‹ Introduction A L'Étude Du Droit Musulman AlgérienChapitre 32 sur 40 · Théorie kharidjite. — Si les premiers Kharidjites ont · texte numérisé non relu

Théorie kharidjite. — Si les premiers Kharidjites ont

* (1) Cf. XX., Le Sultan Ottoman et le Khalifat: Revue de Paris; 1 septembre 1916, p. 206 et suiv. — M. Y. Bitar, Le Califat et la guerre ; Mercure de France, 1** octobre 1916, p. 386 et suiv.; 16 octobre 1916 p. 625 et suiv. É

(2) M. Y. Bitar, op. cit., Mercure de France, 1* octobre 1916, p. 386 et 387. — Gaudefroy-Demombynes, Les institutions musulmanes, p. 137 et 138.

(3) XX., Le Sultan Otioman et le Khalifat, Revue de Paris, 1% septembre 1916, p. 224. — Dans tous les cas, les Marocains ne paraissent pas disposés à admettre la suprématie d’un khalife auquel serait subordonné leur sultan. « L'indépendance du Chérif de la Mecque, disent-ils, n’a rien à voir avec notre khilafa » Consultation Marocaine sur la question du khilafa : Revo. Monde Musulm., t. XXXIV, p. 141 et suiv. '

tenu Osman pour excommunié (1) et s’ils sont sortis contre Ali, il n’en est pas moins vrai qu’ils les ont considérés tout d’abord comme régulièrement investis du khalifat, de même qu’A4bou Bekr et Omar @). Les termes dans lesquels leurs livres parlent de ces deux derniers, notamment, ne sauraient laisser place au doute sur ce point (3), En sorte que, sur la question des modes de transmission du khalifat, les doctrines kharidjites concordent sensiblement avec celles des Orthodoxes.

Mais elles s’en séparent sur les points suivants :

1° Tandis que, pour les Orthodoxes, on l’a vu (4), l'existence d’un Khalife est toujours d'obligation, — pour les Kharidjites, cette existence n’est pas toujours obligatoire, et il est des cas dans lesquels elle est simplement permise (5).

Les Æharidpites et les Ahadhites, en particulier, considèrent, en effet, qu'ilest, pour eux, quatre élats ou voies possibles : l’état de gloire, l’état de résistance, l’état de dévouement et l’état de secret (6). — L'état de gloire est celui de la secte triomphante ; — l’état de résistance est celui de la secte luttant pour entrer ou se maintenir dans l’état de gloire ; — l’état de secret est celui de la secte réduite aux abois. — Quant à l’état de dévouement, il paraît avoir été spécial à un groupe d’Abadhiles particulièrement fervents, constituant un groupe de dévoués, chargés de mener sans cesse leurs frères au combat et qui, alors que la secte était à l’état de secret, fomentaient des insurrections et entretenaient une agitation constante. — En sorte que, pour l’ensemble des membres de la Communauté abadhite, il n’est, en réalité, que trois états possibles : l’état de gloire, celui de résistance et celui de secret.

Dans l’état de gloire, de même que dans celui de résistance, la

(1) Zeys, op. cit., p. 39. — Depont et Coppolani, op. cüt., p. 49.

(2) Cf. Rinn, Marabouts et Khouan, p. 22.

(3) Cf. Masqueray, Chronique d'Abou Zakarta, p. 9, 12 et 17.

(4) V. Sup., n° 65, 1°.

(5) Ibn Khaldoun, op. cit., t. I, p. 389. — Ostrorog, op. cit., t. I, p. 95.

(6) Masqueray, op. cit., Introduction, p. xx11 et suiv., et Xxxvi et suiv. — Zeys, op. cit., p. 15 et 44, note 2.

désignation d’un imam est obligatoire. — Mais, elle est simplement permise quand la secte est à l’état de secret. Et, il en est ainsi quand la résistance n’est plus possible sans compromettre la vie des femmes et des enfants (1).

Les Abadhites africains n’ont, à proprement parler, connu l’état de gloire que tant que se maintint à Tiharet la dynastie rostémide (2. Mais ils se considèrent comme étant à l’état de secret depuis le jour où, vers l’année 909 de notre ère, Tiharet étant tombée aux mains des Fatimites, l'Imam Yacoub déclara impossible la reconstitution de l’imamat G).

