‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 111 sur 212 · rA, p · texte numérisé non relu

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qu'on lui signalait, coup sur coup, de Tautrc côté du Tchou, puis au delà du Kara-dagh, » de la Montagne Noire », puis en roule vers le bas Syr Darya, vers ses forteresses de Yengui-Kendj « Bourg neuf », de Saganaky « le Port », d'Olrar, de Djend, menaçant Turkeslan, la Ville Sainte, le tombeau du grand Saint Khodja Ahmed Yesevi, pillan et massacrant partout; ils faisaient consciencieusement le dég&t, enlevaient le fourrage, les récoltes, les chevaux, le bétail, les gens du plat pays, brûlaient et tuaient ce qu ils ne pouvaient envoyer en arrière; c'était leur consigne. Ils devaient nettoyer la route du Nord, de manière à la rendre impraticable à une grosse armée, puis se retirer quand ils l'auraient proprement dévastée, quand il n*y resterait plus ce que Turenne appelait, lors du premier incendie du Palatinat, (c un poil de fourrage ». Djoudji les commandait; toujours correct, l'Empereur Inflexible avait mis à la tête de la première armée ce prince dont la vue lui navrait leccrur; c'était Tatné; il devait être le premier à l'honneur; la loi, le droit de préséance exigeaient qu'il en fât ainsi. Djoudji commandant ofFiciellemenl, on ne sait pas le nom du chef réel, de son conseil militaire : pcut-élre SouboutaT, peut-être Djebé, peut-être Tougatchar; en tout cas, un capitaine sûr, car Taflaire fut bien conduite, et Djoudji, sans directeur, ne fit jamais rien qui vaille à la guerre. A défaut de talents, le jeune prince avait du cœur. Son conseil lui disait : L'ennemi est supérieur en nombre; notre consigne était de faire le dégùt; jusqu'ici, nous nous en sommes acquittés; il faut battre en retraite. « Et moi, s'écria le prince, que dirai-je à mon père? » '. Le cri lui échappait comme un aveu ; il était obligé de se battre, lui, l'alné, lui le b&lard toléré, accepté. Il chargea furieusement, toujours en tête, fut sur le point de mettre la

i. Abou'lffha?!, p. 99.

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main sur le guidon du « deuxième Alexandre ». Djelai Ëd- Dine rétablit le combat, fil reculer les Mongols, mais ne put les rompre. A la nuit, on s'arrêta, de part et d'autre; Djelai Ed-Dine comptait en finir le lendemain ; les vieux routiers de Chine lui jouèrent un de leurs tours; avant le jour, ils mirent le feu aux herbes sèches de la steppe, et décampèrent, derrière le rideau de flammes. D*après Nessavi, contemporain et, dans plusieurs affaires, acteur et témoin oculaire, le Sultan commandait en personne, et Djoudji battit complètement la gauche des Kharezmiens ; « mais un mouvement offensif de l'aile droite du Sultan contre Taile gauche du maudit rétablit l'équilibre. »

L'impression sur les Kharezmiens fut terrible; « la terreur que ces infidèles avaient imprimée dans le cœur du Sultan et l'estime qu'il faisait de leur valeur étaient telles que si Ton parlait d'eux devant lui, il disait qu'il n'avait jamais vu d'hommes aussi audacieux et aussi solides au milieu des angoisses de la guerre, ni aussi expérimentés dans l'art de porter des coups d'estoc et de taille*. » Pour se rassurer lui-mcme, Mehemed combla sa noblesse de récompenses : « Lors de son retour à Samarkande, le Sultan distribua des pelisses d'honneur aux émirs qui l'avaient accompagné et leur assigna de nouveaux fiefs et de nouveaux honneurs ».

L'invasion mongole commençait. En vingt-cinq ans, ces païens, qui avaient à peine une religion, allaient mettre k leurs pieds l'Islam et la chrétienté, depuis les derviches de NedjmEd-Dine à Ourguendj, jusqu'aux Templiers du Pape et de l'Empereur à Liegnilz.

La campagne des Mongols sur le Syr Darya (novembre 1219-avril 1220) montre, si évidemment, la perfection de leurs procédés stratégiques et tactiques, à une époque où

i. Nessavi, p. 19.

