique d’égale valeur ; deux hommes consciencieuæ prononceront là-dessus, et l'animal donné comme compensation sera envoyé en offrande à la Caaba ». — 1v, 39: « Si vous craignez une scission entre les deux époux, appelez un arbitre de la famille du mari et un arbitre choisi dans celle de la femme ».

ben Ouahb et, sous la direction de ce dernier et sous le nom de Ouahbites, de se défendre les armes à la main. Chiîtes et Ouahbites se rencontrèrent à Nahrouan. Ce fut pour les Ouahbites un désastre. Tous, sauf dix, furent massacrés ; Abdallah ben Ouahb était parmi les morts (1).

44. — Mais ce désastre ne devait pas marquer la fin de la secte kharidjite ; il ne fut pour elle qu’une terrible épreuve, qui n’amoindrit ni la ferveur de la foi, ni l’esprit de prosélytisme des Ouahbites (2). Les dix survivants se dispersèrent (3), propagèrent là où ils s'étaient réfugiés, les doctrines de la secte et lui recrutèrent de nouveaux adeptes. Et ainsi se reconstitua la secte kharidjite ouahbite, qui, par l’effet, sans doute, de cette dispersion et de ces prédications isolées, ne tarda pas à se fractionner en un certain nombre de branches qui peuvent se ramener à sept principales (4, dont deux seulement nous intéressent parce que ces deux-là, seules, ont joué un rôle dans l’histoire de l’islamisme Nord-Africain, la branche 4badhite et la branche Soffrite.

La branche 4badhite eut pour chef Abdallah ben Abadkh el-WHari, contemporain du dernier Khalife Mérouan II et mort en l’année 150 de notre ère (5).— La branche Soffrite se rattache à Abdallah ben Soffar, selon les uns et, selon d’autres, à Züad ben el Asfar (6).

Les Soffriles étaient intransigeants et cruels (7). Les Abadhiles étaient moins fanatiques et moins barbares (8) et ne parlaient des Soffrites qu'avec horreur (%). 4badhites et Soffrites s’unissaient cependant pour lutter contre les Khalifes Oméiades, et Dozy

(1) Masqueray, op. cit. p. xviIlI.

(2) Peu de temps après son triomphe, Ali était assassiné par l’un d’eux. Cf. Masqueray, op. cit., p. xvI1. — Zeys op. cit. p. 14. — Huart, Histoire des Arabes, t. 1., p. 256 et 257.

(3) Dugat, op. cit., p. 38.

(4) Dugat, 0. cit., p. 38. — Depont et Coppolani, op. cit., p. 50.

(5) Dugat, op. cit., p. 38, note 5.— Depont et Coppolani, op. cit., p. 50. (6) Dugat, op. cit., p. 38, note 4. — cf. Depont et Coppolani, op. cit., p. 90.

(7 et 8) Masqueray, op. cit., p. xxxIII. — Zeys, op. cit., p. 15. — Doutté, op. cit., p. 30 et 31.

(9) Masqueray, op. cit., p. xxxINI.

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constate que «longtemps'ces cruels Kharidjites furent le fléau de l'Irak » (D, — Après dix-neuf années d’une guerre impitoyable et sans merci, les uns et les autres, presqu’entièrement anéantis, durent, en l’an 747 de notre ère, se disperser et émigrer (?).

Certains Abadhites se dirigèrent vers le sud de l'Arabie, s’établirent dans l'Omnan et à Muscate (8) et y fondèrent des communautés qui n’ont point encore disparu (#. De là, certains de leurs descendants, à des époques difficiles à préciser, gagnèrent la côte orientale Re ; Zanzibar, la grande Comore et Madagascar (5),

D’autres Kharidjites, Abadhites et Soffrites se dirigèrent vers l’ouest, c’est-à-dire vers le nord de l’Afrique (6).