Lorsqu’en 1853, la confédération abadhite du #z’ab fut placée sous le protectorat de la France, elle n'avait point d'imam. C'était une agglomération de petites communautés religieuses (4) dont chacune était administrée par trois djema’ds : la h’alka’t des ’Azzaba, la djema’à des ’Aouames et la djema’à des Mékaris.

Les Mékaris étaient de simples agents d'exécution « chargés de la police générale, du maintien de l’ordre et de l’arrestation des malfaiteurs et gens de désordre (5) » et n’avaient d’autres pouvoirs que ceux que leur déléguaient, soit la h'alk'at des *Azzaba, c’est-à-dire des clercs, — soit la djemn’4 des ’Aouames, c’est-à-dire des laïques, — lesquelles se partageaient, dans des proportions qui variaient avec les villes, le pouvoir qu’à l’origine, sembie-t-il, les clercs avaient seuls détenu (6).

2° Tandis que, pour les Orthodoxes, le Xhalife doit être k’orétchite, les Kharidjites admettent, au contraire, que le Khalife puisse être choisi en dehors de la tribu de £’oréïch (?.

3° Enfin, si, dans la doctrine orthodoxe, la nation a le droit de déposer le Khalife qui a subi une altération d'état, mais n’est

(1) Rinn, op. cit., p. 145.

(2) Zeys, op. cit., p. 44.

(3) Masqueray, op. cit., Introduction, p. Lxx1V. — Rinn, op. cit., p. 145.

(4) Masqueray, op. cit., p. 318, note.

(5) De Motylinski, Guerara depuis sa fondation, p. 33.

(6) Cf. notre étude sur les Kanouns du Msab, dans Etudes de droit musulman algérien, p. 423 et suiv.

(7) Ibn Khaldoun, op. cit., t. I, p.396.— Dozy, op. cit., p. 212 et 213. — Ostro rog, 0p. cit., p. 304, note 1.

point tenue de le faire, — dans la doctrine kharidjite, au contraire, « il est du devoir de la nation de se soulever contre le calife impie, de le renverser et de le tuer » (1).

11. — Théories chiites. — Les Chiites, avons-nous dit précédemment (2), ce sont ceux qui suivent Ali, ceux qui considèrent qu'il n’appartenait pas à la Nation de désigner le successeur du Prophète G), que, seul, Ali avait qualité pour succéder à Mahomet, et que les successeurs d'Al ne pouvaient être pris que dans sa descendance. | |

Mais, c’est peut-être ià le seul point sur lequel les Chates se soient mis d'accord. Et, dès qu'il s’est agi de justifier les droits d’Ali au khalifat, puis de décider comment, après lui, s’opérerait la désignation de ceux de ses descendants à qui devrait passer le khalifat, des divergences se sont produites.

Nous n’entrerons pas dans le détail de toutes ces controverses. Nous nous bornerons à renvoyer, en ce qui les concerne, aux ouvrages suivants : [bn Khaldoun, Prolégomènes, trad. de Slane, t. I, p. 400 et suiv. — Dugat, Histoire des philosophes et théologiens musulmans, p. 29 et suiv. — Depont et Coppolani, Les confréries religieuses musulmanes, p. 39 et suiv.; — et nous ne parlerons avec quelques détails que : 4° dela théorie des Duodécimains, parce que c’est celle qui a prévalu en Perse et qui, de toutes les théories chiites de l’imamat, est celle qui groupe, à l'heure actuelle, le nombre d’adhérents le plus considérable ; — 20 de la théorie 1smaélienne, parce que c’est à la secte ismaélienne que se rattachait la dynastie fatimite qui, pendant un certain temps, a dominé dans l’Afrique du Nord. La secte des Duodécimains et la secte ismaélienne ne sont, d’ailleurs, que deux branches d’une même secte, celle des Imamiens (4.

4° Théorie des Duodécimains. — Les Duodécimains sont ainsi

(1) Ostrorog, op. cit., &. I, p. 175.

(2) V. sup., n° 47.

