Ncssavi, p
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les vingt mille hommes de Djébé, venant de Kachgar; ils avaient passé le Trans-Àlaï au Kyzyl Art, « au Mont rouge », franchi TAlaï au Terek Davane, « au Port des peupliers », bousculé à Ouche et à Marghilane les quelques rassemblements qui avaient essayé de leur barrer le passage ; ils avançaient par la rive gauche du Syr Darya. S'ils emportaient Khodjend, la ligne du Syr était tournée, la route de Sogdiane et de Samarkande ouverte. Un capitaine des Kharezmiens se jeta dans la place en toute hâte ; il s'appelait Timour Melik ; sa défense héroïque est restée célèbre dans les annales chinoises, aussi bien que dans les chroniques musulmanes. Réduit à un millier d'hommes dès les premiers assauts, trop faible pour garder la ville, Timour s'enferma dans le château, « un fort sur une ile du fleuve, si raide que les géants n'auraient pu le prendre » <; un capitaine mongol nommé Alak^ vint Vy assiéger avec cinq mille hommes '. Le reste flia vers le nord, pour aller rejoindre la grande armée qui arrivait en masse sur le Syr, balaya la rive gauche, et emporta Benaket au passage.
A la première nouvelle de l'entrée des Mongols en Fergana, Sultan Mehemed jugea que c'était de ce côté qu'ils prenaient leur direction principale, et qu'ils allaient déboucher en masse sur le pays de Soghd. Il changea encore son plan, garnit les places du Syr, renforça le malencontreux Gaïr Khan, qui était à Olrar avec vingt mille hommes — trop peu pour la guerre en rase campagne, trop pour soutenir un siège, — lui envoya dix mille hommes de plus, dispersa une vingtaine de mille hommes entre Otrar et Benaket, en mit
i. AI>ou*lgha7i, 106, texte.
2. Le Tueur: sous d'autres formes, Alakouch; en mongol, Alagatst.
3. La U^gcnile de Timour Mclik nVst poinl surrailc Los Mongol» et les Chinois l'ont trop tiien conserver; dans leurs histoires, Mie-Li'Ko est à cAtê de lijftiHdoun (Djelal Kd-Dine) le plus hrave, et les Mongols s'y ronnaissaicnt. II est curieux que Nessa?i, Tami de Djalildoun, ne dise rien do Mie-Li-Ko. Mais D}ouY(*îni et les Chinois témoignent assez haut sur re vaillant.
trente mille à Bokhara, où ils n'avaient rien à faire, s'il supposait que le gros de Tarmée mongole arriverait par Khodjend et Benaket, et s'établit lui-même à Samarkande, avec une cinquantaine de mille hommes, envoyant des messages partout, à Balkh, en Khorassan, aux vassaux atabek, dans son domaine héréditaire de Kharezm, à Ourguendj, pour presser le départ des contingents.
Il dispersait ainsi son armée sur deux lignes, une moitié, échelonnée le long du Syr, dans les places, l'autre, hors de portée de secourir la première, le long du Zerafchan, en Soghd, de Samarkande à Bokhara; derrière encore, le long de TAmou, tout au loin, une autre armée se formait entre Balkh et Ourguendj. Voulant être partout, il n'était nulle part.