45. — Dans le nord de l’Afrique, le succès des Aharidjites fut prompt, mais il fut éphémère. Sans rechercher les causes de la facilité avec laquelle triomphèrent 4badhuies et Soffrites (), ni les raisons qui expliquent la rapidité de leur ruine (8, et sans entrer dans le détail des schismes qui se produisirent au sein de ces communautés Abadhites et Soffrites ), nous nous bornerons à constater que les premiers établissements fondés dans le nord de l’Afrique, par les Xharidyjites, paraissent avoir été les communautés Abadhites actuellement encore existantes du Djebel-Nefoussa en Tripolitaine, et de l’île tunisienne de Djerbal10), puis à signaler l’existence d’un empire Soffrile au Tafilelt dont la capitale fut Sidyilmessa (fondée en l’an 722 de notre

(1) Op. eit., p. 217.

(2) Dozy, op. cit., p. 218. — Huart, op. cit., t. 1, p. 278.

(3et4) Masqueray, op cit., p. XLII. — Zeys, op. cit., p. 15, 19 et suiv. Doutté, op. cit., p. 33. — Depont et Coppolani ; op. cit., p. 53.

(5) Ferrand, Les migrations musulmanes el juives à Madagascar ; — Rey. Hist. Rel., 1905, n° nov.-déc., p. 381.

(6) Masqueray, op, cit., p. xLII. — Zeys, op. cit., p. 15. — Doutté, op. cit., p. 30. — Dozy, op. cit., p 218.

(7 et 8) Cf. Masqueray, op. cit., p. LxII et suiv.— Zeys, op. cit. p. 16 et suiv, — Doutté, op. cit., p. 30 et suiv.

(9) Cf. Depont et Coppolani, op. cit., p. 52. — Encyclopédie de l'Islam, V° Abadites, p. 3, col. 2. |

(10) Masqueray, op. cit., p. LXxI1, — Encyclopédie de l'Islam, V° cit.

dre) (1) et d’un empire Abadhite ayant Tiharet pour capitale et dont le fondateur fut Abd-er-rahman ben Rostem (année 761 de notre ère) (2. — Nous ajouterons que les So rites de Sidjilmessa «semblent avoir disparu sans laisser de traces » G), et qu’au début du X° siècle de notre ère, la prise de Tüharel par les Fatimites, suivie de massacres et de persécutions, entraîna la ruine de l'empire des Rostemides et la dispersion des Abadhiles de Tiharet (4)

Certains d’entre eux se réfugièrent à Ouargla (5), puis, à la suite de persécutions nouvelles, se dirigèrent vers le pays des Beni Mzab et s’y établirent (6. D'où le nom de Mozabiles qui leur a été donné (7). D’autres Abadhiles venus du Djebel-Nefoussa les rejoignirent (8. Et ainsi furent fondées, dans la vallée de l'Oued-Mzab les villes de Ghardaïa, de Mélika, de Bou-Noura, de Beni-Isquen et d’El-Ateuf ), qui, avec les villes de Berrian et de Guerara, situées en dehors de l’Oued Mzab et fondées plus tard (10), constituèrent une sorte de Confédération.

En 1853, cette Confédération fut placée sous le protectorat de la France (11), — En 1882, le Mzab fut annexé à l'Algérie (12.

(1) El Bekri, Description de l'Afrique septentrionale, trad. de Slane, édit. 1913, p. 284 et suiv. — Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. de Slane. t. 1, p. 262 et suiv. — Masqueray, op. cit., LXXIII eb Suiv. — Augustin Bernard, Le Maroc, p. 89. — Cf. El Bayan el Moghrib, trad. Fagnan t. 1, passim.

(2) El Bekri, op. cit., p. 139. — Ibn Khaldoun, op. cit., I, p. 341 et suiv. — Masqueray, op. cit., LXxxIII, — Doutté, op. cit., p. 31. — Augustin Bernard, op. cit., p. 89.

(3) Zeys, op. cit., p. 17, note 7.

(4) El Bekri, op. cit., p. 139 et 140. — Zeys, op. cit., p. 18. — Doutté, op. cil., p. 32. — Masqueray, 0p. cit., P. LXXIV.

(5 et 6) Masqueray, op. cit., p. LxxIv et suiv. — Zeys, op. cit., p. 18et 19. Doutté, op. cit., p. 32. — Encyclopédie de l'Islam, Ve Abadites, p. 3, col. 2.

(7) Sur la légende qui rattache l’origine de cette qualification au Misab (gouttière de la Kaaba), cf. Masqueray, op. cit., p. XXXv.