(3) Ibn Khaldoun, op. cit., t. I, p. 403. — Cf, Ostrorog, op. cit., t. 1, p. 95 ‘note 2 et p. 156, note. '

(4) Ibn Khaldoun, op. cit., t, I, p. 409. 12

nommés parce qu’ils reconnaissent la qualité d’imam à Ali et à

onze de ses descendants, qui sont : Hasan, Hoséin, Zéïin el-Abedin, Mohammed Bak’ir, Dj'afar Sadik, Mouca Kadh’em, Ah er- Ridha, Mohammed et-Tek'i, Ali el-Hadi, El Hasan El-Askeri,

Mohammed el-Mahdi U).

Ce dernier imam, Mohammed el-Mahdi, mourut assassiné sans laisser de postérité en l’an 878 de notre ère (264 de l’hégire). Mais ses fidèles se refusèrent à croire à sa mort. Privé, en fait, de la puissance, il se dissimulait, pensaient-ils (aussi l’appelèrent-ils l’'Imam caché). Mais, pendant les soixante-dix ans qui suivirent sa disparition, il serait demeuré en communication avec ses fidèles par l'intermédiaire de quatre naouab (lieutenants) successifs, auxquels il se serait rendu visible. Puis, sur.ile point de mourir, « il serait apparu au dernier d’entre eux pour l’aviser qu'il n'aurait point de successeur. Ce fut la fin de la petile absence. La grande absence dure encore, jusqu’à ce que, les temps étant accomplis, certains signes réalisés, le dernier imam se réincarne parmi les hommes, afin de reprendre la manifestation prophétique interrompue » (). Et ainsi, — l’Imam el-Mahdi (le bien dirigé) est devenu le messie, le rédempteur destiné «à remplir la terre de justice autant qu’elle est remplie d’iniquité » @). Aussi l’appelle-t-on l’Imam attendu (@), le Maître des Temps 4, le Maître de l'Heure W).

Et, l’on compte si bien, en Perse, sur le retour du Mahdi que Chardin raconte (6) qu’il existait à Ispahan « une écurie du

°(1) Ibn Khaldoun, op. cit., t. I, p. 410. — Aubin, Le chiisme ef la nationalité persane, Rev. M. Mus., mars 1908, p. 460.

(1) Aubin, loc. cit., p. 461.

(2) Depont et Coppolani, op. cit., p. 45, note.

(3) Ibn Khaldoun, op. cit., t. 1, p. MO.

(4) Aubin, op. cit., p. 461.

(5) Depont et Coppolani, op. cit., p. 45, note. è

(6) « Encore à présent, avait déjà constaté Ibn Khaldoun, ils attendent son arrivée, eb, pour cette raison, ils le nomment Æl-Monthader (l’attendu). Tous les soirs, aprês la prière du maghreb, ils se rendent à l’entrée du souterrain (dans lequel il se serait réfugié et aurait disparu), amenant avec eux une monture, et là, se tenant debout, ils appellent. l'imam par son nom et le prient de sortir. Quand les étoiles ont perdu leur éclat, ils se retirent, pour recommencer la même cérémonie le lendemain soir. Cette pratique s’est conservée jusqu’à nos jours » (op. cit., trad. de Slane, t. I, p. 405).

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Maître des temps » constituée en wakf à son intention par un roi Séfévi. « On tient là, nuit et jour, de beaux chevaux sellés et richement harnachés, dont il y a toujours deux bridés, afin que le khalife monte dessus, au moment qu’il paraîtra ».— Dans l'automne de 1906, quand fut inauguré le conseil national, lés journaux de Téhéran tinrent à indiquer que le nouveau parlement de la Perse s'était ouvert « sous le regard du padischah et en présence du dernier Imam » ().

2° Théorie ismaélienne. — Les Ismaéliens limitent à sept (2) le nombre des imams ; et, jusqu’au sixième mam, la liste de leurs imams concorde avec celle des Duodécimains. Leur sixième imam est donc Djafar Sadik.

Mais Djafar Sadik eut deux fils : Ismaël et Mouca Kadh’em; et Ismaël, désigné comme son successeur, par Djafar, mourut avant ce dernier (?). — Puis, à la mort de Djafar, de nombreux Chailes reconnurent la qualité d’imam au second de ses fils, Mouça Kadh’em, qui devint ainsi le septième imam des Duodécimains (4) ; tandis que d’autres qui, pour ce motif, furent appelés Ismaéliens, soutinrent qu'Ismaël ayant été régulièrement dési-

{1) Aubin, loc. cit., p.472.— La doctrine des Duodécimains qui est, en Perse, la doctrine officielle, a été battue en brèche au XIX°* siècle par la doctrine du cheikh Ahmed Ashat, le Cheikhisme, et surtout par celle de Seyyed Ali Mohammed, dit le Bab,le Babisme, laquelle se refuse à admettre la suprématie d’Ali et l’infaillibilité des ëmams (Cf. R. M. Mus., t. II, p.251; t.IV, p. 647, 847 et 848; t. XIV, p. 357. — Huart. La religion de Bab, Rev. Hist. Relig., t. XVII, p. 279 et suiv. — Le Bayan persan, eod. loc., n° juillet-août 1913, p. 103 et suiv.).