Les erreurs stratégiques de Mehemed et de son conseil ne pouvaient échapper à Nessavi, vaillant homme de guerre, compagnon d'armes d'un capitaine comme Djclal Ed-Dine, l'adversaire le plus habile qu'aient rencontré les Mongols. Nous avons ici la critique militaire des opérations faite par les combattants eux-mêmes, le témoignage des vaincus qui discornent leurs fautes après la défaite, et les avouent la rage dans le cœur : « Une autre mesure funeste fut celle que prit le Sultan de disséminer ses troupes dans les villes de la Transoxianc et du Turkcstan. Ainsi il laissa Inal Khan à Otrar avec vingt mille hommes, Koutlouk Khan avec un groupe de vingt mille cavaliers à Cheherkent, l'émir Ikhtiyar Ed-Dine... et Inandj Khan avec trente mille hommes à Bokhara, Thoghan Khan... et les émirs du Ghour... avec quarante mille hommes à Samarkande; Fakhr Ed-Dine avec l'armée du Seïstan à Tormiz; Belkhamour Khan à Ouakhch (sur TOxus, au nord de Balkh); Abou Mohammed... à Balkh; Asrek Pahlavan à Kherenroudz (en Fars); Aldjek Malek à Djaïlan; El Barthasi à Koundouz et Aslabeh Khan à Ouledj (?). CVst-
à-dire qu il ne laissa aucune des places de Transoxiane sans la faire occuper par une portion de Tarmée active. Ce fut là une véritable faute, car s*il avait ofTert le combat aux Tatars avant d'avoir ainsi disséminé ses forces, le Sultan les eût aisément anéantis et en eût délivré la terre *. »
La grande armée mongole achevait de se concentrer sur rirtyche dès la iin de Tannée 4219. Ils avaient choisi Thiver comme la bonne saison, parce que les fourrages étaient prêts, les chevaux engraissés aux pâturages d'automne et entraînés, et que les rivières gelées facilitaient les mouvements de troupes. La masse était formée de hezar, « milliers », c'est-à-dire de troupes régulières mongoles, sans distinction de nationalité locale. Bartchouk, Idi Kout des Oïgour, Arslane, roi des Karluk, et le Saganak Tékine, seigneur d*Almalik, que les Mongols avaient réinstallé après la mort du prince Ozar, rejoignirent, à la tète de leurs contingents nationaux ; celui des Oïgour, les plus riches, les plus puissants et les plus dévoués de tous, montait à dix mille hommes; on est donc au-dessus de la vérité quand on évalue Tensemble des auxiliaires à trente mille hommes; avec les vingt mille d'extr<^me gauche, arrivant par la Fergana, cela fait cinquante mille. On a vu, plus haut, par TeiTectif des troupes laissées à Moukhouli, lieutenant-gouverneur en Chine, qu'une armée autonome mongole, prête à faire face à tous événements, ne dépassait guère trente mille hommes, répartis en trois Toumane, « corps de dix mille »; le grade de chef de toumane était le plus élevé dans la hiérarchie militaire; il n'y avait, au-dessus, que des princes, ou des Eurleuk — quelque chose dans le genre de nos maréchaux, — mais dont l'oflire était une dignité, et non une fonction. Il y eut, en tout, neuf de ces maréchaux du vivant de Témoudjine, et il n'est pas fait mention d*uno
dignité analogue après sa mort. Quand on accouplait des toumane, c'était le plus ancien chef de corps qui prenait le commandement effectif, sous l'autorité nominale d*un prince du sang, ou avec commission spéciale. La grande armée de 1219 formait trois rassemblements, Tun sous le commandement direct du Tchinghiz Khan, ayant avec lui son plus jeune fils Toulouï, le second sous le commandement de ses deux fils cadets, Ogodaî et Djagataï, le troisième sous celui de Tainé, Djoudji. Donnant à chacun de ces corps l'effectif normal et réglementaire de trente mille hommes , ajoutant au corps impérial du Tchinghiz Khan dix mille hommes pour sa garde particulière, on arrive à un grand total de cent cinquante mille hommes, ce qui, avec les chevaux de main et de réserve, représente plus de deux cent mille montures à nourrir, sans compter le train des bêtes de somme et de bftt, dans un pays comme la vallée du moyen et du bas Syr Darya, resserrée entre les deux déserts de Kyzyl-Koum, » les sables rouges », et d'Ak-Koum, « les sables blancs », et dévasté systématiquement, au nord d'Olrar, par la première course de Djoudji. A bon droit, les chroniqueurs musulmans disent de cette armée qu'elle était bi néhaïet^ « sans nombre », car ce fut, en 1219, un véritable tour de force d'amener une pareille masse de combattants sur un terrain où aujourd'hui, malgré toutes les ressources modernes, les Russes n'en réuniraient certainement pas la moitié. Quant aux chiffres de cinq cent mille, d'un million, ils viennent du domaine féerique où se plaît l'imagination orientale ; ils sont absurdes '.