(8) Zeys, op. cit., p. 19, note 1.

(9 et 10) La ville d’Æl-Ateuf fut la première fondée (1012 de notre ère); Berrian

et Guerara ne le furent qu’un siècle plus tard. Cf. Féliu, Etude sur la législation des eaux dans la Chebka du Msab, p. 5 et 6.

D'après de Motylinski, Guerara n'aurait été fondée qu’en l’an 1040 de l’Hé-

gire (1631 de notre ère) et Berrian en l'an 1090 de 1 Hégire (1628) (Guerara depuis sa fondation, p. 1, note 3 et p. 2).

(11) Cf. Trumelet, Les Français dans le désert, 4e édit. p. 392 et suiv. (12) Proclamation et Instructions du Gouverneur général Tirman, 4° novem-

46. — Les Abadhites du Mzab, nos Mozabites, sont demeurés les puritains de l'Islam, et l'annexion du Mzab n'a pour ainsi dire rien changé à leur manière de vivre.

Nombreux sont les Mozabites établis, pour y commercer, dans nos villes du Tell. Ils y vivent sans se mêler à la population indigène locale. Industrieux, économes, souvent usuriers, ils n’ont d’autre ambition, après fortune faite, que de retourner au Mzab ; ils ne le quittent jamais sans esprit de retour ; la coutume leur interdit, d’ailleurs, les absences de longue durée ; elle leur prescrit, lorsqu'ils se déplacent, de laisser au Mzab leurs femmes et leurs filles, de même qu’elle leur défend, quand ils y reviennent, d’y introduire les femmes qu’ils auraient épousées dans le Tell et les enfants qu’ils en auraient eus ({). Les Abadhites du Mzub entendent, aujourd’hui comme par le -passé, conserver jalousement leur doctrine et maintenir intactes leurs antiques traditions (?),

Les 4Abadhites, comme les Orthodoxes, ont des ’Ak’'aïd, « symboles de la foi résumant le dogme ». L’’ak’idat des Mozabites a été traduite et publiée par M. de Motylinski ®). On trouvera dans l’étude de M. Zeys sur La Législation mozabile, son origine, ses sources, son présent, son avenir, l'indication des principales divergences qui séparent, au point de vue dogmatique, les Abadhites des Orthodoxes (4.

bre 1882. — Prise de possession, 6 décembre 1882. — Arrêté’ organisant le cercle, 28 décembre 1882. — Cf. Rinn, Marabouts et Khouan. p. 138 et suiv. — Les Mozabites prétendent aujourd’hui n’avoir point été annexés purement et simplement et avoir conservé certaines franchises.

(1) Cf. Morand, Ætudes de droit musulman Algérien, p. 432, note 3 et 443. note 1.— Cour, Constantine en 1802, d'après une chanson populaire du cheikh Belgasem el-Rahmouni el-Haddad ; Rec. africaine, 1919, p. 234, vers 20.

(2) A en croire M. de Motylinski, les Abadhites du Mzab auraient « des relations assez fréquentes avec les Abadhites de l’'Oman et de Zanzibar ». (Encyclopédie de l'Islam. V° Abadites, p. 3, col. 2).

(3) Cf. Recueil de mémoires et de textes publié en l'honneur du x1v* congrès des Orientalistes par les Professeurs de l'Ecole supérieure des lettres et des Médersas, p. 505 et suiv.

(4) op. cit., p. 67 et suiv. — Les Abadhites Nord-Africains sont qualifiés par les Orthodoxes de Khouamès (de khamsa, cinq), parce que, suivant Trumelet (op. cit., p. 400, note 1), ils ne commenceraient la série des Khalifes qu'au es (explication bien difficilement acceptable. V. infra, n° 170), et d’après Depont et Coppolani, parce qu'ils constitueraient une cinquième secte en dehors des quatre sectes orthodoxes.

Les sources du droit admises par les Abadhites du Mzab sont : 1° le Coran ; — 2° la Sounnal ; — 3° les préceples extraits de ces deux sources par les Zmams de la religion des gens de vertu et de salut 1}, c’est-à-dire les commentaires qui ont été donnés du Coran et de la Sounnat par les Mechrikhs, par les chefs d’Écoles des premiers temps du Kharidjisme ().