(2) Le nombre sept « qui joue un si grand rôle dans la nature, dans la personne même de l’homme et dans les rites de la religion » (Depont et Coppolani, op. cit., p. 48) a, pour eux, une importance considérable. Ils admettent, par exemple, que « depuis l’origine du monde, la suite des siècles se partage en sept périodes, dont chacune a eu sa religion fondée par un prophète » (Eod. loc.); il est aussi, pour eux, sept degrés dans l'initiation.

(3) Ibn Khaldoun, op. cit., p. 409.— Dozy, op. cit., p. 257 et suiv. — Huart, op. cit., t. I, p. 330 et suiv.

(4) Selon d’autres, Ismaël, choisi pour lui succéder, par son père, aurait commis le crime de s’enivrer. Djafar l'aurait alors exhérédé, et se serait désigné comme successeur son fils Mougça. Certains Chiites seraient demeurés fidèles à Ismaël, prétendant que Dieu ne peut pas changer d'avis, — et que. tout ce que fait l’imam étant juste, /smaël n’avait pu pécher en buvant du vin. — Cf. Dozy, op cit., p. 257 et suiv.

gné par son père et l’imamat ne pouvant remonter du fils au père (1), l'imamat devait demeurer dans la postérité d’Ismaël et, en conséquence, ils reconnurent la qualité d'imam à Mohammed, fils d'Ismaël, qui fut ainsi, pour eux, le septième mam (?) et, aussi, le dernier, car c’est Mohammed, fils d’Ismaël, qui, pour les Ismaéliens, est devenu l’imam caché, le mahdi, le maître de l'heure, communiquant avec les hommes par l'intermédiaire d’un da’ (), d’un missionnaire, et destiné à réapparaître dans les moments de grande corruption pour remplir la terre de justice (4).

Le propagateur, sinon le fondateur de cette doctrine, fut un persan du nom d’Abdallah benMaïmoun W).

C’est un adepte de cette doctrine, Hamdan Karmat, qui, à la fin du 1x° siècle de notre ère, fonda la secte des Karmates qui, pendant près de deux siècles, domina dans le Bahraïn (6).

C’est à la secte ismaélienne que se rattache la dynastie futimite qui a régné sur le Maghreb, puis sur l'Égypte, de l’année 909 à l’année 1171 de notre ère, et dont le fondateur, Obéïd- Allah, a été considéré par ses fidèles comme une réincarnation du septième imam (1).

C'est à la secte ismaélienne, également, que se rattache la secte des Assassins, dont la fondation remonte au milieu du xi° siècle de notre ère et qui «a su faire durer (en Perse) et dans les montagnes du nord de la Syrie deux siècles un royaume de brigands et de meurtriers » (8). — C’est, aussi, de la doctrine

(1) Depont et Coppolani, op. cit., p. 44.

(2) Ibn Khaldoun, op. cüit., t. I, p. 409.

(3) Littéralement : celui qui appelle.

(4) Sur la formation de la secte ismaélienne et ses doctrines, cf. Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druses, introduction; — de Goeje, Mémoire sur les Carmathes du Bahrain et les Fatimides.

(5) Dozy, op. cit., p. 260 et suiv. — Huart, op. cit. t. I, p. 332 et ve (6) De Goeje, op. cit. — Dozy, op. cit., p. 269 et suiv. — H ;

Sas ent uart, op. ci, t. I, (7) Ibn Khaldoun, op. cit., t. I, p. 409.

(8) C£. Guyard, Le grand maître des Assassins au te j Dozy, op. cit., p. 269 et suiv. FO eNReonSs

ismaélienne que procède la religion des Druses (1), et c’est de la secte ismaélienne que dérive la secte des Khodjas de l’Inde (2.

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