I. « La plupart des hommes, lorsqu'ils énumèrenl les forces des Empires qui existaient à leur époque, ou peu auparavant, lorsqu'ils s'étendent sur ta grandeur des armées, soit musulmanes, soit chrétiennes,... énoncent des nombres qui dépassent toutes les bornes que l'expérience journalière nous fait connaître. — Si l'on consulte les chefs de l'administration militaire sur le nombre de leurs soldats,... on trouvera que cela ne va pas à la dixième partie du chiffre qu'on allègue; mais cela tient au penchant de l'esprit humain pour l'exagération. • Celui qui parle ainsi c*st Ihn Khaldoun. con-
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Avec une rapide précision, Tarmée mongole déboucha sur Otrar, une moitié, sous les princes, se déployant le long du Syr, masquant les forteresses, paralysant leurs garnisons, et s'étendant d^Otrar à Benakct, pour aller donner la main à Djéhé, maître des passages du sud et de la route de Samarkande. L'autre moitié, la masse principale, sous la direction du Tchinghiz Khan en personne, franchit le fleuve en aval d^Otrar, et subitement, disparut. Ce fut un coup terrible pour Sultan Mehemed lorsque, dans les premiers jours de mars, il apprit que la grande armée mongole venait de sortir des c( sables rouges », que les villes de Zernouk et de Nourata s'étaient rendues, et que le Tchinghiz Khan marchait sur Bokhara. Il comprit que la partie était perdue. Par Bokhara, les Mongols lui coupaient la route directe du Kharezm, de ses États héréditaires. Il pensa, d*abord, à s'en aller à Ghazna, pour y réunir les Atabek, appeler les Afghans, organiser la défense au sud de TAmou Darya, en Khorassan; il passa le gué de Termiz, s'en fut à Balkh, et là changea encore une fois d*avis, partit pour rOuest, par Nichapour, comptant remonter au nord, se réfugier en Kharezm; son meilleur général, son Uls, le prince Djelal Ed-Dine, voyant Taffaire désespérée, s*était jeté à travers le désert, courait vers Ourguendj pour organiser la résistance. Le sultan parvint, sans trop se presser, presque inconscient, à Nichapour; c'était le 18 avril. Trois semaines après, il s*enfuyait en toute hâte; tout était fini ; Djébé et Souboutaï arrivaient au galop derrière lui.
Pendant que les prfncos masquaient les places du Syr et les enlevaient Tune après Tautre, pendant que Djébé, maître
temporain liu grand Timour (Tamerlan), avec lequel il eut l'honneur de dîner; Ttmour voulut bien lui-même revoir les notes quUbn Khaldoun prenait pour écrire sa vie, et dut sans doute le Hxer sur le compte exact des millions de soldats que les histoires légendaires lui prêtent. — Ibn Khaldoud, Prolégomènes, p. 17.
du haut fleuve, sûr de Khodjend où Âlak tenait Timour- Mclik serré, venait leur donner la main sans cesser de menacer Samarkande, le Tchinghiz Khan, dérobant sa marche, franchissait audacieusement le désert des sables rouges, et venait déboucher en Transoxiane, droit sur Bokhara, dans le dos du sultan de Kharezm. La garnison de la ville, vingt mille hommes, disent les chroniques musulmanes, essaya de se faire jour, probablement pour aller rejoindre le sultan à Nichapour; elle fut écrasée, et Bokhara la sainte ouvrit ses portes à l'empereur païen. « Tous les cheikhs, les mollahs, les muflis, tous les habitants, grands et petits, sortirent de la ville, se mettre à la merci du Khan * » (10 ou 12 avril 1220). Le maître qui avait su attacher à sa cause les Mahmoud Yelvadj , les Saïd Edjell , les Ismaïi et tant d'autres musulmans, connaissait trop bien Tesprit de llslam pour ne pas chercher à frapper les imaginations, dans la capitale religieuse de TAsie centrale. Il alla droit à la mosquée cathédrale, y enlra, sur son cheval, monta en chaire, fit tenir les chevaux de ses reilres par les gens d'église, pour prouver à tout ce monde qu'il était bien l'Empereur par la Force du Ciel, et que Dieu ne ferait pas de miracle sans sa permission. « Un Seïd.... dit à un Moudjtehid : Qu'cst-il donc arrivé? — Tais-toi, Seïdy répondit le Moudjtehid; c'est le temps de la colère de Dieu qui est arrivé. » Après avoir convaincu tout ce clergé, après Tavoir terrorisé, l'Inflexible le sermonna. Il se fil conduire à la place des prières publiques, monta sur la grande chaire des prédicateurs, devant le peuple assemblé; là, droit sur son cheval, le casque en tête, il prêcha : « 0 peuple ', Ténormité de vos péchés est manifeste; je suis