Nous nous réservons de préciser par la suite (8) les doctrines qui ont prévalu, chez les Abudhites, touchant le gouvernement de leur Communauté, d'indiquer les principes fondamentaux de ce qu'on pourrait appeler leur droit constitutiounel.

Quant au droit pénal des Abadkhites du Mzab, ce n’est pas seulement dans leurs livres de jurisprudence qu’il faut en chercher les règles essentielles; mais aussi dans des k£anouns que s'étaient donnés les villes du Mzab. Ces kanouns ont été traduits par M. de Motylinski et nous en avons donné un commen- . taire dans nos Etudes de droit musulman algérien (4.

Et pour ce qui est du droit privé des Abadhiles, il se trouve résumé, condensé dans un ouvrage qui jouit au #zab d’une grande autorité, qui est intitulé Le Nil et qui est l’œuvre du cheikh Abd el! Aziz ben el Hadj Brahim, né en l’an 1176 et mort en l’an 1223 de l’Hégire. Le cheikh Atfaïch de Beni- Isquen, en a donné, à une époque récente, un commentaire très estimé (5).

Le Nil est divisé en 22 livres. Le livre x traite du Mariage et le livre xx1 des Successions. Ces deux livres ont été traduits en français par M. Zeys. — Des extraits des livres x111 et xv1, relatifs à la Tutelle et à l’ Absence, ont été traduits par M. Hureaux.

41. — Secte ou rite Chite. — Les Chiites, ce sont les suivants, qui ont suivi 4/16). On les qualifie quelquefois de schisma-

(1) Cf. Morand : Etudes de droit musulman algérien, p. 438.

(2) Masqueray, op. cit., p. xxxyiii et suiv. — Cf. notre étude sur les kanouns du Mäsab, dans Etudes de droit musulman algérien. p. 438, note 2.

(3) V. infra, Eléments de droit public, n° 70. À

(4) C£. p. 419 et suiv.

(5) Zeys, op. cit., p. 45.

(6) Ibn Khaldoun, Prolégomènes, trad. de Slane, t. 1, p. 400.

tiques, mais à tort selon nous. Ils se sont, en effet, séparés des musulmans, dits Orthodoxes, sur la question du Khalifat ou de l’'Imamat. «Ils pensent que l’Imama n’est pas une affaire ordinaire, qui dépende du choix du peuple; ils disent que c’est au contraire une question fondamentale, base de la religion, qu’il n’est pas permis au prophète de négliger et de confier au peuple » (1). Les divergences qui séparent les Orthodoxes des Chiites, sont donc dogmatiques, doctrinales, et c’est dans la catégorie des sectes hérésiarques, que la secte Chiite doit être rangée.

Pour les Chiites, le successeur du Prophète ne pouvait être

pris que dans sa descendance ; — et comme Mahomet n'avait pas laissé d'enfant mâle, ni de descendant mâle par les mâles, c’est à Ah, gendre du prophète, époux de sa fille Fatima, que le Khalifat aurait dû être dévolu, puis, au décès d’Ali, à ses descendants. En conséquence, les Chtites tiennent pour usurpateurs tous les Æhalifes dits orthodoxes, même les trois premiers : Abou Bekr, Omar et Osman (2).

D'autre part, les Chiites reconnaissaient au Xhalfe un pouvoir absolu. « L’obeissance absolue à l’/mam de la race d’Ali, tel était à leurs yeux le devoir le plus important. L'Imam était tout pour eux ; c'était Dieu fait homme » ().

En un mot, les Chiites étaient, en politique, les partisans du principe de l’hérédité et de l’absolutisme.

Nous n’entreprendrons point de retracer, même sommairement, les destinées de la secte Chute, de dire comment, à la mort d’'Osman, Ali fut porté au KXhahfat et eut à lutter contre Mouaouïa, gouverneur de Syrie, le fondateur de la dynastie des Oméiades, dans quelles circonstances tragiques il trouva la mort, ni ce quil advint de sa descendance.

(1) Dugat, op. cit., p. 29. — « Les Chiites s'accordent à déclarer que l’imamat est la colonne de la religion et la base de l’islamisme » (Ibn Khaldoun, op. cit., t. 1, p. 400).