Tari de la guerre, chez les aulres peuples, était redevenu tout à fait rudimentaire, que je suis obligé d'en donner quelque idée; je ferai de même pour l'extraordinaire expédition de Djébé et de Souboulaï depuis Samarkande jusqu*au Don (1220* 1223) et pour la belle campagne de Souboutaï en Pologne- Moravie-Hongrie (1241), afin de détruire Terreur commune d'après laquelle les conquêtes mongoles sont une espèce de migration , l'invasion d'innombrables hordes sauvages se ruant en masse sur l'Ouest, quelque chose comme le mouvement inconscient d*un énorme flot de peuples. Que les Mongols du xm® siècle, dont les trois quarts étaient des Turcs plus ou moins chinoises ou iranisés, fussent inférieurs, par la culture inlellecluelle, aux Cliinois et auxIrauo-Turcs, c'est possible; qu'ils aient fait la guerre brutalement, et avec une extrême rigueur, c'est certain; mais qu'ils aient, en guerre et en administration, été les inférieurs des peuples qu'ils ont toujours vaincus & coup sûr, et qu'ils ont gouvernés régulièrement, d'une main ferme, ce n'est pas vrai. Au xni" siècle, en art militaire, les civilisés étaient les Mongols, et les barbares, les gens qu'ils ont battus dans les règles et dans les formes, par le génie de leurs généraux, par l'expérience de leurs capitaines, par la discipline de leurs troupes, et non point du tout par leur nombre. Leur campagne de 1219 est aussi régulière, aussi ordonnée, que notre classique campagne de 1805.

A la fin de Tannée 1219, après le combat livré entre le Kara Dagh et le bas Syr Darya, le sultan Mehemed de Kharezm ne pouvait plus se faire d^illusions. Suivre les Mongols par la route du nord, dans la direction de Itelasagoun, il n'y fallait pas penser. On n'avait pas assez de troupes pour marcher en avant, atteindre Tennemi chez lui, sur le Tchou et sur Tlli; on en avait trop pour se maintenir entre le Syr Darya et le Tchou, dans un pays vidé, dévasié, rasé par les

Mongols qui venaient d*y faire le dégât. Le Kbarezm Chah prit donc le parti de rentrer en Transoxiane, et de rassembler sa grande armée derrière le Syr-Darya, à Tabri des places fortes qui couvraient les points de passage, à savoir, du nord au sud, Yengui-Kend, Saganak, et Otrar sur la rive gauche, Chache (le Tachkend actuel) et Pichkend en avant de la rive droite, et Khodjend sur la rive gauche, défendant le coude que forme le fleuve à sa sortie de Fergana, où il coule de Test à l'ouest, avant d'entrer en Turkestan qu'il tra* verse du sud-est au nord-ouest. De toutes ces places fortes, les seules qui existent encore aujourd'hui sont Tachkend, Pichkend, Khodjend. Mais, encore une fois, l'argent manqua; la pénurie était telle que la levée et la concentration des troupes furent terminées trop tard : « La seconde mesure prise par le Sultan consista à envoyer de nouveau ses agents collecteurs dans tous ses États avec l'ordre de prélever une troisième fois l'impôt de cette même année, et de lever des troupes d'archers pourvues de tous leurs armements. Le nombre d'hommes que l'on devait ainsi réunir était fixé par les ressources mêmes que donnerait le montant de la somme prélevée, quelle qu'elle fût... Mais au moment même où ces troupes étaient en marche pour se concentrer, on apprit que le Sultan avait fui sans combat et s'était éloigné des rives du Djihoun. — S'il était resté dans ses positions jusqu'à l'arrivée de ces renforts, le Sultan se fût trouvé à la tète de l'armée la plus nombreuse dont on eût jamais entendu parler*. »

Tout à coup, pendant que le sultan de Kbarezm s'eiTorçail, derrière le bas Syr Darya, d'achever ce que nous appellerions aujourd'hui la mobilisation de son armée, il lui vint une terrible nouvelle : les Mongols étaient en Fergana. Celaient

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