(2 et 3) Dozy, op. cit., p. 220 et 221. — Zeys, op. cit., p.87, note 2. — Macdonald, op. cit., p. 19 et suiv. Ostrorog, trad. du Traité de droit public musulman d'El-Mawerdi, t. 1, p. 31 note 1. — C£. Ibn Khaïdoun. og. cit., trad. de Slane, t. 1, p. 400. — Certains Chiites, cependant, ceux de la secte des Zéidites, ont reconnu aux deux premiers Khalifes la qualité d'imam (Ibn Khaldoun, loc. cit., p. 402).

Nous nous bornerons à faire observer que de nombreux schismes se produisirent au sein de la secte Chiite ), sur lesquels nous nous réservons de fournir quelques renseignements lorsque nous traiterons de l’organisation politique des pays Musulmans (2), — que sous les Oméïades, puis, sous les Abbassides, les Chutes furent l’objet de terribles persécutions, et que ces persécutions, non seulement n’ont pointentraînéla disparition dela secte, mais n’ont point fait obstacle à la formation de communautés politiques, à la fondation d’empires chiites. L'empire marocain des Idrissites, fondé par Moulaï Idris en l’an 788 de notre ère, peut être considéré comme un empire chiite, la secte chiite des Zeïdiya rangeant Idris au nombre de ceux à qui elle a reconnu la qualité d’imam ). — TI] y en eut un autre en /frikia, l'empire des Fatimiles, fondé en l’an 909 de notre ère par Obéïd Allah, dont la dynastie transféra bientôt sa capitale au Caire et qui à subsisté jusqu’en l’an 1171 de notre ère. Le Chiisme est devenu la doctrine officielle en Perse avec la dynastie des Séfévis, dans les dernières années du XV® siècle de notre ère (4), et c’est à

la secte chiile que se rattachent les Musulmans français de l'Inde ).

48. — Quant au droit privé des musulmans Chües, il ne diffère pas très sensiblement de celui des Orthodoxes (6). JI n’y a pas lieu, d’ailleurs, d’en être surpris. « L’isolement définitif des Chiites ne s’est produit que tardivement. Le Chiisme n’a été, tout d’abord, qu'un mouvement politique, qu'un groupement des partis d'opposition contre le Khalifat » (2). Ajoutons que les Chiiles ont puisé aux mêmes sources que les Orthodoxes, le

(1) CÉ. Ibn Khaldoun, op. cit., &. 1, p. 400 et suiv. — Dugat, op. cit., p. 29 et suiv. — Depont et Coppolani, op. cit., p. 39 et suiv. — Reco. M. Mus., Juin 1912, p. 10 et suiv., Mars 1913, p. 323 et suiv.

(2) V. infra, n° 71.

(3) Ibn Khaldoun, op. cit., trad. de Slane, t. 1, p. 408.

(4) Aubin, La Perse d'aujourdhui, p.156 et suiv.

(5) Traité des lois Mahométanes ou recueil des lois, us et coutumes des Musulmans du Décan. — Journ. asiat, 1841, 3° sér., t. x11, p. 149.

(6) Lambert, op. cit., p. 3438.

(7) Eod. loc.

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Coran et la Sounnat (1), et que si les Chiîtes ont fait subir aux textes adoptés par les Orthodoxes certaines altérations (2, ce ne fut, en fin de compte, que pour justifier les prétentions des Alides au Khalifat; on comprend que, dans de telles circonstances, dans le domaine du droit privé, chez les Orthodoxes et les Chiles, les mêmes solutions aient prévalu ().

Il est à remarquer, toutefois, que si les Orthodoxes ont, à partir d’une certaine époque, déclaré que {a porte de l'effort élait fermée et refusé, à partir de ce moment, l’idjtihad aux docteurs

- de l'islam, il semble bien que le Chiisme persan reconnaisse,

aujourd'hui encore, cet idjtihad à tous les jurisconsultes en renom et ne l'ait point limité à ceux de certaines générations (4).

Bibliographie. — De Tornauw ; Le droit musulman exposé d’après les sources, trad. Eschbach (5).

Querry ; Recueil des lois concernant les Musulmans chiites. D’Allemagne, Du Khorassan au pays des Bakhtiaris (6).

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